vendredi 6 juin 2008
Guinée : les métastases de la honte
Saïdou Nour Bokoum

Il ya déjà un indésirable avant la formation du prochain gouvernement.

Comme un cancer généralisé, le mal qui ronge la Guinée frappe un corps coriace, résistant comme une peau de vieux crocodile. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises que le mal guinéen se ramène en dernière instance à une crise de leadership. Ce mal est devenu un malheur du fait de l’âge avancé des acteurs politiques.

Or mon ami médecin m’a expliqué un paradoxe du cancer. Il est foudroyant chez les jeunes car les cellules atteintes de cette saloperie étant jeunes, elles se multiplient plus rapidement. Alors qu’il traînaille chez les personnes âgées. Et donc la solution finale, si l’on me pardonne cette horrible expression, arrive vite. Le parallélisme des formes fait qu’il en va de même en politique. Mais à l’envers. Ainsi s’explique cette longue crise de leadership qui frappe la Guinée.  

Le mal est généralisé, puisqu’après l’Etat, il a frappé les syndicats, la société civile un peu avant le pronostic peu favorable signalé chez les Partis dès 1995 quand, après une journée folle de « siégera siégera pas », ils finiront par légitimer une assemblée née des fraudes massives qui ont marqué les élections de ses membres. Le virus avait été inoculé en 1993, avec le « considérant » historique de maître Sidimé, sous la bonne garde de la loi anti-casseurs de maître Silifou Sylla et de M. Alséni René Gomez, qui a tétanisé les leaders, comme frappés d’amnésie.

La ruée des principaux Partis vers les strapontins qu’on leur réservera dans le prochain gouvernement formé par M. Souaré, un des indésirables des accords tripartites, est dans l’ordre des choses. Je devrais dire, dans la logique de la longue maladie en rapport avec la gériatrie. Cette science qui s’intéresse aux Ancêtres, enfin aux personnes frappées par la limite d'âge pour toutes sortes d'activités liées à l'intérêt collectif.

« Pour préserver la petite paix qui règne en Guinée disent les uns » .

« Politique des petits pas. « Doni doni, kononi dâ gna la.. ». Petit à petit l’oiseau fait son nid.. », disent les autres.

Nos leaders comme tout le monde, adorent ce Bembeya. Après la paix du lafidi, voici la paix des mangues à l’huile rouge, au beurre de karité, mais sans piment, car le piment est devenu inaccessible, comme le bonga, tous envolés avec l’euro à la vitesse de 7800 mille marins pour rejoindre en haute mer le baril de pétrole et le sac de riz qui conduit le peloton de tête avec 230 à 250 000 mille à l’heure. Prix dopés par les accords tripartites censés sécher les larmes et le sang versés des martyrs de janvier-février 2007. Les mutins eux ont compris. Je n’aime pas qu’on critique ces derniers. Il n’y a nulle muflerie dans leur mutinerie. Ils ont joué cartes sur table.

Ils veulent du pognon. Point barre. Pas d’hypocrites lamentos patriotards. Ils tirent sur tout ce qui bouge, et on leur donne le flouze, ils rentrent dans leurs casernes. Quant au peuple, qu’il prenne garde, s’il bouge pendant qu’ils ont les poches pleines, ils reprendront leurs cagoules importées de Guinée Bissau et reviendront pour massacrer la chair fraîche comme en janvier-février. Puisque la Guinée s’est « westernisée » ( I. Kyké ) !

Allez ! A la mangeaille et bon appétit messieurs-dames !

Mais prenez garde, vous savez comment finit la grande bouffe de la minorité, sous le regard torve des masses faméliques debout devant les Bastilles, hurlant,

«  Pas de quartier ! ».

Elles ne distinguent plus le cousin de la nièce, comme en enfer, le jour des comptes. La suite des courtes maladies est la même que celle des longues maladies.

Mangez, mais pensez aux poubelles de l’Histoire, sinon aux fins dernières comme c’est dit dans les saintes écritures, pour ceux qui sont croyants. Pour les autres, songez aux domiciles saccagés jusqu'aux carreaux emportés. Et cette fois encore, il se trouvera un hurluberlu qui dira :

Mangez, mais pensez aux poubelles de l’Histoire, sinon aux fins dernières comme c’est dit dans les saintes écritures, pour ceux qui sont croyants. Pour les autres, songez aux domiciles saccagés jusqu'aux carreaux emportés. Et cette fois encore, il se trouvera un hurluberlu qui dira :

WO FATARA ! NGONGA NGONGA ! ou autres aplodossos de nos idiomes vernaculaires.

Mais voilà, les morts vous voient, ceux de Boiro, de Koundara et des faubourgs de Bambéto. On entend encore le sang palpitant de ces derniers qui psalmodient :

Pas de compromis avec les caciques
Pas d’accords tacites avec un système en faillite.
Car de compromis en compromis on va vers la compromission.

Saïdou Nour Bokoum www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Saïdou Nour Bokoum, samedi 7 juin 2008
Merci M.Barry.Vous me dispensez d`en rajouter dans ma réponse à M.I Diallo.J`ajouterai seulement qu`il ne serait pas inutile de tenir un débat instructif à propos de la fonction de l`Intellectuel.En effet je ne suis ni ministre,ni commis de l`Etat, ni chef de Parti, ni même militant d`une quelconque formation.Alors quelle autre ation concrète moi citoyen lamda de la société civile, pourrais-je entreprendre pour, par exemple donner ..de l`argent à des mutins ? Wa salam.
m.barry, samedi 7 juin 2008
Je ne suis aussi sure que le diagnostic du mal est aussi connu et accepte de tous. Poser un diagnostic juste est deja un apport en soit. La solution a nos problemes est beaucoup plus complexe que des actions concretes que l`un d`entre nous alignera dans des lignes d`un journal. La solution, nous la trouverons en nous si nous acceptons de face a nos responsabilites individuelles et collectives.
Ibrahima Diallo, vendredi 6 juin 2008
Quelles solutions réalistes et surtout applicables préconisez vous? Le diagnostic du mal est connu et accepté par tous. Proposons des actions concretes applicables sur le terrain, connaissant nos limites, autres que l`expectative comme ce fut le cas depuis 1993. Bien a vous!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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