mardi 25 mai 2010
Guinée : si pressée de voter…
Jean-Baptiste Placca

Il faut aller vite aux élections, en finir rapidement avec cette transition, pour conjurer on ne sait trop quel maléfice, qui planerait sur les chances de la Guinée d’entrer en démocratie. A force d’insinuations alarmantes, on est en train de faire admettre au peuple guinéen qu’il n’est pas indispensable, pour lui, d’approuver (ou de rejeter) la Constitution, qui va lui servir de viatique sur le chemin de la démocratie qu’on lui promet.

Au lieu d’un référendum, les Guinéens devraient se contenter d’un décret, signé par le général Sékouba Konaté. Un putschiste ! Même bien intentionné, avouez que l’on aurait pu choisir symbole moins affligeant pour entrer en démocratie ! Jusqu’à nouvel ordre, les Guinéens voteront le 27 juin, pour élire le chef de l’Etat.
Les défenseurs de l’empressement à voter sans référendum proposent des argumentations fort diverses : le Premier ministre de transition chercherait à s’éterniser, et un référendum lui offrirait six mois de plus à la primature. Ce qui est trop pour ses détracteurs. En Guinée on en est encore à faire les choses contre quelqu’un, au lieu de les faire pour la Nation.

D’autres vous diront que les partisans de Dadis Camara préparent un coup d’Etat, et que seules des élections rapides pourraient les court-circuiter. Il y a enfin ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, estiment que cette transition n’a que trop duré.
Du côté des gens pressés, on retrouve aussi bien des candidats que des institutions : la Cedeao, l’Union africaine, l’Organisation internationale de la Francophonie, et même quelques puissances occidentales, intéressées par la Guinée.

D’abord, on se demande pourquoi il faut attendre six mois et pas deux ou trois, après un éventuel référendum, pour tenir la présidentielle. Et même quand ces six mois seraient rédhibitoires, que valent-ils, au regard des cinquante-deux ans de dictature dont tous prétendent sortir la Guinée ?

Si la maladie n’avait pas réglé son compte à Lansana Conté, ces institutions et ces puissances en seraient encore à contempler la dictature et l’incurie de son régime, qui a tout de même duré vingt-quatre ans. Leur long silence d’hier décrédibilise leurs exigences empressées d’aujourd’hui.

Demain, lorsqu’un Tandja guinéen voudra malmener la Constitution, ses thuriféraires, pour justifier leur forfaiture, pourraient toujours prétexter qu’elle porte la signature d’un putschiste. La Constitution est à une démocratie crédible, ce que le Coran est à l’Islam, et la Bible à la chrétienté. C’est dire que la signature qu’elle porte compte autant que son contenu.


