|
La démocratie et la liberté : voilà aujourd’hui le voile que portent nombreux compatriotes pour décrypter les faits de l’histoire qui se déroule dans leur pays, depuis la mort de Lansana Conté et la chute du système qu’il avait bâti sur le socle d’une impunité absolue de ses animateurs.
Ces deux mots sont en passe de devenir la source des maux dont va souffrir la Guinée, si l’étroitesse des positions ne se dégage, pour donner une ouverture à l’esprit critique et constructeur. Sans cette démarche, l’éclairci, qui a dégagé d’espoir un coin du ciel guinéen, cédera à l’obscurité déchantant. Et que de malheurs arpenteront encore notre évolution !
Or, la possibilité est encore offerte, pour nous éviter la chaotique marche qui nous pousse avec précipitation, mais sans discernement, vers l’aimant de la démocratie, source régalienne de la République et de l’Etat.
C’est pourquoi la confusion qui suinte de part et d’autre de nos propos, est préjudiciable à la réussite de la transition, dont l’ultime sortie ne devait être que cette démocratie qui donne de l’insomnie aux plus pressés, c’est-à-dire ceux qui ne visent que le fauteuil présidentiel.
Alors que la question guinéenne nécessite toute autre analyse, que celle qui nous est montrée par des moralisateurs et autres retors esprits partisans et très mauvais calculateurs. Parce qu’ils pensent que la solution du mal guinéen viendrait uniquement des urnes. De telles diffuses lumières n’éclairent que mal le paysage socio-politique guinéen. La lecture de leur raisonnement laisse croire que les élections suffisent pour donner naissance à la démocratie guinéenne. Il ressort de leur pensée démocratique, qu’élire un Président, est suffisant pour que la démocratie s’installe dans un pays.
Cette logique peut interroger : que n’avons-nous pas vu des élections démocratiques accoucher des tyrans ? Que n’avons-nous pas expérimenté qu’un Président sorti des urnes, n’exerce pas toujours démocratiquement son autorité ? Pourquoi des régimes mis en place par le biais de la démocratie, se transforment-ils en système dictatorial ou tyrannique ?
Les réponses à ces questions doivent nous inciter à nous défaire de l’affect démocratique, pour regarder la Guinée dans sa dimension sociale, politique, économique, historique et son fond culturel, voire sa civilisation.
La Guinée sociale est devenue, dans la traversée du temps historique, une sorte de conglomérat humain, sans structure solide et solidaire réelle, même si la composition groupale est perçue comme celle d’une société nationale enserrée dans un espace géographique.
Cet affichage ne tombe-t-il pas vite dès lors qu’un élément appartenant à un groupe désigné, est confronté à la loi ? De sorte que cette dernière n’est plus régulatrice de la vie sociétale, mais elle est automatiquement perçue comme une agression délibérée contre, non plus un seul élément constitutif de la communauté, mais bien l’ensemble de ses membres. Ainsi aujourd’hui, la Guinée n’est plus, chez la plupart de ses enfants atteints d’insuffisance humaine, un bien commun. Elle doit être une propriété d’une partie de sa population. Et si ce n’est pas celle-là, elle n’est rien ou ne peut être rien sans celle.
A partir de ce moment, aucun autre Guinéen ne doit assumer la fonction Présidentielle ou occuper un poste de la haute hiérarchie administrative. Il devient la cible aux tirs nourris de critiques sans fondement que celles qui les font croire que le meilleur n’existe nulle part que dans leur rang et en leur sein.
Conséquemment, l’écriture de l’histoire sociale devient une sorte de fantasme. Ses animateurs sont peints de la façon la plus grotesque. L’objectivité cesse d’exister pour eux et le subjectif dans sa croissance, telle imaginée, aveugle plus d’un.
Le sujet qu’est, en ce moment, le pays, cesse d’être et l’on tombe dans une explication cannibalisante des propos et actes de l’autre, différent d’eux, simplement parce qu’il ne pense pas et n’agit pas tel qu’ils le désiraient ou voudraient. Ils lui prêtent des propos, interprètent ses gestes et ses idées. Et ils finissent par la référence à la démocratie, pour saupoudrer leur intolérance. En s’appuyant sur ce point précis, il n’est pas malhonnête de mettre les Guinéens en garde contre le désastre (catastrophe ?) qui pourrait succéder la phase actuelle si, eh oui, si les appels divisionnistes ne s’estompent pas nets.
La suite logique, parce que la cohérence manque à leur attelage, est le recours à la politique, qui devient salvatrice.
