 |
Le 26 janvier dernier Kabinet Komara a fait une passe dorée à Jean-Marie Doré. Dans son discours de passage de témoin, il a présenté le bilan de son gouvernement et même qu’il a profité pour donner des leçons, pour des mises en garde et pour mettre la pression.
Le bilan du gouvernement Komara est, mine de rien, plus que positif mais certains points sombres n’ont pas été abordés. Ainsi, sans le dire nommément, il a parlé des bénéfices du paquet global, un paquet global qui a fortement été critiqué en son temps. Ensuite, ce paquet global découvert par Ahmed Kanté à Dadis lors d’un Dadis-show n’a pas épargné ce même Ahmed Kanté du gnouf pour des « jetons » tandis que d’autres plus boulimiques sont à l’air libre, libres de toutes contraintes et à l’aise comme des poissons dans l’eau. Encore une dernière chose non dite, c’est le bénéfice mirobolant de ce paquet global (qui va rapporter un milliard de dollars par an, une centrale hydro-électricité et le chemin de fer Conakry-Kankan, ce qui équivaut à la découverte d’un puits pétrolier) mais contre quoi ? Les Chinois ont beau être nos amis de toujours, ils ne le feront pas gratuitement. Quelle est la monnaie d’échange ?
Ce point n’a pas été éclairci par Komara. D’autre part, n’est-ce pas à cause de ces mines encore, même si le paquet global n’était pas concerné, qu’il a été vertement tancé par Dadis ?
Parlant de la non occupation de la résidence qui lui était allouée à cause des dépenses faramineuses qu’aurait nécessité sa rénovation (1 milliard et demi, dit-il). Mais, on se demande si un milliard et demi de francs guinéens valent encore quelque chose ? Avec un milliard de francs guinéens, ne peut-on pas construire une nouvelle résidence ? Le moins qu’on puisse dire, les rénovations sont exorbitantes au pays du 28 septembre.
Mais aussi, en parlant ainsi, il a mis certains dans leurs petits souliers. On a vu beaucoup se remuer dans leur fauteuil et le tout nouveau Premier ministre, Jean-Marie Doré, se voit intérieurement et directement concerné par ce discours de Komara. Au cas où Jean-Marie Doré aurait des intentions dans ce domaine, il doit faire gaffe et serrer la ceinture.
Dans ses convictions, Komara dit avoir sacrifié les privilèges de son poste de fonctionnaire international, notamment les frais médicaux et scolaires de ses enfants pour répondre à l’appel patriotique du CNDD. Ceci est sans doute vrai mais pendant toute l’année 2009, les frais cités plus haut étaient à la charge de qui, même si lui, Komara, n’a empoché aucun salaire ?
On le sait patriote jusqu’à l’abnégation totale mais les frais de scolarité et médicaux de ses proches pendant cette période n’ont pas été à la charge personnelle, à moins qu’on ne soit pas du tout au courant de tout.
Au sujet des audits des actions du gouvernement, on peut se poser la question sur les marchés de gré à gré attribués dans divers domaines. On parle de l’attribution de tous les marchés de construction au groupe Guico-pres, pour ne pas trop déplaire à KPC.
Komara dit aussi que très tôt il s’est aperçu de la diversité, de la variation des tempéraments et des caractères et qu’il s’est forgé un comportement à toute épreuve pour être le souffre-douleur du CNDD. On l’a vu. Au moment où il devait se démettre, il n’a pas tenu compte des traitements humiliants parce que Dadis a eu à déverser tout son courroux sur lui mais il n’a pas fait comme le comte de Mirabeau. Quand Napoléon est venu le couvrir d’insanités au milieu du parlement avant de sortir en trombe, la salle était lourde d’un silence gêné, Mirabeau a détendu l’atmosphère par cette phrase que nous avons retenue : « Mesdames et messieurs, c’est dommage qu’un si grand homme soit si mal élevé ». Il s’est du coup ré doré le blason.
