mercredi 27 mai 2009
Guinée : La période de transition a besoin d’au moins 18 mois !
Ibrahima Sampiring Diallo

L’engagement de la nouvelle équipe dirigeante du pays en faveur de la démocratie et du développement a suscité beaucoup d’enthousiasme au sein des masses laborieuses de Guinée. Les résultats élogieux qu’elle a obtenus sous la direction du Président Moussa Dadis Camara, pour soigner les grands maux dont le pays avait tant souffert et souffre encore, lui ont valu de nombreuses manifestations de sympathie et de soutien, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Pour cerner les raisons d’une telle allégresse, d’une telle expression d’espérances, il suffira de jeter un regard rétrospectif sur le panorama désolant que le peuple a traversé pendant ce dernier quart de siècle.

Ceux qui, au lendemain du 3 avril 1984, s’étaient donné pour mission noble et exaltante de sortir la Guinée de ce désastre politique et économique dans lequel la Première République l’avait plongée, avaient fini, hélas, par s’accommoder des ‘‘4x4, grosses cylindrées japonaises’’ et du port de grands boubous brodés jusqu’aux genoux. Ce fut la ‘‘mode CMRN’’ qui donna le signal fort de ce que la Guinée allait connaitre comme dérapages dans tous les secteurs de la vie nationale, régionale et locale. L’Etat, déficitaire en matière de morale et d’éthique, avait fini par perdre de sa capacité d’obliger les acteurs de la société à remplir correctement les obligations que leur imposaient les buts collectifs. Aux yeux des bailleurs de fonds et des investisseurs privés, l’Etat n’avait plus de crédibilité.

En dépit de tout, les membres de l’appareil de l’Etat, à quelques rares exceptions, constitués en castes de privilégiés, étaient tous enclins à rejeter systématiquement et à combattre avec force toute velléité de changement menaçant leur statut de barons du régime ou de bourgeois compradores. C’est pourquoi les élections nationales et locales organisées pour la forme jusque-là, n’avaient été que pure mascarade.

L’autoprotection qui a permis à ce régime de perdurer provenait en grande partie de la fidélité de l’armée au Général Président, mais surtout de sa puissante organisation caractérisée par une symbiose, une réelle complicité entre le monde des affaires, la haute administration et le pouvoir politique ou  décisionnel.

L’appareil de l’Etat était bel et bien pourri par l’action nocive de cette mafia, structurée en toile d’araignée. Cette putréfaction avait fini par affecter et infecter tout le système politique, c’est-à-dire l’ensemble des inter-actions politiques au sein de la société guinéenne, devenue inefficace parce que, incapable de répondre comme il faut aux impulsions du milieu.

Il faut ajouter par ailleurs que la mauvaise compréhension du multipartisme intégral et l’inexistence d’une base solide, d’une plate-forme de concertation périodique entre les partis et les différents groupes d’intérêts constitués, ont été quelque peu responsables du faible niveau de socialisation politique, sans laquelle évidemment, le citoyen ne peut partager avec son milieu, des idées, des opinions, des valeurs et communier avec lui dans la même culture.

D’autre part, le Code électoral guinéen et la Charte des partis politiques ne favorisant pas l’émergence de listes indépendantes à l’occasion des consultations électorales, les astucieux ont su contourner cette barrière et s’atteler rapidement et sans peine à la formation de partis politiques à faible armature, sans siège et sans structure agencée du niveau national au niveau local. Et d’ailleurs, parmi la soixantaine de partis en activités, très peu ont pu, comme l’Upr, organiser des Congrès nationaux pour élire leurs directions nationales afin de leur conférer de la crédibilité et de la légitimité, surtout après plus de cinq ans, depuis qu’ils possèdent un agrément de reconnaissance.

L’exercice démocratique, avant tout, doit se pratiquer d’abord à l’intérieur du parti. En plus, il a été constaté qu’avec cette pluralité de formations politiques qui complique le jeu démocratique, chacune ne campe que sur une position exiguë, n’exprime que des exigences d’une clientèle limitée, d’une subculture, si on peut le dire. En devenant  le porte-parole d’une catégorie particulière, il a été jusque là impossible de trouver une harmonie entre différentes revendications, de sceller des alliances solides et d’aboutir à une agrégation d’intérêts, toute chose indispensable pour parvenir au vrai changement souhaité par la plus grande majorité du peuple.

