jeudi 2 octobre 2008
Guinée : pouvait-on seulement avoir l'idée de commémorer le cinquantenaire de la colonisation en 1948 ?
Ansoumane Doré

On dit couramment que la Guinée a été colonisée par la France pendant soixante ans (1898-1958). A vrai dire, mais c'est à vérifier auprès des historiens guinéens, la période de la colonisation a été plus longue si l'on part du début à la fin de la conquête de l'actuel territoire guinéen. L'année 1898 est celle de la fin de la longue résistance (seize années) de l'Almami Samori Touré. Encore, faut-il rappeler que la résistance Guerzé devait se poursuivre jusqu'en 1911. De tout cela, les historiens guinéens discutent et discuteront encore de manière savante. 

Quoi qu'il en soit cette colonisation a pris fin en 1958.

Pour les Guinéens, cela aurait été aberration que quelques indigènes "évolués" de l'époque eussent eu l'idée de participer à la commémoration en 1948, du cinquantenaire de la colonisation. Cette année là, je m'en souviens un peu, j'étais au cours moyen 1ère année, a été même une année des plus intenses pour le réveil des peuples colonisés. Et des partis politiques comme le PDG (1947) sont nés pour cette bataille.

Depuis les indépendances, à partir du milieu des années 50, les peuples anciennement colonisés ont assez dénoncé les effets négatifs de cette entreprise honteuse qui était la soumission, l'exploitation et la négation du colonisé par le colonisateur. Il était donc dans la dignité de l'homme que personne n'ait songé en 1948 à un cinquantenaire de la Guinée coloniale. C’est la puissance coloniale qui pouvait organiser ce type de cérémonie mais les temps avaient changé avec la Seconde guerre mondiale (1939-1945).Des commémorations avaient cependant été organisées pour glorifier la conquête coloniale comme les Expositions coloniales pour toutes les colonies françaises des cinq continents en 1907 et 1931 à Paris. Il s'agissait d'exalter l'œuvre coloniale de la France. Vue de ce point, cela signifiait que la colonisation avait été un fait qualitatif pour la France et qu'il fallait la commémorer.

Pour la grande majorité des Guinéens, l'indépendance acquise en 1958 n'a en aucune façon changé qualitativement leurs conditions d'hommes et de femmes. Or les buts fondamentaux de la souveraineté internationale, de l’indépendance, étaient de changer les conditions des Guinéens, hommes et femmes. L'indépendance, c'était l'Homme, sa nature sacrée. Mais l'une des indépendances africaines dans laquelle les citoyens ont été broyés comme des punaises a été celle de la Guinée de Sékou Touré. Cette situation qui aurait pu être insoutenable philosophiquement et moralement même et surtout pour ceux qui ne l'ont pas vécue, a au contraire donné lieu à des colloques et des rendez-vous mondains pour s'interroger les qualités d'homme d'Etat d'un dictateur sanguinaire par des rationalistes du XXe siècle .Glorifier un bâtisseur de nation qui n'a pas bâti de nation et qui n'a laissé que des montagnes de calamités, voilà le nouveau genre d'équipée auquel sont conviés les gens .Les générations futures se reconnaissent en un Père de la nation, en un bâtisseur de nation à travers l'héritage qu'il leur a laissé. A part les nombreux volumes de verbiage indigeste .Qui peut montrer l'héritage laissé à la jeune génération guinéenne, sinon son déboussolèrent et son éparpillement à travers le monde?

Ceux qui entretiennent les faux mythes, ceux des clubs AST de Conakry et de Bamako montrent les limites qu'ils ont dans leur approche de la dignité de l'homme guinéen, de l'homme africain. Sur d'autres continents, dans d'autres pays, on a remisé les dictateurs au rancart pour que la nation avance sur le dur chemin du progrès des nations. Il en fut ainsi en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, au Chili etc. Les sacrifices humains, dont discutent les négationnistes guinéens et leurs amis, la conscience tranquille; sacrifices immolés par leur héros pour sa révolution, ont-ils laissé des traces positives pour la construction du pays, sinon des larmes et des douleurs pour leurs familles? Allez visiter ce pays et comparez-le à ses voisins. A part, les montages théâtraux vous verrez que la Guinée est en-dessous de son état de son état de 1958. Mais ce constat ne trouble nullement les épigones du leader démiurge qui a dit non aux Blancs mais qui a fait pire qu'eux dans le traitement du peuple guinéen. Il a dit non aux Blancs et cela leur suffit.

La bousculade pour des visas d'entrées au pays de l'ancien colonisateur, avec tous les aléas que comportent ces départs du pays, ne troublent pas les "commémorateurs" du cinquantenaire. Ont-ils seulement songé, un jour, aux jeunes Guinéens qui fuient l'insécurité en tous genres au pays et qui risquent constamment leur vie ailleurs? Le nombre de jeunes femmes enceintes qui font tout pour aller accoucher hors du pays ne s'explique pas seulement par l'état désastreux de l'équipement hospitalier mais pour que l'enfant à naître ait facilement plus tard, la nationalité du pays de naissance. Cela ne devrait-il pas pousser des responsables d'un pays à penser à autre choses qu'à des parlottes et à des festivités?

