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Le président Lansana Conté a été remplacé par le Capitaine Moussa Dadis Camara qui préside le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). On peut dire, si des doutes persistaient, que le ralliement des officiers supérieurs de l’armée, l’allégeance du gouvernement Souaré, l’officialisation du nom du nouveau président et de ses principaux collaborateurs, a rassuré les plus sceptiques.
Dès lors, tout citoyen pourrait essayer d’apporter sa modeste contribution à l’avènement d’une ère nouvelle. Cette ère dont les prémisses ont commencé en mars 2006, pour se conclure avec la fin du régime Conté.
C’est donc en tant que citoyen, et très modestement, que je livre quelques pistes de réflexions personnelles. Mon but, c’est contribuer à prémunir le CNDD d’éventuels écueils, erreurs et risques en ce début de parcours. Par conséquent, je ne fais que poser un acte que les bonnes volontés pourront renforcer.
Mes réflexions portent sur des aspects bien ciblés et qui m’apparaissent fondamentaux pour un nouveau départ.
Dans ce dessein, je suggère que le CNDD pose des gestes forts qui devront radicalement trancher avec le passé. Qu’il fixe des règles et critères de gouvernance pour les 2 ans de la transition annoncée. Je soumets à toute Guinéenne, à tout Guinéen et au- delà, 4 premiers axes de réflexions pour 22 propositions.
1 Le choix des hommes ou de l’équipe gouvernementale.
- L’équipe qui sera mise en place devrait s’appuyer sur des technocrates qui n’ont plongé dans aucune affaire de corruption, de détournement de bien public.
- Etre vierge en termes de pouvoir politique. En clair, pas de membres d’un tel ou tel gouvernement ancien de 1958 à nos jours.
- L’intégrité morale et la capacité d’assumer sa fonction doivent primer sur tout choix.
- Mettre en place une équipe jeune, intègre et dynamique. Bref, des gens qui ne chercheraient pas à se caser. C’est là une habitude des habitués du changement et qui ont faussé tous les changements ! Cette répétition volontaire n’est pas un jeu de mots ! C’est pour dire que les opportunistes de tous les systèmes doivent savoir que le peuple n’est pas amnésique.
- Toute personne qui accepterait d’entrer dans la future équipe dirigeante doit s’engager par écrit à ne pas se présenter à quelque poste électif que ce soit, en 2010, et déclarer ses biens.
- Exclure tout chef d’un parti d’opposition de l’équipe gouvernementale.
- Faire appel à tous les Guinéens de bonne volonté, où qu’ils se trouvent, pour contribuer à la réussite de la transition.
2 De l’Administration
- Faire de la ponctualité et le respect des heures d’ouverture et de fermeture des bureaux un critère de maintien et de destitution à toutes fonctions de responsabilité et à tout emploi. Je considère que la plus mauvaise gangrène de notre pays est le jeu de cache- cache entre le pouvoir et ses fonctionnaires. C’est un facteur non négligeable de notre situation actuelle.
- Epurer l’administration. C’est inutile de dire que l’administration guinéenne est pléthorique et, en général, fainéante. Les gens se rendent au bureau, aux entreprises, aux écoles etc. plus pour papoter que pour travailler. Le temps d’arriver au lieu de travail coïncide chez nous à celui de la fermeture. Sitôt arrivé, sitôt parti à la prière ou chez les gnènguè. On m’aura compris !
Chez nous, les copines et autres concubines traversent tout Conakry pour venir chercher leur transport, sans que personne ne leur demande comment elles ont fait entre Taouya à Kaloum, par exemple. Bizarre non ?
- Instaurer un système de salaire ou d’indemnité au mérite pour tous les directeurs généraux, leurs adjoints et toutes personnes occupant un poste de responsabilité publique dans une entreprise, une institution culturelle, scolaire, universitaire etc.
- Appliquer les mêmes règles à tous les chefs de départements ministériels.
- Faire les audits qui ne soient pas à l’image de ceux qui ont été commandés et jamais réalisés. Initiés dans un délai raisonnable, ils serviront plus d’état des lieux, de diagnostic pour déterminer le degré de solvabilité, sinon de faillite de tel ou tel département, ministère ou direction générale.
- Faire des bilans comptables à un rythme défini et bien réparti dans les 2 années qui restent avant les élections promises.
