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On dit couramment que la Guinée a été colonisée par la France pendant soixante ans (1898-1958). A vrai dire, mais c'est à vérifier auprès des historiens guinéens, la période de la colonisation a été plus longue si l'on part du début à la fin de la conquête de l'actuel territoire guinéen. L'année 1898 est celle de la fin de la longue résistance (seize années) de l'Almami Samori Touré. Encore, faut-il rappeler que la résistance Guerzé devait se poursuivre jusqu'en 1911. De tout cela, les historiens guinéens discutent et discuteront encore de manière savante. Quoi qu'il en soit cette colonisation a pris fin en 1958. Pour les Guinéens, cela aurait été aberration que quelques indigènes "évolués" de l'époque eussent eu l'idée de participer à la commémoration en 1948, du cinquantenaire de la colonisation. Cette année là, je m'en souviens un peu, j'étais au cours moyen 1ère année, a été même une année des plus intenses pour le réveil des peuples colonisés. Et des partis politiques comme le PDG (1947) sont nés pour cette bataille. Depuis les indépendances, à partir du milieu des années 50, les peuples anciennement colonisés ont assez dénoncé les effets négatifs de cette entreprise honteuse qui était la soumission, l'exploitation et la négation du colonisé par le colonisateur. Il était donc dans la dignité de l'homme que personne n'ait songé en 1948 à un cinquantenaire de la Guinée coloniale. C’est la puissance coloniale qui pouvait organiser ce type de cérémonie mais les temps avaient changé avec la Seconde guerre mondiale (1939-1945).Des commémorations avaient cependant été organisées pour glorifier la conquête coloniale comme les Expositions coloniales pour toutes les colonies françaises des cinq continents en 1907 et 1931 à Paris. Il s'agissait d'exalter l'œuvre coloniale de la France. Vue de ce point, cela signifiait que la colonisation avait été un fait qualitatif pour la France et qu'il fallait la commémorer. Pour la grande majorité des Guinéens, l'indépendance acquise en 1958 n'a en aucune façon changé qualitativement leurs conditions d'hommes et de femmes. Or les buts fondamentaux de la souveraineté internationale, de l’indépendance, étaient de changer les conditions des Guinéens, hommes et femmes. L'indépendance, c'était l'Homme, sa nature sacrée. Mais l'une des indépendances africaines dans laquelle les citoyens ont été broyés comme des punaises a été celle de la Guinée de Sékou Touré. Cette situation qui aurait pu être insoutenable philosophiquement et moralement même et surtout pour ceux qui ne l'ont pas vécue, a au contraire donné lieu à des colloques et des rendez-vous mondains pour s'interroger les qualités d'homme d'Etat d'un dictateur sanguinaire par des rationalistes du XXe siècle .Glorifier un bâtisseur de nation qui n'a pas bâti de nation et qui n'a laissé que des montagnes de calamités, voilà le nouveau genre d'équipée auquel sont conviés les gens .Les générations futures se reconnaissent en un Père de la nation, en un bâtisseur de nation à travers l'héritage qu'il leur a laissé. A part les nombreux volumes de verbiage indigeste .Qui peut montrer l'héritage laissé à la jeune génération guinéenne, sinon son déboussolèrent et son éparpillement à travers le monde? Ceux qui entretiennent les faux mythes, ceux des clubs AST de Conakry et de Bamako montrent les limites qu'ils ont dans leur approche de la dignité de l'homme guinéen, de l'homme africain. Sur d'autres continents, dans d'autres pays, on a remisé les dictateurs au rancart pour que la nation avance sur le dur chemin du progrès des nations. Il en fut ainsi en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, au Chili etc. Les sacrifices humains, dont discutent les négationnistes guinéens et leurs amis, la conscience tranquille; sacrifices immolés par leur héros pour sa révolution, ont-ils laissé des traces positives pour la construction du pays, sinon des larmes et des douleurs pour leurs familles? Allez visiter ce pays et comparez-le à ses voisins. A part, les montages théâtraux vous verrez que la Guinée est en-dessous de son état de son état de 1958. Mais ce constat ne trouble nullement les épigones du leader démiurge qui a dit non aux Blancs mais qui a fait pire qu'eux dans le traitement du peuple guinéen. Il a dit non aux Blancs et cela leur suffit. La bousculade pour des visas d'entrées au pays de l'ancien colonisateur, avec tous les aléas que comportent ces départs du pays, ne troublent pas les "commémorateurs" du cinquantenaire. Ont-ils seulement songé, un jour, aux jeunes Guinéens qui fuient l'insécurité en tous genres au pays et qui risquent constamment leur vie ailleurs? Le nombre de jeunes femmes enceintes qui font tout pour aller accoucher hors du pays ne s'explique pas seulement par l'état désastreux de l'équipement hospitalier mais pour que l'enfant à naître ait facilement plus tard, la nationalité du pays de naissance. Cela ne devrait-il pas pousser des responsables d'un pays à penser à autre choses qu'à des parlottes et à des festivités? A ceux qui, comme des robots, exhibent encore sur un site internet , le discours de réception de De Gaulle, à Conakry, prononcé par Sékou Touré en août 1958,est-il besoin de demander à quoi ont servi pour les Guinéens, ces belles paroles?...A acquérir l'indépendance?... Mais quelle indépendance? Celle qui n'a profité jusqu'ici qu'à une infime minorité? J'arrête ces questions pour dire à ceux qui entretiennent des mythes, des faux mythes du malheur guinéen, à ceux qui maintiennent par leur entêtement, le souffle de la Malédiction qui plane sur la Guinée ; tous ceux-là feront la honte de leurs enfants et seront jugés par eux. De même que les Guinéens ne pouvaient pas librement accepter de fêter le cinquantenaire de la colonisation en 1948, de même ils ne peuvent pas consciemment accepter de se prêter à la mascarade du cinquantenaire d'une indépendance qui n'a été, jusqu'ici que malheur collectif pour eux. Ansoumane Doré pour www.guineeactu.com
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