A ceux qui, comme des robots, exhibent encore sur un site internet , le discours de réception de De Gaulle, à Conakry, prononcé par Sékou Touré en août 1958,est-il besoin de demander à quoi ont servi pour les Guinéens, ces belles paroles?...A acquérir l'indépendance?... Mais quelle indépendance? Celle qui n'a profité jusqu'ici qu'à une infime minorité?

J'arrête ces questions pour dire à ceux qui entretiennent des mythes, des faux mythes du malheur guinéen, à ceux qui maintiennent par leur entêtement, le souffle de la Malédiction qui plane sur la Guinée ; tous ceux-là feront la honte de leurs enfants et seront jugés par eux.

De même que les Guinéens ne pouvaient pas librement accepter de fêter le cinquantenaire de la colonisation en 1948, de même ils ne peuvent pas consciemment accepter de se prêter à la mascarade du cinquantenaire d'une indépendance qui n'a été, jusqu'ici que malheur collectif pour eux.

Ansoumane Doré

pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Souleymane Diallo, lundi 6 octobre 2008
Petit fils de Samory Touré ou pas, je pense que la réalté est que Sékou Touré ne nous a laissé comme héritage que les malheures et la misère: dans le chateau d`Afrique de l`ouest, on meurt de soif, dans l`obscurité totale. J`ai visité beaucoup de pays en Afrique, mais la seule capitale où j`ai vu 6 personnes dans un taxi prevu pour 4 passager, et dans la capitale, c`est Conakry. Nous devrions être la locomotive de la sous région, mais nous sommes réduits à mandier auprès de nos voisins pour fêter nos 50 ans d`indépendance. Y-t-il de quoi être fier?
Lamarana Diallo, Londres, samedi 4 octobre 2008
Ousmane, ne deplace pas le debat et ne cherche pas a figer l`histoire de notre pays au 02 Octobre 1958. La Guinee a 50ans et si il faut feter un cinquantenaire, il faut au moins avoir la rigueur morale et intellectuelle d`apprecier les 50ans la et dresser un bilan. Et dis nous ce que tu en penses. Le passage de sekou a la mairie de conakry etait une ascension personnelle. Ce qui nous interesse c`est ce qu`il a fait des 26ans qu`il regna sur ses freres et soeurs de guinee. C`est sur ce point que se situe le debat. Et puis arreter d`entretenir les faux mythes autour de ce personnage. Un jour il est petit-fils de l`almamy, un autre jour son cadavre a "souri". Ecoute, on est plus en 1972 la. Les Guineens sont instruits maintenant, donc ce genre d`histoires n`impressionne aucune ame. Tu devrais en etre alarme. Ca s`appelle le culte de la personnalite, un des sinistres heritages qu`il nous a laisses. Ce qui doit t regarder en tant que Guineen, c`est le role de Sekou en tant que Chef d`Etat. Je comprends que tu supportes Sekou toure, c`est ton droit. Mais je suis convaincu que tu ne peux pas approuver le gaspillage de plus de $4million pour une fete pendant que nos parents restes au pays ne trouvent pas aisement de l`eau potable a boire. Je suis sure que tu serais d`accord que l`Etat Guineen se doit d`identifier les charniers eparpilles a travers notre pays afin d`offrir a ces gens des funerailles, en attendant de trouver le courage de retablir la verite et la justice.
ousmane, samedi 4 octobre 2008
Tout est possible en GUINEE,on s`attend à ce que certains declarent un jour que PRESIDENT SEKOU TOURE avait truqué les éléctions pour être elu maire de CONAKRY et vice president du conseil territorial.malheureusement pour les detracteurs ces elections ont ete organisées par l`administration coloniale et les resultats ne souffraient d`aucune contestation.Ceux qui minimisent aussi le NON de SEKOU TOURE tout en disant qu`il n`etait qu`un simple porte-parole n`ont qu`à suivre son parcours du leader syndical et ensuite au sein du PDG,sans oublier qu`il est le petit-fils de ALMAMY SAMORY TOURE.
K. Diallo, samedi 4 octobre 2008
Moi il ya quelaue chose que je n`arrive pas a comprendre. Pourquoi les guineens apres avoir voter non a la colonisation Sekou toure fait suivre de cela un discours insolant. En disant devant Degaule nous preferons la liberte dans la pauvrete. Pour quoi ne pas chercher a appeser la colere du General Degaul (dont on sait aura toujours une influence sur notre avenir) apres que le peuple ait fini de voter non. Moi je ne vois pas l`importance de cette phrase de sekou mais plus tot un inconvenient. Un leader ne doit pas s`exprimer comme un revolte dans la rue. Moi je ne vois pas pourquoi le guineen se glorifie de cette phrase. C`est plutot por moi un manque d`esprit politique qui lui a pousse a s`exprimer de telle maniere devant son chef. Parcequ`il faut savoir le non de la guinee n`a pas plus Degaule mais c`est la maniere dont Sekou a parle qui le plus envenime
