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La double tentative d’arrestation, le 1er janvier 2009, du Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), M. Cellou Dalein Diallo, est sûrement la première épine dans la cheville du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), après sa prise du pouvoir en Guinée.
En effet, cette opération commanditée par on ne sait qui, pour le moment, touche, au-delà d’une personne, un parti politique légalement reconnu par la loi guinéenne. Tous les militants et sympathisants de ce parti en Guinée et ailleurs se sont sentis offensés par cette pratique qui rappelle les heures sombres du passé. J’en veux pour preuve les réactions, tant en Guinée, en Afrique et dans le monde, que cette opération commando a soulevées.
Les manifestations ont déjà commencé aux États- Unis. D’autres sont prévues, ces prochains jours en Afrique, Europe, Asie et à nouveau, aux États- Unis. Le but, c’est d’apporter un soutien au Président de l’UFDG et à son Parti et bien sûr, interpeller le CNDD sur le respect de ses engagements.
L’on aurait manqué de courage et d’objectivité, si l’on ne soulignait pas l’indignation de tout le Fouta et des associations de la Moyenne Guinée, qui ont perçu la descente armée chez M. Cellou Dalein comme une atteinte à la communauté peule.
Qui peut méconnaître le fait que les ressortissants du Fouta- Djallon ont souvent fait l’objet de persécutions ? Le Parti Démocratique de Guinée (PDG) s’étant particulièrement acharné sur eux. Dommage, toute allusion à ce fait historique soulève l’hystérie de gens qui confondent le PDG à la personne de son chef suprême. Vaine tentative de falsifier et nier l’histoire car, pour moi, le système politique pratiqué par un homme ne se confond pas à l’origine de ce dernier !
Autant dire que tous ceux qui s’attaquent à ceux qui retracent les faits historiques sont des faiseurs de torts et des révisionnistes. Qu’il est indéniable que l’histoire du PDG est inséparable de la guerre contre les peuls en 1977, après l’arrestation de Telli Diallo, Premier Secrétaire Général de l’organisation de l’Unité Africaine (OUA).
Le CNDD semble avoir pris la mesure des conséquences que le coup de force contre M. Dalein pourrait lui causer. Ainsi, aurait-il pris la décision de présenter publiquement ses excuses et à la victime, à la communauté peule et au peuple. Les uns et les autres ayant été choqués par ce qui est arrivé.
Le Premier Ministre M. Kabiné Komara a également joué à l’apaisement, en rendant visite au Président Cellou Dalein à son domicile.
L’Association des Ressortissants de la Moyenne- Guinée, tout comme M. Dalein et son Parti, auraient dit avoir pris acte de l’initiative du Premier Ministre et du CNDD. Cependant, M. Cellou Dalein n’a pas hésité d’indexer celui qu’il soupçonne être l’un des instigateurs de la tentative de son arrestation, à travers ses bras armés au sein du CNDD.
Les militants et sympathisants de l’UFDG, l’ensemble de la communauté peule de Conakry et de l’intérieur du pays, les jeunes qui ont fait le setting chez M. Dalein, entendent aller plus loin : avoir l’assurance de la part du CNDD, que ni M. Dalein ni aucune autre personnalité originaire du Fouta, ne feront plus l’objet d’intimidation.
Les uns et les autres estiment que les risques sont trop grands pour une tentation de répéter le passé. Toute chose qu’ils n’accepteront plus jamais. Ils sont également très nombreux, ceux qui souhaitent une radicalisation de la position des ressortissants de la Moyenne- Guinée et celle des militants et sympathisants de l’UFDG. Ils estiment que c’est là, le moyen le plus efficace, pour savoir s’il s’agirait d’un test, une diversion ou une provocation. Bref, un acte calculé pour peser la détermination des peuls à ne plus se laisser en marge.