Si Komara dit qu’il s’est aperçu très tôt qu’il devait jouer aux équilibristes dans un gouvernement caporalisé et à forte odeur de pétrole, c’est la presse qui lui avait posé un grabat en le mettant en garde. La question qui lui avait été posée était : Komara saura-t-il jouer avec le feu ou va-t-il se brûler les doigts ? Maintenant la réponse est toute faite. Il a non seulement su jouer avec le feu mais même qu’il a su cracher du feu comme les magiciens de théâtre, des ignivomes.
Le bilan de Komara, somme toute, est éloquent mais est-il élogieux ? On aurait pu le voir comme élogieux si pendant son mandat il n’y avait pas eu ce maléfique 28 septembre. C’est vrai qu’il n’était pas du tout concerné par l’évènement qui a noirci tout, mais il aurait, d’un certain avis, donner sa démission comme les Morel et autres. En restant rivé à son poste de Premier ministre, en dépit de son apparition à la TV pour parler de ce carnage, il laisse comme une impression d’avoir vu cela de loin, comme les Africains qui compatissent aux maux des Haïtiens lors du tremblement de terre avec son lot de morts, mais qui n’arrivent pas à aider les sinistrés, faute de moyens.
Komara, pour l’ensemble de son bilan avec toutes les vraies considérations, ne mérite-t-il pas d’être à nouveau dans un autre gouvernement ? Son intégrité morale et intellectuelle mérite bien quelque chose.
Cela dit, il a fait une passe dorée à Jean-Marie Doré, on le redit. Et JMD aura à inaugurer le barrage de 30 mégawatts construit en peu de temps avec un coût défiant toute concurrence (par qui, au fait ?). On verrait bien Jean-Marie Doré lors de cette cérémonie d’inauguration avec une paire de ciseaux, faisant le geai paré des plumes du paon.
Qu’importe, le porte-parole de l’opposition la plus bête du monde vient d’atteindre la consécration, même s’il ne veut pas le dire et même s’il ne veut pas trop jubiler pour cela, mais on sait que c’est la consécration, et son choix n’a pas été fortuit. Dadis et EL Tigre ont bien vu cette fois car la tension ethnique en Guinée était au bord de l’éclatement. On n’en dira pas plus. Le poste de Pm est ce que Doré pouvait le mieux espérer dans sa carrière politique. Sans vouloir le heurter, les observateurs sont conscients que l’UPG, son parti, était certes un parti politique mais qui n’était pas favori dans la grande course nationale du trot. On se souvient qu’en 93, il était venu bien loin derrière le PUP du général Lansana Conté, D’Alpha Condé du RPG, de l’Unr de Bä Mamadou et de l’UPR de Siradiou Diallo ? C’est un parti qui ne pèse presque pas mais c’est la personnalité et le charisme de Jean-Marie Doré qui ont tout compensé. Au cas où les élections se dérouleraient dans toute transparence, il n’était pas évident que l’actuel P M soit choisi par un quelconque président comme PM mais le fait du hasard a bien voulu le désigner comme le Premier ministre qui pourrait déconstruire l’organisation politique que la Guinée a connu pendant un demi siècle, c’est-à-dire la politique de l’exclusion et de la confiscation absolue du pouvoir.