3 Des élections législatives et présidentielles
L’Histoire retient toujours quelque chose d’un homme politique ou des acteurs de l’histoire. Le CNDD a commencé à écrire la sienne. C’est à ses membres de savoir ce qu’ils veulent qu’on retienne d’eux ! Dans tous les cas, ils laisseront quelque chose derrière eux et qu’on n’oubliera pas ! On n’a pas besoin de regarder loin pour s’en convaincre !
Le CNDD a promis des élections et le peuple semble le croire. Il faut donc tenir la promesse. Pour cela, il devra :
- Continuer la campagne de recensement et la mener à termes.
- Renforcer la CENI, même s’il faudrait quelques touches de réforme. En effet, toute panne de cette instance entraînera un retard encore plus considérable des élections prévues.
- Respecter la date fixée pour les élections par le Conseil National lui- même. C’est- à- dire l’échéance 2010, tout en veillant à l’égalité et la transparence.
- Céder le pouvoir à un président démocratiquement élu, comme le Capitaine Moussa Dadis Camara l’a promis au peuple de Guinée.
Si le CNDD honorait ses engagements et organisait les élections en se retirant du pouvoir, je résumerai mon sentiment personnel en ces termes : « Ah ! Dieu, nous aussi, nous étions promis au bonheur ! Depuis que nous attendons ! »
Ce choix d’un vocabulaire délibérément religieux résume, à mon sens, la fin de la longue marche du Guinéen, qui verrait alors son attente séculaire exaucée.
En effet, nous avons : 60 Ans de colonisation, 26 Ans de PDG, 24 Ans de CMRN et de PUP. Plus d’un demi-siècle de désespoir et d’interrogations aurait ainsi trouvé une fin heureuse, si les jeunes soldats honoraient leur engagement !
4 Redorer le blason de l’Armée et la réconcilier avec son peuple.
L’objectivité historique oblige que l’on reconnaisse qu’un grand fossé s’est creusé ces dernières années entre le peuple de Guinée et les hommes en tenue. Le peuple a montré qu’il n’était pas rancunier, car il n’a point contesté l’arrivée des soldats aux affaires. Ces derniers commencent à faire preuve de sentiment identique. Pour le confirmer :
- Le CNDD devra renforcer les premiers gages d’apaisement qu’il a montrés.
- Aller vers le peuple pour renouer le dialogue; faire renaître la confiance et panser les plaies.
- Restaurer la sécurité dans tout le territoire national, en mettant fin aux bandes incontrôlées.
- Mettre en place une structure militaire et civile pour indemniser (même à titre symbolique) les familles des victimes des événements de 2006, 2007 et 2008.
- Reconnaître aux victimes le statut de martyrs. En faire de même pour les victimes des Premières et Deuxièmes Républiques.
J’insiste sur le fait que ces 22 propositions doivent être perçues comme un apport personnel qui mériterait analyse, débat et complément de la part de tout Guinéen, de quelque conviction politique qu’il soit.
Mon objectif final, c’est lancer le débat pour que chaque Guinéenne et Guinéen participent à l’œuvre commune. J’estime que le renouveau de notre pays exige que chacun apporte une pierre à l’édifice.
La jeune équipe pourrait, peut-être, éviter les pièges du passé, les dangers de l’euphorie, les calculs des petits malins. Elle pourrait également déjouer l’opportunisme des affidés. Ces femmes ou hommes à tout faire des deux républiques successives, dont le slogan bien connu c’est : « Nous, nous savons tout de ce pays ! », sous- entendu, ils peuvent tout. Y compris apporter leur aide à la nouvelle équipe. L’apparente jeunesse de celle-ci les y inciterait d’autant plus !
Nous pouvons tous aider à bloquer les mauvais penchants pour éviter à la Guinée les déceptions d’hier ! Faire en sorte qu’il s’agisse, cette fois-ci, d’une vraie délivrance et non d’une fausse couche !
Enfin, ces propositions ne peuvent se réaliser que si elles étaient échelonnées dans le temps. Mais, le temps, le Guinéen en connaît trop ! Donc, démarrons dès maintenant avant de nous souvenir comment le rendre encore plus élastique ! On tire le diable par la queue depuis 1958, non ?
Lamarana Petty Diallo
Professeur de Lettres-Histoire, France
pour www.guineeactu.com
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