Nassriou, UK, samedi 4 octobre 2008
Bonjour Doyen, bonjour a tous Je prie Dieu de vous accorder longue vie, bonne sante, beaucoup de moyens, ... et vous exhorte a continuer a nous recadrer comme vous l`avez toujours fait. Je souhaite que tous ceux qui crient ca et la que Sekou Toure etait un ange batisseur de vous lire. Ils sont simplement ignorants et le malheur pour eux est qu`ils souhaitent rester ignorants. Il souffrent de la forme la plus dangereuse de l`ignorance (c`est a dire ignorants 3 fois). Vous qui connaissez Sekou Toure et sa bande, vous savez et nous les jeunes guineens sommes reconnaissants envers vous pour vos temoignages. Merci Doyen!
Oumar Bah, vendredi 3 octobre 2008
J`ai rarement vu Doyin Doré aussi indigné, lui qui d`habitude, est le symbole de la pondération sur les sites guinéens. Mais je le comprends bien, vu l`obstination de certains à réhabiliter un régime qui a fait que certains Guinéens ne veulent pas entendre parler aujourd`hui de ce cinquantenaire des malheurs. Fêter un cinquantenaire alors que nous sommes obligés de quémander l`argent nécessaire à l`organisation de la fête chez nos voisins qui avaient pourtant tous voté OUI: voilà qui résume toute la tragédie de la Guinée. Moi aussi je dis: merci Professeur.
Souleymane Diallo, vendredi 3 octobre 2008
Bonjour Professeur, C`est réellement avec beaucoup de plaisir que je vous lis. En lisant votre article, j`ai pu me guerir de la blessure que m`a fait la lecture d`une interview d`une certaine Hadja A. Touré sur un site guinéen. Cette dame continue de croire que son mari qui a massacré le peuple Guinéen est un héro. Que les dizaines de victimes de son régime n`ont eu que ce qu`ils méritent. Que la situation actuelle de la Guinée qu`elle dénonce d`ailleurs, n`a rien à avoir avec la gestion criminelle du pays par son defunt mari. En réalité, Sékou Touré avait promis la liberté à la Guinée, même si les guinéens devaient restés pauvres; mais si nous avons eu la pauvreté, par contre nous n`avons pas eu la liberté sous son régime. Merci Professeur. Je vous encourage à continuer à informer les jeunes guinéens, pour ne pas que les négationnistes arrivent à leur but: transformer les tueurs d`hier en victimes.
Ansoumane Doré, vendredi 3 octobre 2008
Précisions complémentaires: Quand j`ai écrit dans le texte:"Mais ce constat ne trouble nullement les épigones du leader démiurge qui a dit non aux Blancs mais qui a fait pire qu`eux dans le traitement du peuplement guinéen.Il a dit non et cela leur suffit". Cette répétition du "non" fait allusion au NON historique du 28 septembre 1958.Dans mon esprit il ne s`agit nullement de minimiser la portée historique du vote du peuple guinéen.Il s`agit, après 50 ans d`indépendance , pour tout Guinéen de se poser la question:"Nous avons voté NON pour être libres chez-nous, gérer nos affaires par nous-mêmes pour nous-mêmes,où en sommes-nous?","Qu`avons-nous fait de notre indépendance sortie du NON de 1958, à la colonisation?" Voilà la question, la vraie que nous devons nous poser en notre fort intérieur sans aller jusqu`à regretter la colonisation.Mais de l`autre côté, se fossiliser sur sur le mot "non" qui n`a pas tenu,jusqu`ici ses promesses d`indépendance , de liberté, de dignité et d`épanouissement humain de l`homme et de la femme de Guinée, c`est littéralement arrêter l`horloge de l`Histoire de la Guinée. Je le répète, le NON de 1958,était en lui-même un évènement.En ce mois de septembre 1958, nous étudiants guinéens en France,étions fiers du choix de notre pays, parmi nos camarades étudiants africains.Et je peux vous dire que parmi eux, nous n`étions pas bien vus des autorités françaises.Alors que dans l`ensemble des étudiants africains, nous étions les seuls à soutenir notre gouvernement , celui-ci a commencé à nous faire la chasse dès le début des années 60.Malgré tout, un certain nombre d`entre nous sont rentrés après leurs études pour servir le pays.On connaît le sort tragique que le régime a fait à bon nombre.Ceux qui ne sont pas entrés n`ont été ni des renégats, ni des déracinés comme le régime se plaisait à le dire.Ce sont des Guinéens qui aiment la Guinée comme d`autres et qui en parlent comme d`autres.Et c`est ce que certains ont du mal à admettre.Alors qu`ils nous montrent les réalisations concrètes faites pour le pays par ceux qui étaient sur place.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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