Ainsi, la Guinée politique est désossée par l’absence d’un leadership. L’impression donnée de l’arène politique, est celle du sur-place. Le discours politique véhiculé, est d’un vide abyssal. Il n’a de contenu que le crédo de l’absence d’eau, d’électricité. Or ces questions, même, essentielles qu’elles soient, ne résument pas la problématique guinéenne.
Certes, l’homme politique ne songe qu’à son élection, pendant que l’Homme d’Etat pense aux générations. Mais cela ne devrait pas obnubiler nos leaders politiques, jusqu’à oublier l’intérêt supérieur du pays ! La carence est telle, que les forces brûlantes se sont devenues vives pour les assister et accompagner.
Le malheur de tous les Guinéens résiderait, en quelque sorte, dans l’absence d’une véritable philosophie politique. Celle qui vise à résoudre, de manière globale, les préoccupations des populations. Bien qu’une telle démarche contienne une grande part de rêve que de réalité, elle a le mérite d’indiquer un chemin, de construire un idéal de société.
Quel est le leader de notre pays qui nous fait rêver en ces temps qui courent ? Aucun n’ouvre une brèche sur les vraies solutions, qui semblent se trouver ailleurs.
Depuis sa naissance en tant que nation souveraine, la Guinée n’a évolué que dans l’improvisation et des approximatives séquences économiques. Et pourtant, l’indépendance n’est réelle que lorsque la nation s’inscrit dans la conquête économique qui fait appelle à la production de biens et à la sécurité alimentaire, la justice sociale et la paix…. Jamais, les Guinéens n’ont connu un seul moment d’abondance. Ils ont été la proie à toutes les formes de débrouillardises pour se nourrir, alors même que leur pays regorge de tout ce qui aurait pu créer les ingrédients nécessaires à l’alimentation de la dignité chantée en hymne de la liberté.
Les acteurs économiques, s’il en existe, sont tous des affameurs parce que sortis, eux aussi, d’un schéma qui ne répond à aucun canon économique. Ils ne sont que des apprentis marchands de biens d’imitation ou de produits avariés et bon marché, dont l’importation leur octroie généreusement le titre d’opérateurs économiques. Quelles sont les créations d’emploi qui peuvent être mises à leurs actifs ?
Voilà qu’au plan économique, le tableau n’est point luisant ! Que retenons-nous de l’histoire guinéenne ?
Elle est tristement célèbre ! Douloureusement ensanglantée et funeste ! Pourquoi et comment sommes-nous arrivés à ce stade d’anéantissement de l’être humain sur la terre de nos ancêtres?
Au regard de ce qui se produit sous nos yeux depuis quelques mois, la réflexion doit se faire au niveau de chaque Guinéen, de chaque Guinéenne. Et pourtant, l’histoire n’est pas répétition, ni continuité. Elle est l’adjonction de séquences de vie individuelle et/ou collective, des plus marquantes et dynamiques, bien aussi déterminantes dans les rapports que tissent les Hommes et les êtres, les Hommes et les choses, en élaborant un réseau de satisfaction ou non, pour que l’existence soit simplement meilleure de jour en jour, de génération en génération.
Si telle semble être la locomotive historique, pourquoi les Guinéens ne veulent pas se ressaisir, pour que la sortie du tournant où nous nous trouvons, se fasse sans dérapage dommageable ? Le moment historique que nous vivons est capital ! Il déterminera l’avenir, et orientera les pas à effectuer pendant les cinquante prochaines années.
Voilà pourquoi la question aujourd’hui ne doit plus être militaire ou civile, politique ou de forces vives ! Elle doit se décliner en positionnant la Guinée au-dessus de tous nos ressentiments et autres frustrations pour qu’ensemble, nous trouvions les solutions les mieux appropriées, sans se laisser emporter par la précipitation.
Un autre drame guinéen est sur le métier ! N’en soyons pas les fils ! Le mercure du thermomètre social guinéen monte graduellement et dangereusement. Il faut agir maintenant, Guinéens, pour décrisper le climat !
Cela passe par l’assainissement entamé par le CNDD. Que les nouvelles autorités ne tergiversent donc pas !
La clarification de la gestion de tous ceux qui ont participé à la dépravation de la Guinée, est un acte patriotique. C’est une responsabilité légendaire et héroïque, si elle aboutit heureusement à débarrasser notre pays, de ses prédateurs connus et inconnus.
Quelques exemples :
La lutte contre les narcotrafiquants ne doit connaître de pause. Les chantiers des audits ne peuvent être sujets de marchandage. La poursuite est la seule voie, jusqu’à la mise hors d’état de nuire de tous les prédateurs.