Jean-Baptiste Placca


Source : www.RFI.fr


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
OXY, vendredi 28 mai 2010
IL EXISTE DONC EN GUINEE UNE MAJORITE TRES BETE HEIN! ILS NE SONT QUE DES BENIS "OUI".TOUT EN CACHANT LEUR VRAIE COULEUR.QUEL DOMMAGE POUR LA GUINEE?
Mohamed Accra, jeudi 27 mai 2010
Merci Jean-Baptiste pour cette brillante chronique. Je partage profondement cette analyse. En Guinee, on a appris a faire les choses a l`inverse. On veut coute que coute nous faire croire que decaler l`election meme d`un jour c`est la catastrophe. Le probleme c`qu`il est impossible de faire entendre la raison. Avancer un raisonnement qui s`oppose a la tenue de l`election le 27 juin fait passer pour un ennemi du pays. C`est vraiment dommage. Au vu et au su de tous, les incompetents et les affairiste veulent nous plonger dans l`incertitude. Que Dieu sauve la Guinee.
GONOTA, jeudi 27 mai 2010
Quand le PM DORE l`a denoncé,les gens l`ont tout simplement dit de rejoindre ses freres de la Foret.Je ne sais pour quel motif? D`une part,ceux de la Foret sont intelligeants alors! D`autre part,ils ne veulent tout simplement que notre voix soit au chapitre des decisions de pays.Quand on est minoritaire,on se boucle.On fait bouche-B?
Petit JOE, mercredi 26 mai 2010
Le referendum conteiste n`est nullement direfent de celui actuel car il a ete imposé par l`armee. Mr Placca,votre analyse est pertinente.Mais les guineens preferent ce qu`ils ont en main pour en subir les consequences top ou tard.Puisqu`on ne pourra pas empecher d`autres d`en faire autant qu`ils veulent.C`est une question de clan et non obectif.Tout est supercherie chez-nous.On prefere cela.C`est pas votre faute ni celle de l`occident.C`est le guineen qui decide et prevoit sa propre destinee et non la moindre.On fait tout et oblige le peuple a s`y soumettre.Voilà!
Me LAMAH Dakar, mercredi 26 mai 2010
Une intelligente réflexion irréprochable. L`histoire a désormais retenu que la Guinée est l`incarnation d`une Nation aux occasions ratées. Les mêmes personnes pressées pour aller aux élections diront demain qu`il faut revoir tel ou tel article de la constitution. Hier le combat était dirigé contre Dadis parce que ceux qui le combattaient n`en trouvaient pas leur compte dans sa gestion, c`est tout. M.PLACCA, je vous apprend que la Guinée est un pays d`opportunistes et de prostitués intellectuelles sans scrupule qui, du poids de la misère, ne songe qu`à ce qui ne pense qu`à la survie du point que toute vérité est partisane. Merci
dannkoun, mercredi 26 mai 2010
La situation est exceptionnelle ! Aucune Constitution n’est gravée dans du marbre. Si le peuple rejetait ce texte dans un référendum, comment sortir de la crise? On pourrait aussi arguer que les rédacteurs de la Constitution (le CNT) n’ont pas reçu l’onction du suffrage des citoyens. Bref, ne nous égarons pas en voulant résoudre le problème de la poule et de l’œuf. Quand le peuple de Guinée aura acquis tous ses droits démocratiques il lui sera loisible de peaufiner sa Constitution et ses Institutions. Vivant à l’étranger, dans un pays « mineur » selon la CENI, je ne vais pas voter ; je souhaite pour autant que la majorité de mes concitoyens connaissent le bonheur de s’exprimer pour une fois sur leur devenir.
Kourouma Ibrahim, mercredi 26 mai 2010
Avec tout le respect que j`ai pour M. Placca, je trouve là qu`il fait simplement de la démagogie dans son éditorial! En effet toutes les constitutions malménées aujourd`hui en Afrique ont été promulguée par référendum. Le problème n`est pas la façon dont une constitution est promulguée mais comment ceux qui gouvernent l`appliquent! un point et c`est tout. En Afrique où 80% de la population est analphabète et ne comprend pas un seul article de la constitution va voter oui ou non selon les consignes données par les pouvoirs en place. Donc on devrait faire partout en Afrique l`économie des frais de référendum pour construire des écoles et hôpitaux avec au lieu de jeter des milliards en organisant une parodie de référendum au nom d`une population qui n`y comprend absolument rien et dont le seul souhait est d`avoir trois repas par jour, envoyer ses enfants à l`école, se soigner correctement, avoir un toit, de l`eau potable et de l`électricité. L`Afrique noire est le continent qui possède les meilleurs textes de loi mais jamais appliqués; alors au lieu de perdre de l`argent et du temps à organiser des grosses consultations populaires où le peuple ne comprend rien il faut aller aux actes qui conditionnent la vie quotidien de celui ci. Chapeau à Museveni en Ouganda qui interdit les partis politiques et organise les scrutins municipaux à main levée avec zéro coût.
Saïdou Nour Bokoum, mercredi 26 mai 2010
