 |
Les malheurs de la Guinée sont loin d'être terminés, avec ou sans Lansana Conté. La précédente primature avec Lansana Kouyaté qui aurait pu être un changement de cap pour la Guinée, pour ses enfants, n'a pas été saisie par celui-ci, égaré de mythes parce que des gens qui se disaient ses amis se sont, comme toujours en Guinée, mis à l'applaudir et à ne rien dire de ses dérives. On connaît la suite de cette aventure du tartarin de la primature guinéenne. Il fut, peut-être, le seul surpris de sa chute le 20 mai. Enfin c'est devenu de la vieille histoire maintenant pour la Guinée. L'histoire de notre pays a ceci de particulier qu'elle est lente presque dormante dans son aspect général et volcanique au niveau de ses serviteurs de haut rang qui peuvent sortir de l'anonymat aujourd'hui, se trouver aussitôt au pinacle pour être précipité dans les bas-fonds, les mois qui suivent. Aussi la Guinée bat-elle un record dans la région Ouest-africaine du nombre impressionnant de ministres qui se sont succédés depuis 1984. C'est une méthode de gouvernement que Conté a apprise de son prédécesseur. Quand des Guinéens affirment donc que le problème de la Guinée c'est Lansana Conté, nul ne peut sérieusement dire le contraire. C'est un système qui a détruit le pays par un pillage rarement égalé en Afrique. Rappeler à cet égard les paroles reniées de Conté sur l'intégrité morale dans la gestion du pays au départ du gouvernement du CMRN, devient dérisoire. Aujourd'hui, Conté est au bout du rouleau mais sa capacité de nuisance sur la Guinée est encore importante. Des guinéens réunis par leurs forces assemblées peuvent encore et surtout maintenant constituer une digue à cette capacité de nuisance à la Guinée. C'est pourquoi, j'avais pensé que la participation de l'opposition au gouvernement Souaré, à condition que celui-ci y soit vraiment favorable, pouvait être un geste pour sauver la Guinée de ce qui se prépare. Ce qui se prépare a pour nom, COUP D'ETAT MILITAIRE (dans six mois, dans un an ou plus). Que croyez-vous quand vous voyez des sous-officiers parader sous vos yeux, en toute impunité que cela ne préfigure rien ? Nous sommes en train d'assister peut-être au retour non plus voilé des militaires aux commandes de l'Etat. Je dis non voilé puisque depuis 1984, c'est un général non reconverti dans le civil qui dirige le pays en s'appuyant sur l’armée. Ceux qui utilisent donc l'appellation de "général-président" ont parfaitement raison. Le coup d'Etat qui se prépare de longues mains n'est pas l'œuvre de civils. C'est pourquoi, personne ne doit secrètement se réjouir de la chienlit des "mutins" de l'Armée qui travaillent pour eux-mêmes. Les techniques du coup d'Etat sont rôdées en Afrique et en Guinée on invoquera l'incapacité des partis politiques à faire face à leurs responsabilités. Ceux qui croient que le temps des coups d'Etat est révolu se trompent lourdement. L'état d'esprit régnant dans l'Armée guinéenne "commandée" par la base est loin des considérations de protestations internationales ou de mise en quarantaine par l’extérieur. De toute façon, quand il s'agit de l’Afrique, les grandes démocraties ne boudent pas longtemps les coups d'Etat pour reprendre les affaires avec les putschistes plus coulants dans les négociations de contrats. Il faut que ceux qui campent sur la position de ne participer à rien tant que Conté sera là ne soient pas surpris du coup d'Etat éventuel qui pourrait résulter de l'affaiblissement d'un gouvernement civil. Pourquoi, n'a-t-on pas fait les mêmes mises en garde pour le gouvernement Kouyaté ? La réponse est que ce gouvernement n'avait pas eu besoin de l'opposition politique et il avait une assise populaire (source de sa légitimité) et puis non seulement les mises en garde ne lui ont pas manqué, que ses thuriféraires ont toutes prises pour de l'hostilité, mais il ne s'est pas appuyé sur sa légitimité qu'il a négligée. Dans le cas de Souaré qui ne bénéficie pas de cette onction populaire, si son gouvernement est affaibli, l'éventualité d'un coup d'Etat ne doit pas être écartée d'un revers de main et l'on ne sait pas qui pourrait arrêter les chars de l'Armée contre la population aux mains nues. Ne comptez surtout pas sur l'UA ou la CEDEAO et autres. Personne n'arrêtera la barbarie et comme toujours, chacun des Guinéens paiera l'intransigeance dans l'isolement de quelques uns. Je répète que le motif d'une intervention de l'armée sera que les partis politiques sont incapables de faire face à leurs responsabilités, sans ajouter que c'est le pouvoir qui les a tenus à l'écart longtemps. Aussi, je demeure convaincu que se mettre à table avec un Conté finissant est faisable (sans perdre son âme) si cela doit sauver la Guinée d'un nouveau chaos de 20 à 25 ans encore. Ansoumane Doré, Dijon, France pour www.guineeactu.com
|
 |