Certains ont reproché au CNDD de faire l’éloge de Sékou Touré et de Lansana Conté. Ils ont raison ! Mais ils ne disent rien, lorsque le même CNDD décore les opposants les plus virulents de ces deux personnalités : Siradiou Diallo et Bâ Mamadou. Ce silence outrancier à l’endroit des Guinéens, prend une résonnance grave, lorsque se trouve en embuscade, l’ambassadrice de Guinée en France. Pourquoi ?
Notre banquier national, le doyen Ba Mamadou, est alité dans un hôpital en France. Le CNDD envoie son ministre d’Etat, en la personne de Boubacar Barry, pour le décorer. Pour une cause et une raison inavouées, l’ambassadrice, Madame KEITA Makalé, née CAMARA, a procédé à une décoration dans la presque clandestinité. Ni le personnel diplomatique, ni la communauté guinéenne, ne serait-ce que celle de Paris, avant qu’elle ne soit touchée dans sa totalité sur le territoire français, n’ont été associés à la cérémonie. Est-ce du fait du jeune âge du ministre ? Et pourtant, c’est le représentant de l’autorité de l’Etat, dont il était question. Cet aspect ne parlerait pas à madame Camara ! Elle a joué son rôle. Lequel ? Je peux le dire, parce que je n’en sais rien ! Seulement je m’interroge.
Makalé aurait-elle procédé de la même manière, si cette distinction était venue de Lansana Conté de son vivant ?
J’ose dire : NON !
Elle aurait médiatisé la cérémonie, pour démontrer que Lansana Conté est démocrate !
Dans ce cas précis, la stratégie indique simplement le torpillage ou le sabotage de l’action du CNDD. Or, la décoration-là a cet aspect réconciliateur, au moment où le monde des deux récipiendaires crie au loup dans la bergerie. Ce message, seulement, aurait pu inciter notre diplomate à convier la communauté guinéenne pour communier, ensemble, pendant la remise de la médaille. Chaque instant passé ensemble, nous rapproche plus !
Quelle est la mission d’un diplomate ?
N’est-ce pas travailler pour la qualification (non la disqualification) de la Guinée par les Etats amis et partenaires.
La question nous pousse à analyser le rendez-vous manqué de l’Elysée avec la délégation du CNDD venant de Bruxelles. L’ambassadrice l’avait-elle préparé ou non ? N’ayant pas eu de communication sur ce sujet, le doute persiste et induit des questions sans réponse, sinon des hypothèses.
Ces dernières nous amènent à d’autres, toujours concernant la même. Madame Keita Makalé Camara serait rentrée, hier, 17 mai 2009, à Conakry, en prétextant accompagner le corps d’un autre diplomate, qui serait décédé des suites d’une crise cardiaque.
Par contre, à la veille (le 16 mai), elle aurait réuni une vingtaine de personnes parmi lesquelles figureraient André Lewin, Naby Youla et Yérim Seck de Jeune Afrique. La réunion estampillée secrète, se serait passée sans la présence du personnel de l’ambassade de Guinée en France. Etrange, n’est-ce pas, que madame l’ambassadrice se soit inscrite dans le secret jusqu’à disqualifier ses collaborateurs ?
Mais qu’à cela ne tienne, car il semblerait que ces derniers temps, elle n’a cessé de cultiver un climat de malaise au sein personnel, à une certaine révolte. Pourquoi ? Elle seule pourrait répondre.
Pour qui a connu les liens très forts tissés entre André Lewin, Naby Youla et Lansana Conté d’une part, les amitiés de monsieur Lewin et Aboubacar Somparé, d’autre part, ce n’est pas risquer en s’interrogeant sur le contenu, si secret, de la réunion organisée par dame Makalé CAMARA.
Ce qui est dit sur les agissements de Makalé, est applicable aux oiseaux de malheurs qui sillonnent le paysage guinéen, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ils font des nids partout et y déposent des brindilles, qui peuvent facilement et rapidement s’embrasser à la moindre petite étincelle. Regardons le pays et la souffrance qu’ont subie les Guinéens pour préparer mieux l’avenir, que d’envenimer les rancœurs.
Tout ceci pour écrire que notre pays est à la croisée des chemins de l’histoire : heureuse ou malheureuse. C’est à nous, Guinéennes et Guinéens, de faire le bon choix. Précipiter le pays dans une course électorale à l’issue indécise, voire explosive, ou attendre le terme des deux ans, initialement annoncés, pour favoriser l’assainissement dont la Guinée a tant et tant besoin !
En attendant, le CNDD doit poursuivre le travail qui lui donne la confiance de ses concitoyens : opérer la rupture et créer les conditions d’une vie apaisée, pour la démocratie guinéenne à naître !
Paris, 18 mai 2009
Jacques Kourouma
Pour www.guineeactu.com
|