MON CHER JEAN-BAPTISTE, Merci de te mêler de ce qui ne te regarde pas. A ma connaissance, tu es le premier journaliste panafricain que dis-je, international à dire en une demi-douzaine de courts paragraphes, ce que je n’ai pu dire en une demi-douzaine d’articles, étalés sur des maois. Au risque de te faire malmener pas les coups de sabots des ânes savants, parangons du Guinéen d’Anta Diop, prêts à traiter le fondateur de l’« Autre Afrique » de faux-cul. A moins que ce titre d’un certain cinéma français boulevardier s’adresse à eux-mêmes ? Justement Je me plais à rappeler un dire de ce savant, au milieu des années 40. « Les Guinéens sont les plus brillants en tout. A condition qu’ils ne se mettent pas à deux pour quoi que ce soit ! » A l’heure qu’il est, il y a 24 candidats légalement reconnus par la Cour suprême. Tous ceux qui ont participé à l’amoncellement de nos ruines y sont. Comme pour dire aux martyrs des journées de juin 2006 et de Janvier et février 2007 : « Vous êtes morts pour le changement. Vous êtes morts pour rien ». Mais, et je me répète, il faut respecter nos nouvelles institutions qui doivent nous mener vers l’Etat de droit. Un serpent de mer, dans le ventre duquel comme le Prophète Younous (Joseph) ou le Peuple de Noé, le Peuple de Guinée entamera l’ascension du Mont Djoudi d’où il contemplera enfin, tel Moïsie, la Terre promise ! Revenons sur terre. Aux dernières nouvelles, avec 15 candidats, la CENI-CENA ne pourra pas faire confectionner les bulletins de vote avant le 27 juin. Et avec 24 candidats, elle ne sera prête que lorsque les poules auront des dents. Elections ? Circulez, il n’y a rein à voir !
mara (roi hassan), mercredi 26 mai 2010
aujourd`hui le seul probleme de la guinée est basé sur l`ethnie,alors que onus nous voilons la face en se trompent,mais il faut juste savoir et ne jamain oublié qu`on a remonter les souffrances ensemble de l`ancien regime,et si on est conscient ce vote doit etre un objet public et non particulier,si ce le cas on sera tous victime;;;;;;;;;
Rama Sow Camara, mercredi 26 mai 2010
Vous avez parfaitement bien decrit la situation actuelle de la Guinee. Je vous felicite d`avoir dit haut ce que beaucoup pensent tout bas. Malheureusement, il y a un manque de maturite politique et un desir de continuer a assujetir la Guinee aux caprices et dictats des occidenaux qui ne voient qu leurs interets economiques. Ce processus electoral ne repose sur rien de transparent et de democratique. La majorite des candidats sont des anciens regimes qui ont contribue a mettre a genoux le pays et certains occidentaux les encouragent a revenir aux affaires. Ces memes candidats avaient ete choisis dans les gouvernements anterieurs pas pour leurs qualifications techniques, leurs experiences professionnelles, et leur integrite, mais soit a cause de leur ethnie ou de leur soumission totale sans contestation au President de la Republique. Nous demandons a des personnes comme vous de denoncer ce jeu honteux de la classe dirigeante et des occidentaux afin de sauver notre miserable peuple.
Taniko, mercredi 26 mai 2010
J`admire Jean B Placca.Voici un journaliste serieux et objectif qui ne fait pas dans je sensationnel de olivier Roger ou l`arrogance de Boisbouvier
Gandhi, mardi 25 mai 2010
Ne jouons pas les faux-culs. La constitution est un faux problème, celle de Conté a été approuvée par référendum et on a vu ce qu`il est advenu. La constitution ne vaut que ceux que valent, ceux qui sont chargés de l`appliquer. Un gouvernement c`est de l`action d`abord, et les Guinéens veulent des résultats, car il y a de nombreux problèmes à résoudre. Ils ne veulent pas savoir, si on doit discuter pendant des jours encore, parce que la place de la virgule dans le texte, en change profondément le sens !!! Actuellement sont tolérés le fonctionnement de pseudo institutions (CNT, Président par intérim, société civile, syndicats) - dont personne ne peut s`en sentir représenté - qui ont arrêté, et vont obtenir dans le calme, une évolution pacifique de futures institutions (c`est beaucoup mieux que des tensions violentes, voire des luttes de clans). Rien ne sera parfait de toutes façons, mais si les élections aboutissent au choix d`un Président de raison, rassembleur, et où toutes les composantes sont représentées, alors nous pourrons dire que nous avons fait un grand pas, par rapport aux élections passées. Le 27 Juin, TOUS les Guinéens doivent se sentir impliqués et surtout ensuite...
André Loua, mardi 25 mai 2010
Monsieur Placca, votre analyse est juste et responsable. C`est notre faute, nous les Guinéens. Aujourd`hui, la Guinée est victime de ses propres fils et filles, majoritairement irresponsables. Pourquoi le mauvais exemple vient toujours de ce pays? Nulle part au monde, même dans les pays à médiocre démocratie, on a promulgué la Constitution. De surcroît par un non élu. Même si le ridicule ne tue pas, il fait néanmoins mal à la fierté. Aujourd`hui, les enfants de ce pays (la Guinée), l`ont prostitué, ridiculisé et humilié. On ne peut plus se présenter comme guinéen. Quelle HONTE!
GilBlack, mardi 25 mai 2010
C`est une parodie electorale qui s`annonce en Guinee pour qui connais mieux. Loin s`enfou!Il est Black comme GIL.
Observateur, mardi 25 mai 2010
Je pense qu`on peut toujours légitimer ou non cette constitution après les élections. Pour le moment, la Guinée a besoin de ne pas râter le train qui hélas, est piloté par les occidentaux! C`est ainsi la vie ici bas.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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