vendredi 24 avril 2009
Guinée : Quels lendemains après le discours de Dadis à Kaloum ?
Lamarana Petty Diallo

Le discours prononcé le 15 avril 2009 par le Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) et Président de la République, a diversement été apprécié. Cependant, une unanimité se dégage. Ce discours sème le trouble dans les esprits et menace la crédibilité de son auteur.

En effet, trop souvent habitués aux discours de façade et aux personnalités sans consistance morale, les Guinéens avaient vu en  Moussa Dadis, la potentialité que tout peuple peut receler secrètement en lui. Ils avaient commencé à le différencier de ses prédécesseurs. Qui ne se rappelle que le premier président guinéen s’était présenté comme le libérateur du colonialisme et le second, en libérateur de la dictature de son devancier ? Mais qu’avons-nous vu et connu ? Vingt six ans plus vingt quatre autres de pouvoir sans partage. A chacun de faire la somme !

Maintenant, nous nous demandons quel sera le total de l’addition, si le discours de Kaloum n’était pas à l’image d’autres improvisations auxquelles le Capitaine  Dadis nous a habitués ?  Je n’ose pas faire part de mon funeste désespoir si tel n’était pas le cas. Il suffirait de savoir que l’éventuel prétendant à la présidence a vingt ans de moins que son prédécesseur de Général !

Cette note humoristiquement sérieuse me permet d’exposer les conséquences de toute tentation de la part du Capitaine Moussa Dadis et du CNDD  de s’agripper au pouvoir !  Les méfaits seraient si nombreux et pour la junte et pour la Guinée, si par mésaventure le Capitaine Dadis voulait rejouer en 2009, le même scénario qu’en 1984. On se doute que, même si les contextes étaient comparables, ces deux époques historiquement différentes ne produiraient pas les mêmes désagréments.

Le Capitaine Dadis et le CNDD sont arrivés dans une indifférence totale des populations. Celles- ci ayant tellement attendues la fin, restaient insensibles à tout. Seuls les démagogues voudront nier cette réalité. Au départ, le crédit du CNDD, je veux dire l’unique, a été la promesse de rendre le pouvoir à un Président de la République démocratiquement élu. De dire aux premières heures du coup d’Etat, que les militaires n’ont aucune intention de s’éterniser au pouvoir. Qu’ils sont là, le temps d’une courte transition dont la durée maximale est fixée à 2010. Les négociations avec les Forces Vives et le Groupe International de Contact pour la Guinée (GIC- G) ont ramené l’échéance à un an plus tôt.

Le Capitaine Dadis, après consultation du CNDD et qui de droit, a paraphé l’accord fixant la fin des élections législatives et présidentielles au plus tard en décembre 2009. Il a également avalisé toute la procédure. Le décret n° 50 a été officialisé sur les ondes de la Radio Télévision Guinéenne (RTG). Il a été communiqué à tous les partenaires de la Guinée : organisations internationales et chancelleries. Enfin, il a été accepté par les Forces Vives et tous les membres du Groupe de Contact.

Toute la procédure a été respectée car la plénière s’est tenue au Palais du Peuple, après maints amendements et satisfecit du Capitaine Dadis et de ses coéquipiers du CNDD mais aussi, du gouvernement.

La question qui se pose, c’est comment le Président Moussa Dadis pourrait-il revenir et sur sa parole et sur sa signature ? Ce n’est pas uniquement le militaire éduqué dans le respect de l’honneur qui a signé ! C’est également l’enfant qui a toujours vanté son origine familiale, le sens de la parole donnée et  le respect de  soi, qui a paraphé. Enfin, c’est un Président de la République dont le statut et l’engagement ne sauraient souffrir d’aucun sacrilège. 

Mesurant ces risques, je dirai que rien n’indique que le Capitaine Dadis revienne sur sa parole d’honneur.  D’autres raisons militent en faveur de ma thèse :

- Le Capitaine Moussa Dadis s’est toujours montré comme un homme de parole et qui tient à son image. Sa personnalité ne présume aucunement un reniement de soi qui conduirait à celui des accords.

- Les différentes apparitions publiques, au moment des entretiens télévisés, ont donné aux populations, l’impression d’avoir un homme honnête qui tranche d’avec les anciens présidents.

- Les rappels à l’ordre de certains de ses ministres et collaborateurs, ont fait croire à un homme honnête et intransigeant dès lors qu’il s’agit d’honneur ou de valeur d’équité. N’a-t-il pas montré sa frustration dès lors qu’il a soupçonné des injustices lors des audits ?

- Revenir sur les différents accords portant l’organisation d’élections libres et transparentes en 2009, serait perçu comme un outrage et au peuple de Guinée et à la communauté internationale.

- Les audits apparaîtraient comme une stratégie de lynchage public de certains officiers influents, tant de l’armée que  du CNDD, et de certains hommes politiques qui seraient susceptibles de faire ombrage  à Dadis lors de la course à la présidence.

