vendredi 26 juin 2009
Guinée : Transition cafouilleuse et prédatrice

Jamais dans l’histoire des coups d’Etat africains, on avait connu une soldatesque aussi minable que celle qui a pris en otage les Guinéens depuis le 23 Décembre 2008. Leur unique Ambition est d’assouvir leur soif inextinguible de pouvoir et d’argent.

Depuis le 23 décembre 2008, on peut affirmer sans aucun risque de se tromper que la Guinée est tombée de CHARYBDE en SCYLLA. Ainsi le pays végète sous la coupe réglée des exécutants testamentaires de Lansana Conté et de son clan familial. La décomposition socio-économique du pays est malheureusement incontestable. Le pays s’appauvrit de jour en jour. La population est de plus en plus misérable, d’une misère sinon voulue, mais à l’évidence instrumentalisée.

La Guinée n’est pas pauvre en soi. L’origine de ses difficultés, se trouve plus dans les bêtises humaines que dans une quelconque fatalité de la nature. Au fond, c’est tant mieux, car il est moins difficile en théorie, de corriger les premières que les secondes. On dit souvent qu’à quelque chose malheur est bon. C’est ce que l’on peut dire avec le CNDD, car les Guinéens ont davantage compris que c’est l’impéritie de leurs dirigeants politiques qui les a appauvris et clochardisés, et qu’il n’y a pas une fatalité pour notre pays que la roue ne tourne qu’entre tyrannie sanguinaire, captation économique, misère imposée et humiliation subies.

Que désirent les Guinéens ?

La VERITE ET LA JUSTICE pour nous réconcilier et nous tourner vers un devenir que nous voulons tous radieux pour les générations futures. Mais nous assistons à des règlements de compte entre dealers pour le contrôle du pouvoir.

Cette transition est, ce qu’on peut appeler tout simplement une transition cafouilleuse entre les mains d’un trio douteux qui sentant sa fin proche est prise de panique et de ce fait, planifie le chaos en s’abritant derrière un Etat d’exception pour la mise en œuvre de cette forfaiture.

C’est connu les tyrans ont pour philosophie « Après moi le déluge », c’est vraiment un déluge de médiocrité et d’irresponsabilité qui s’est abattu sur la Guinée le 23 décembre 2008.

Nous ne devons pas nous taire face à cette nouvelle tyrannie. WOLE SOYINKA, prix Nobel de littérature en 1986 dit : « L’homme se meurt en ceux qui face à la tyrannie se taisent.» Se taire c’est abdiquer, c’est donner un blanc seing aux héritiers de Lansana Conté. Or, ils sont déterminés à empêcher le tribunal de l’histoire qui mettrait à nu leur démoniaque parrain dont on sait aujourd’hui qu’il .a abîmé ce pays qu’il prétendait être le sien.

Ah ! Médiocrité quand tu nous tiens.

Moussa Dadis correspond en tout point au profil du type social que représente l’homme du PDG décrit par Sako Kondé dan son best-seller : la Guinée le temps des fripouilles. Il y affirmait que « L’homme PDG est un naufragé culturel entre les mains duquel une conjoncture historique a fait tomber le pouvoir et qui depuis l’exerce sans frein d’aucune sorte ». Plus que cela, le chef de la junte est un personnage inquiétant. Ses colères aussi soudaines qu’infondées et ses brusques changements d’humeur quotidiens font penser à un paranoïaque. Si tel était le cas comme c’est possible, alors ses « frères d’armes » ont du souci à se faire, et le pays à se préparer à tout et à n’importe quoi.

Pourtant, jamais putschiste ne fut mieux accueilli que Dadis. Des bonnes volontés se manifestaient de partout. Chacun voulait lui éviter de se laisser capter par le clan prédateur de Lansana Conté. Mais hélas ! Le Président autoproclamé Moussa Dadis rappelle étrangement le démoniaque ISMAEL TOURE lui aussi habité par une haine impitoyable à l’égard de l’élite qu’il n’hésita pas à éliminer sans état d’âme, avec le soutien de son tyrannique frère.