A peine désigné comme PM, JMD trouve sur sa table une série de problèmes plus insolubles les uns que les autres. D’abord, le rapport final de la commission nationale d’enquête indépendante, sur lequel il n’a aucune appréciation de valeur, quand bien même il a été l’une des principales victimes parmi les leaders politiques présents ce jour au stade du 28 septembre. Ensuite, la question sur la responsabilité du carnage, le rapport ne désigne que Toumba comme le seul responsable et coupable. Responsabilité morale et pénale, aucun membre du CNDD n’y est pour quelque chose, pourtant, tout s’est passé sous le règne de ce même CNDD. Le résultat du rapport de la commission nationale d’enquête indépendante ne pouvait être autrement car c’est le CNDD qui a institué cette commission. Pouvait-elle désigner son mandant comme coupable ? Mieux, le porte-parole de cette commission d’enquête n’est autre que le Dr Seydou Dioubaté, et pour qui sait que ce même Seydou Dioubaté est encore le porte-parole du « Bloc patriotique », ce groupement politique opportuniste qui a clamé haut et fort qu’il se propose de présenter Dadis Camara comme leur candidat au cas où celui-ci ne se présenterait pas. En clair, cela voulait dire que le Bloc patriotique était prêt à forcer Dadis à se porter candidat, même quand celui-ci ne voulait pas se déterminer sur le sujet.
Peut-on dire un jour que ceux qui ont poussé Dadis dans cette direction sont aussi responsables de ce qui s’est passé le 28 septembre ? L’histoire nous fera attendre mais elle va se déterminer. D’ores et déjà, on peut dire que ce qui est arrivé à Dadis le 3 décembre, ce n’est pas Dadis qui l’a cherché mais l’on lui a fait porter tout ce mal car, même très mal en point au Maroc, l’on faisait croire aux Guinéens que Dadis se porte comme un charme et que son retour n’est qu’une question de jours. De deux choses l’une, soit l’on se moque de sa vraie santé et de son sort, soit qu’on cherche à tromper tous les Guinéens, même devant l’évidence.
L’apparition de Dadis à Ouagadougou avec sa voix chevrotante et atone était loin, mais alors loin de celle qui a fait suer à grosse goutte Pantchenko lors d’un chaud Dadis-show.
Ensuite, le deuxième problème insoluble que doré a devant lui, c’est la formation de son gouvernement. On sait que certains postes de souveraineté reviennent au CNDD mais il faut chercher des personnes non concernées par les évènements du 28 septembre. Les postes en question sont la défense, la sécurité, les Affaires étrangères et quoi encore ? Actuellement, le ministère de l’administration du territoire et des affaires politiques, le poste de Frédéric Kolié très convoité est l’objet d’un tiraillement que JMD refuse de reconnaître devant la presse. Selon lui, il n’y a pas de difficultés ni de blocage ? On a l’impression du déjà vu et entendu. Quand la presse va percer l’abcès, le PM va se mettre à dire : « Pourquoi faut-il que j’aie des problèmes avec le président ? » Si Jean-Marie Doré ne ressemble pas à un sélectionneur de football qui passe des nuits blanches à faire et à défaire son classement, on ne sait plus à qui il ressemble.
La dame de fer de Guinée, Rabiatou Serah Diallo veut de ce poste mais il semble qu’il lui sera refusé. De ce côté, il lui sera bien aise de rester en dehors du gouvernement mais aussi, pour que les élections soient transparentes et crédibles, il faudrait une personnalité neutre et incolore or si le CNDD a le MATAP ou si JMD le veut, beaucoup mettront son impartialité en doute. D’ailleurs, l’est-il au fond ? Il a aussi son parti à faire tourner, et pour ne pas que son parti tourne en rond, il aura besoin d’un petit coup de pouce, le cas contraire, Jean-Marie Doré est amis à tous les leaders candidats. On pourrait supputer qu’il favorisera l’un ou l’autre, quelle que soit sa bonne foi.
Voilà quelques problèmes indigestes que le nouveau Premier ministre issue de l’opposition la plus bête du monde a sur la table, autant dire qu’il a du pain rassis sur la planche.
Lors de sa première conférence de presse lapidaire, conférence de presse dans laquelle il a lapidé toutes les questions brûlantes des journaleux, il a dit qu’il n’hésiterait pas à prendre les anciens ministres si leurs compétences sont reconnues. C’est dire que les anciens ministres sous le règne de Conté vont commencer à ré émerger du naufrage du Titanic, pardon, du Yola.
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |