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Qui avait dit aux lendemains des indépendances, lorsque la colonie française avait retiré ses cadres du territoire guinéen que la Guinée et le Mali sont deux poumons dans un même corps ? Cette vision indéboulonnable, alors hautement politique est aujourd’hui plus que d’actualité, avec la nomination mardi dernier du général Siaka Toumani Sangaré comme président de la honteuse CENI guinéenne. Sékouba Konaté confirme de fait, – au-delà de l’implication de la communauté internationale dans le processus de transition – que ce qui était devenu un cliché ne l’est plus.
Les deux pays sont bel et bien liés par une communauté de destins. La présence pendant près d’un an en Guinée du nouveau promu l’atteste. C’est donc un homme de terrain. Bien connu pourrait-on dire.
Qui est le général Siaka Toumani Sangaré ?
Nos confrères de Bamanet qui ont consacré une part entière au général : « (...) Siaka Sangaré, le délégué général aux élections, selon nos sources, est régulièrement consulté par les pays et organisations internationales pour aider des pays, superviser des fichiers, conseiller... Ainsi, il a été sollicité par l'Organisation internationale de la Francophonie pour ¨assister, organiser et superviser¨ le processus guinéen. Dans ce cadre, il travaille avec la Mata. Cette même organisation l'avait sollicité pour auditer le fichier électoral mauritanien qui a permis la mise en place du président actuel, le général Mohamed Ould Abdelaziz.
Pour le compte de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), notre compatriote a organisé, supervisé ou audité les fichiers électoraux ou aidé à la mise en place d'un système électoral apaisé au Tchad, en Afrique centrale, à Madagascar. C'est également notre compatriote le colonel Siaka Sangaré qui a été choisi par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour superviser les dernières élections togolaises. Selon nos sources, ce travail a séduit de tous les côtés et les Togolais ont largement apprécié cette expertise. Il est également celui qui a organisé en Haïti les dernières élections qui ont amené René Préval au pouvoir. M. Sangaré a également été dépêché en Algérie par l'Union africaine comme observateur des élections. ¨A ce niveau, il a également donné entière satisfaction¨, nous dit-on.
Né il y a 55 ans, cet enfant du Wassoulou a toujours été brillant dans tout ce qu'il entreprend. Tour à tour administrateur à l'armée de l'air, directeur général de l'Intendance militaire, intendant principal dans les guerres Mali-Burkina Faso et dans le conflit du Nord, il a été inspecteur des armées. Au regard des expériences qu'il a accumulées et du satisfecit de l'opinion internationale, le colonel mérite plus. »
Le nouveau président de la CENI sera assisté de deux vice-présidents, Louncény Camara et Hadja Aminata Mame Camara.
Les challenges...
La nomination intervient au moment où tous les Guinéens qui composaient la CENI s’étaient mués en de véritables loups, s’offrant manifestement en spectacle. Une déshonorante attitude qui a fini par agacer l’ensemble des Guinéens progressistes. C’est pourquoi, la pagaille créée et entretenue au niveau de la CENI constitueront un sérieux défi pour Siaka Sangaré. « Le nouveau président aura du pain sur la planche, car on ne le dira jamais assez, la Guinée est un pays de paradoxes. Le processus électoral actuel en est une illustration éloquente. D’abord, dans ce pays, il semble plus facile d’organiser une élection présidentielle avec vingt quatre candidats, qu’avec seulement deux candidats ! Aussi bien sur le plan logistique que financier. Ensuite, la période qui sépare le premier du second tour semble égale sinon plus longue que celle initialement consacrée à tout le processus », a récemment commenté un confrère de guineeconakry.info.
Siaka Sangaré pourra-t-il alors réaliser le miracle, pas en respectant la date du 24 octobre, d’ailleurs susceptible d’être revue, mais en réussissant à répondre à toutes les attentes, alors que de nombreux ordinateurs configurés ont disparu des bureaux de la CENI ? Ce n’est donc pas gagné d’avance. Certes sa possible neutralité aura calmé les ardeurs des deux finalistes et de leurs alliés. Ceci n’assure pour autant pas un succès sans encombres, bien qu’il ait une certaine connaissance des réalités auxquelles il doit faire face : entre autres concilier deux pôles différents en acceptant d’organiser une élection débarrassée de tout soupçon. Espérons que la Guinée ne lui fera pas vivre son paradoxe. C’est-à-dire réussir partout et venir se planter en Guinée. On croise les doigts.
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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