Dans sa logorrhée indigeste de prise de pouvoir le chef de la junte Moussa Dadis nous apprend que : « L’Armée n’a pas voulu prendre le pouvoir du vivant du Général Lansana Conté pour lui éviter l’humiliation, car personne dans ce monde ne voudrait que son vieux ou son parent soit humilié. Maintenant que l’heure est arrivé, nous avons pris la destinée de la nation. Nous allons l’assumer avec honneur et responsabilité ».

Avoir dilapidé en moins de six mois l’unanimité bienveillante qui s’était spontanément formée autour de lui, est une forme d’exploit que même Lansana Conté aurait évité de réaliser en si peu de temps.

Surprenant. Dadis prend les Guinéens pour des idiots. Il oublie ou feint d’oublier que ce vieux qu’il protège avec une conviction teintée d’hypocrisie est le principal responsable du désastre guinéen. Pour sauver son fauteuil chancelant, il n’avait pourtant pas hésité un seul instant à faire appel à des mercenaires pour assister ses odieuses milices privées appelées pompeusement bérets rouges qui massacreront des adolescents dont le seul crime était de vouloir vivre dans la dignité.

Dadis c’est la génération « barkè fissa baccalauréat bè » qui prend ses chimères pour de la réalité et utilise ses concepts archaïques du pouvoir pour humilier, torturer et exécuter.

On le dit patriote ! Or le PETIT LAROUSSE admet qu’un patriote est une personne qui aime sa patrie et la sert avec dévouement. Aux guinéens de juger si depuis sa prise de pouvoir et à partir de ses déclarations, Dadis est un patriote.

Les relations de DADIS avec Lansana Conté sont l’exemple même du conflit entre la fidélité à son peuple et celle envers son maitre, de la confusion du devoir à l’égard de son pays et de l’aliénation à un homme. Dadis proclame lui-même qu’il était au pont 8 Novembre lors des massacres de Janvier et Février 2007. Il avait le choix entre préserver les intérêts familiaux de Lansana Conté, et préférer sa patrie en refusant de tirer sur de jeunes Guinéens. Il a choisi, à partir du pont 8 Novembre de massacrer plus de 200 jeunes lycéens, dans le but exclusif de maintenir Lansana Conté au pouvoir.

Dadis pense-t-il sincèrement avoir fait preuve de patriotisme ce jour-là ?

Il fallait pour l’exemple arrêter Lansana ou du moins le confiner àWawa pour sauver le pays. Car le laisser poursuivre son parcours sanglant (le pouvoir) que les guinéens lui ont refusé par trois fois dans les urnes, revenait à légitimer par anticipation d’autres aventuriers prédateurs comme lui, au seul motif qu’ils sont armés. C’est bien ce que nous vivons depuis l’irruption de DADIS et sa bande armée sur la scène politique.

Dans son discours « programme », il ne fait mention nulle part de l’intention du CNDD d’organiser des élections pour retourner dans les casernes. Bien au contraire, il manifestait dès le départ son intention de s’incruster au pouvoir que dieu lui aurait donné comme le prétendait son mentor Conté.

Dadis n’est pas du tout Républicain car il n’en pas la culture et ne l’aura jamais. En République, il n’ya pas d’affront. Il y a un débat public argumenté et parfois vigoureux entre citoyens libres. Vouloir s’y soustraire ou s’en abriter par des violences policières ou des intimidations judiciaires ou extra judiciaires est un aveu de faiblesse que l’on constate chez Dadis avec ses sorties clownesques où tout était bien pour humilier ses proches collaborateurs.

Un Président de la République a effectivement droit à certains égards. A deux conditions :

1- Qu’il ait été désigné par une majorité, à la suite d’une compétition électorale transparente, honnête, libre et équitable.

2- Que lui-même exerce cette fonction de représentation collective de manière DIGNE ET HONNORABLE. Alors Moussa DADIS le Président autoproclamé ne remplit aucune de ces conditions et exerce le pouvoir usurpé de manière vulgaire qui fait la honte de toute la Guinée.

Or on est très loin de ces conditions que de toute façon ils ne pourront pas remplir. M. Dadis et son CNDD ne représentent qu’eux-mêmes.