- Le « dadishow » porterait son vrai nom et se réduirait en un seul but : intimider, disqualifier et honnir publiquement ses futurs adversaires et ces coéquipiers du CNDD.

- La lutte contre les narcotrafiquants répondrait à la même stratégie de divertir le peuple. Cet argument serait  d’autant plus valable qu’il est reproché aux auditeurs de taire le nom du parrain de la drogue.

- Les jeunes et autres bandes de voyous désœuvrés qui se font passer, à Conakry et dans le reste du pays, comme des soutiens de Dadis, ne seraient que des groupuscules organisés aux fins d’une cause : former un groupe de choc pour les échéances futures.

- La lutte contre la corruption ne serait, elle-même, qu’une méthode non moins corrompue pour récolter des sommes d’argent en prévision des campagnes qui s’annoncent.

- Le coup d’Etat qui a été salué comme une action de libération, apparaîtrait purement et simplement, comme une nouvelle forme de prise du peuple de Guinée en otage.

- Enfin, la communauté internationale  se considérerait comme bafouée et n’hésiterait pas à radicaliser sa position. Il ne serait pas surprenant que de nouvelles dispositions s’ajoutent à celles qui existent déjà. A  l’exclusion de la junte, de toutes les institutions internationales, la communauté internationale n’hésiterait pas, par exemple, à  confiner le CNDD et son président à Conakry, jusqu’au retour de l’ordre constitutionnel.

On sait que les Etats- Unis et l’Union Européenne ne tergiversent plus sur les questions de droits de l’homme et sur les pouvoirs militaires, tant les uns et les autres engagent leur sécurité et leur économie.

Persuadé que le Capitaine Moussa Dadis mesure les enjeux du non respect des accords avec les Forces Vives et le Groupe de Contact, mais aussi les chances que l’avenir pourrait lui réserver s’il se montrerait clairvoyant, il saura, je pense,  échapper aux pièges de celles et ceux qui ont façonné ses prédécesseurs. N’est-ce pas les mêmes qui veulent le prendre en otage ? Si leur action de « faiseur de présidents » avait réussi, la Guinée se retrouverait-elle dans la situation actuelle ? Un nouveau dilemme après cinquante ans d’indépendance !

Vigilance mon Capitaine, dirais-je à l’image du  soldat ! L’avenir est ce qui arrive. Les amis peuvent bien se retrouver de l’autre côté de la barrière. Ce ne sont pas toujours ceux qui incitent à foncer, même dans l’abîme, qui font les grands hommes !

Enfin, les forces Vives qui respectent les accords et l’ont fait savoir au CNDD, sont sûrement vos meilleurs amis ! Du moins interlocuteurs. Aucune solution n’est possible sans un dialogue franc et ouvert avec ses représentants de la nation et interlocuteurs de la communauté internationale. Ensemble, vous êtes le gage de lendemains meilleurs pour la Guinée et son peuple !

 

Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com 
 

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Vos commentaires
CISSE, samedi 25 avril 2009
désolé Mr. DIALLO pour cette erreur dans votre non.
CISSE, samedi 25 avril 2009
très belle analyse Barry rien n`avoir avec vas textes précédents. c`est ce qu`on demande aux intellectuels guinéens, l`impartialité. vous êtes occupés de la situation qui plane au dessus de l`avenir des enfants du pays. les militaires doivent rendre le pouvoir par les voies légales. repartir sur base claire de la démocratie locale. pour quoi une démocratie locale? parce que la guinée ne peut pas pratiquer les différentes formes de la démocratie existantes aujourd`hui. Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens...amen
sy savané soul, vendredi 24 avril 2009
Paris le 24 avril 2009 laissé cet homme trahir ses engagements , je crois bien qu`il confond la neige et les gouttes de pluie. qu`il sache qu`on le suivait parce ke ,il a promis com vous l`avez si bien di, depui sa sorti du kaloum on ne le voit plu com un homme credit ,aujourdhui il est plus detesté que son parain lansana conté . dejà il s`est sali même s`il rend le pouvoir. une precision , il a oublié les 1er heure de son coup d`etat,si ce nè ses engagement de rendre le pouvoir a un civil ds un bref delai , kel es le guineen ki accepterais le fantôme dadis a la tête de la nation , il n`a aucun outil ou je ne sai ki lui fait merité ce poste . a mon avis , dadis est une honte vivante de la nation , pourtant il est diplomé de l`université gamal abdel nasser , ce ki prouve 1 foi encore la mediocrité de la formation de cet temple de desaprentissage. mon cher dadis ne confond pas guinee 84 a la guinee 2009. cè dieu ka a voulu ke tu suives les pas de robert guay .que ton ame repose en paix ds kelke semaine. ce me fait de plus kan jai adhere bètement a ta politik en passant mon a t`ecouté .

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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