|
Depuis le carnage et les viols des femmes à ciel ouvert le 28 septembre 2009, la Guinée est sous la foudre de la communauté internationale: embargos sur les armes, sur les visas, sur la coopération économique et financière. Dadis Camara, les membres du Cndd, des membres du gouvernement et caïds du système sont menacés de poursuites judiciaires internationales pour crime contre l’humanité.
Ces sanctions et menaces suffisent-elles pour obtenir le départ du boucher de Conakry ? Pas sûr.
En matière de sanctions, la Guinée n’en est pas à son premier rodéo. Le pays est né en 1958 sous les sanctions avec la mise en quarantaine par l’ex-colonisatrice, la France, suivie des autres pays occidentaux. Le pays sera pratiquement sous sanctions pendant 26 ans. Pour survivre, Sékou Touré va céder la bauxite de Boké aux Américains et aux Russes pour des miettes et jusqu'aujourd’hui pour 100 à 150 millions de dollars par an, dans le seul but de financer sa dictature.
En 1984, l’armée s’empara du pouvoir. Le chef de la junte à l’époque, un certain colonel Lansana Conté, promet la démocratie, la liberté et la justice pour tous. Il ouvre les portes du pays pour accueillir les bailleurs de fonds internationaux. Quelques années après, devenu dictateur, le général Conte se rendra compte que les sous de l’occident c’est la carotte et le bâton : le dollar contre la démocratie et la bonne gouvernance. Cela s’appelle en Guinée ‘l’ingérence dans les affaires du pays’.
Trop stressant pour un dictateur et son administration qui veulent ‘gérer’ et piller le pays à huis clos.
Bienvenue aux trafiquants, Chinois, Pakistanais, Libanais, Ukrainiens et aux cartels sud américains de la drogue et…….aux trafiquants de Madina, etc. Ainsi le tour est joué : Banque mondiale, Fond Monétaire International ou autres bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux, pas besoin, no thanks, nein danke.
Des petits malins vont s’enrichire énormément et le peuple va s’appauvrir énormément.
Décembre 2008, un autre militaire s’empare du pouvoir après la mort du second dictateur. Même son de cloche ou presque comme en 1984.
Et vint le 28 septembre 2009, le petit lakoudou du camp Alpha Yaya n’est pas encore un dictateur, mais il veut le devenir. Sa garde prétorienne transforme le stade du 28 septembre en une boucherie humaine et en une maison close pour violer les femmes.
Les images de ce lundi choquent les Guinéens, les Africains et toute l’humanité.
Aujourd’hui les embargos et les sanctions de la communauté internationale pleuvent sur le pays. La Guinée est devenue la Corée du Nord ou l’Iran de l’Afrique.
Dadis et le Cndd peuvent-ils résister à cette armada de sanctions et rester au pouvoir ? Oui
Les sanctions ne fonctionnent que lorsqu’elles sont prises contre un pays où il y a un Etat et une alternative politique. En Guinée, il n’y a ni Etat, ni alternative politique depuis 50 ans.
L’Etat en Guinée est un mélange du Parti-Etat du PDG, de l’Etat affairiste et narco du général Conté et de son PUP, et de l’Etat show d’Idi Amin Dadis, avec la même administration qui a fini de privatiser les services publics pour le compte de ses membres, les fonctionnaires.
Les services qu’une république doit aux citoyens n’existent pas : les hôpitaux publics sont ‘privatisés’ par les médecins et les administrateurs, les commissariats de police et la gendarmerie sont transformés en machine de raquet, les tribunaux de justice rendent la ‘justice’ selon la tête ou la poche du ‘citoyen-client’, des trafiquants ‘intellectuels’ ont créé des supermarchés qu’ils appellent universités.
L’électricité et l’eau sont réservées aux gouvernants, ministres, hauts cadres de la république et autres caciques des différents régimes depuis 1958.
Depuis 1958, le seul rôle des gouvernements est de faire taire le peuple par les moyens de pendaisons publiques des supposés opposants, par la psychose de complots permanents, de 5 eme colonne, de complot Peuhl, de Wo fatara, des massacres de ceux qui osent manifester contre le système (janvier-fevrier 2007, 28 septembre 2009).
Les sanctions de la communauté internationale ne peuvent être efficaces que lorsqu’il y a une alternative politique visible. En Guinée il n’y en a pas.
Les partis politiques au sein des forces vives ne sont pas capables de désigner un chef de file. L’opposition guinéenne n’a donc pas un numéro de téléphone. Chaque propriétaire de parti politique se prend pour un leader politique, un leader d’opinion. Or un parti politique n’existe qu’au regard d’un électorat. A part le RPG d’Alpha Condé, l’UFR de Sidya Touré, l’UFDG de Cellou D Diallo (par feu Ba Mamadou) et l’UPG de Jean-Marie Doré, tous les autres partis politiques n’ont jamais participé à une élection, ils sont simplement possesseurs d’un bout de papier qu’on appelle agrément. Un agrément ne suffit pas pour attribuer le statut de leader à un individu.
Ils étaient au moins 100 individus à Ouagadougou pour rencontrer le médiateur Blaise Compaoré, parmi eux beaucoup sont chef de parti politique dont les militants ne remplissent pas une cabine téléphonique.
Le RPG, l’UFR, l’UPG et l’UFDG devraient se fondre dans une formation politique unique, poser ainsi les bases d’un véritable parti national avec un chef de file, un seul numéro de téléphone et une alternative politique crédible.
C’est la condition pour faire sauter le verrou Dadis.
Lamine Camara, Columbus, Ohio, USA
www.guineeactu.com
|