Force est de reconnaître que face à tous les abus et les incartades de Moussa Dadis, cette transition que l’on voulait apaisée et qui aurait pu l’être, est devenue tumultueuse, cafouilleuse donc en voie d’être compromise volontairement. A sa décharge, il faut reconnaître qu’il s’est laissé piéger par M. Moussa KEÏTA, Secrétaire permanent du CNDD. Le clan de Moussa KEÏTA a des préoccupations qui n’ont rien à voir avec la promesse de certains Républicains. Le lieutenant Moussa KEÏTA veut conserver le pouvoir pour venger pense-t-il son clan familial, à savoir le clan André TOURE et Mamadi KEÏTA. Il se trouve que ce clan a été le principal pourvoyeur des centres de tortures durant le règne sanglant de Sékou TOURE. Le poids que ce clan constitue fait dire, à juste titre par certains de nos compatriotes, que le CNDD est immoral, illégitime et illégal.

Moussa Kéita Ministre et Secrétaire permanent du CNDD profite de toutes les occasions pour torpiller tous les efforts déployés par les forces pour empêcher la mise en place du CNT (Conseil National de la Transition).Il nous apprend que cet organisme qui devait se substituer au CNDD doit rester sous son contrôle sous le fallacieux prétexte qu’ils ont pris un risque inexistant de ramasser un pouvoir en déshérence. Et pour en tirer gloriole, le CNDD utilise tous les stratagèmes pour créer un péril qui n’a pas lieu d’être. Qui a dit « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.» C’est bien le cas avec ce CNDD et sa bande d’irresponsable.

Car face à l’effroyable série de ratages historiques de notre pays, il n’est plus de doute que les guinéens dans leur volonté indestructible de s’en sortir ont compris qu’il est suicidaire de laisser le pays entre les mains d’un tel mégalomane.

De surcroît son Ministre de la Défense et celui de la lutte contre le grand banditisme dans leur sortie médiatique prouvent à suffisance que le CNDD et son chef ne peuvent plus assurer la défense et la sécurité des populations qu’ils ont pour mission de défendre. Or la sécurité est la première des libertés. On le voit, il y a une volonté nettement affirmée du CNDD et son chef de conserver le pouvoir y compris en usant de la violence par la terreur. En cela il n’y a pas de surprise c’est leur culture.

Le sentiment de n’avoir aucun pouvoir sur les guinéens et les évènements en cours est difficilement supportable à Moussa Dadis. Cette impuissance le rend irritable et violent. La déliquescence inévitable de son pouvoir est rentrée dans une phase accélérée. Mais peut lui importe, il joue à Caligula : -« Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent. »

M. Moussa Dadis clamait partout qu’il voulait être une sorte de Amadou Toumani TOURE pour les Guinéens. Un instant nos compatriotes y ont cru. Mais l’ayant vu à l’œuvre, ils ont très vite déchanté. Et je ne prends aucun risque à dire ou à prédire que le capitaine Dadis pourrait finir comme Samuel DOE ou BOKASSA. En tout cas, il en a pris le chemin. C’était inattendu. Le clan Moussa KEÏTA et Lansinè KOUYATE fourbissent déjà leurs armes.

 

Dr Abdoul Baldé (Rouen)
 

www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Tut@nKh@mon, mercredi 1 juillet 2009
Doyen, je veux seulement dire que les articles de notre compatriotes meritent plus d`attention. MERCI A VOUS.
Ansoumane Doré, mardi 30 juin 2009
Tutankhamon se trompe. Ce n`est pas le nombre de commentaires qui fait la qualité d`un article.Un article comportant des injures et même ne présentant aucune valeur,peut entraîner de nombreux commentaires.Moi, j`ai l`habitude de lire les contributions d`Abdoul Baldé. Ce sont des analyses de qualité sur le fond et sur la forme.Abdoul traite ici de questions d`actualité qui intéressent tous les Guinéens.Moi je lui dis bravo!
Tut@nKh@mon, lundi 29 juin 2009
Vu que les commentaires ne pleuvent pas dans votre colonne je vois que les guineens ne vous lisent pas et pourtant vous etes une veritable encyclopedie ambulante.Merci pour cet article Doyen.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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