Cependant, dans l’ensemble, tous s’accordent sur un fait : attendre la suite que le CNDD va donner à cette tentative de rapt du Président de l’UFDG. Notamment la sanction qui sera réservée aux acteurs de cette bévue, dont le but serait d’opposer une partie de la population guinéenne aux membres intègres du CNDD. Mais aussi d’empêcher par tous les moyens la continuité des activités politiques de l’UFDG et de son Président. Ce dernier ayant toujours revendiqué la tenue d’élections libres et transparentes. Ce seul moyen de restaurer un État de droit en Guinée, et qui ne plaît pas à certains responsables politiques, dont les partis se sont fortement effrités. Incapables de les reconstruire, ils cherchent des boucs- émissaires.
Des questions commencent à se poser, au- delà de tout ce qui précède, sur le vrai visage du CNDD et de sa composition. D’emblée, des observateurs semblent y déceler une tête tricéphale sur laquelle je ne reviendrai pas.
En tout état de cause, cet organisme ne paraît pas être soudé, harmonieux et idéologiquement homogène. L’on commence à se demander qui est le vrai capitaine dans ce bateau, et si des éléments incontrôlés, nostalgiques et avides de pouvoir, n’échapperaient pas à la branche qui voudrait le changement. Pire ! Si les soupçons de manipulations de CNDD et du premier d’entre- eux par des hommes revanchards et qui sont tapis à l’ombre, ne seraient pas fondés.
Si tel était le cas, on voit mal comment le CNDD échapperait aux vieux caïmans politiques, habitués à tous les coups bas. Comment, le Capitaine Moussa Dadis Camara pourrait asseoir un gouvernement représentatif, à travers le Premier Ministre nommé ? Comment les frustrations d’une bonne partie des composantes de la société guinéenne seront comblées ? Comment, mènera- t- il à destination, c’est- à- dire, aux élections promises, sa locomotive aux passagers mal contrôlés, et qui échapperaient, tout simplement, au CNDD ? Enfin, et surtout, échappera-t-il, lui-même, au scénario Robert Guéi, auquel certains de ces inconditionnels sont déjà rôdés ?
Je dis, en attendant la réponse à ces questions, et dont la composition du futur gouvernement donnera un aperçu, que ceux qui ont tenté le coup contre le Président de l’UFDG ne comptent pas parmi les amis du CNDD. Car on n’ose imager ce qui se passerait aujourd’hui en Guinée, si on avait arrêté M. Dalein. Dans tous les cas, cet acte risque fort de peser bien lourd.
C’est très certainement le nouveau Premier Ministre qui a le plus de fil à tordre. Il a dû entrevoir l’immensité de la tâche, à travers ce coup bas contre M. Dalein, et les réactions qu’il a suscitées. S’il a l’ambition de ressouder le tissu social, fortement entamé par les événements de janvier et février 2007 et les ratages qui s’en sont suivis, il devrait trancher avec les choix du passé et faire appel à du sang nouveau.
S’il veut assurer une transition saine et désintéressée, pour s’inscrire dans le sens de l’histoire et, comme le veulent la plupart des Guinéens, M. Komara devra rompre le cordon avec beaucoup de liens.
Il devrait éviter les alliances avec ceux qui ont tout raté en s’enfermant dans le carcan ethnocentrique. Tous ceux- là qui rôdent actuellement autour de lui pour avoir des places juteuses et pour une revanche de l’histoire. Ces gens qui apporteraient un soutien inconditionnel au diable lui-même, pour récolter des postes !
Surtout, il devrait dire s’il a ou non les mains libres dans la réalisation de ses objectifs. Ainsi, il aura montré qu’il n’est pas venu, comme d’autres, se mettre plein les poches et nous laisser dans notre misère séculaire.
Espérons que le nouveau Premier ministre est un homme à la fibre patriotique, qui ne traîne pas avec lui des tuteurs encombrants. Qu’il est un homme de conviction qui sait dire non et qui ne serait pas là pour retarder les échéances du changement ! Lequel changement passe nécessairement par la tenue d’élections libres et transparentes.
Enfin, le vœu de tout un chacun, c’est une transition démocratique, qui inscrirait la Guinée dans le concert des nations éprises de liberté, de paix, de démocratie, de justice et d’égalité.
Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com
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