C’est donc en raison de tous ces obstacles qui ont entravé durant des décennies la marche en avant du pays vers une démocratie et un développement véritables que, « l’Après Conté » avait eu, à un moment donné, à faire couler beaucoup d’encre et de salive, à susciter autant d’intérêts que d’inquiétudes, au point que de nombreux analystes et commentateurs, de l’intérieur comme de l’extérieur, avaient prédit que le vrai changement ne pouvait provenir que d’une force organisée : l’armée .

Quoique cette alternative soit une négation des principes de la démocratie moderne, elle était incontournable. Et il fallait la concevoir et l’accepter, la classe politique guinéenne s’étant montrée peu habile à déjouer les plans machiavéliques, est restée divisée sur l’essentiel.

La Guinée, ce beau pays chanté pour ses énormes potentialités, était bien malade : malade de son président malade, disaient les uns ; malade de son système de gestion politique, économique et social, affirmaient les autres.

De toutes les façons, il a fallu l’avènement du CNDD à la tête du pays le 23 décembre 2008, pour que la Guinée et le monde entier prennent davantage conscience de la misère guinéenne et de ce qui, normalement, constitue aujourd’hui les vraies urgences du pays, auxquelles il faut faire face de façon prioritaire.

En pareille situation, il est très dangereux de prendre la forme des choses pour le fond, l’aspect secondaire de la contradiction pour l’aspect principal. Et c’est pourquoi, le programme de redressement et de reformes, conçu par le CNDD et en cours d’exécution, ne doit pas s’interrompre au risque de faire retomber la Guinée dans le désespoir et l’incertitude.

Pour plus de clarté, il y a lieu d’affirmer que le retour à l’ordre constitutionnel de manière précipitée est une aberration, car il n’est point le but ultime du combat politique que mène le peuple. Il constitue un moyen des plus souhaités pour réaliser les aspirations populaires à une vie meilleure, un développement harmonieux de la nation sur des bases plus justes et durables.

Le retour à l’ordre constitutionnel est une étape très importante, mais non la priorité des priorités. Ce retour appelé de tous leurs vœux par certains, devrait correspondre à une certaine efficacité du système politique à donner une réponse satisfaisante aux demandes, aux revendications fondées et justes du milieu. Ce qui n’est pas le cas, dans le contexte actuel.

Il faut savoir prendre patience et garder sa foi en l’inéluctabilité du changement démocratique et du redressement économique. Il est évident que la période de transition, bien que menée de manière apaisée, voire progressiste, reste gérée par un régime d’exception qui, en principe, ne se confond pas au régime démocratique. Le confondre conduit à des dérapages lourds de conséquences.

Et la chance de la Guinée réside au fait que le régime d’exception qui préside aujourd’hui à nos destinées, tend à préparer convenablement, sur des bases plus solides, à l’avènement d’une société guinéenne véritablement démocratique, unie et prospère. Voilà qui est important.

Le dialogue social en cours ne doit pas entrainer une déviation de la ligne stratégique poursuivie par le CNDD, au risque de remettre en cause les acquis très positifs enregistrés depuis le 23 décembre 2008. Car dans cette lutte serrée entre le bien et le mal, entre les forces conservatrices et rétrogrades, les forces de progrès et les forces du changement, qu’est-ce qui l’emportera ? La question n’est pas tout à fait résolue.

Alors, réellement, objectivement, la période de transition a besoin d’au moins 18 mois, afin que le CNDD et le Gouvernement puissent faire face à l’ensemble des urgences et priorités du moment. C’est à cette seule condition que les autorités du pays pourront parachever le travail titanesque pour lequel elles se sont engagées.

Faute de quoi, l’histoire retiendra que la Guinée aura, une fois de plus, manqué un grand rendez-vous, aura perdu une excellente occasion de se remettre à niveau en se débarrassant de ses tares, tout simplement à cause de la démission ou de la trahison de ses élites.

 

Labé, le 20 mai 2009

El Hadj Ibrahima Sampiring Diallo
Ancien Maire de Labé

Pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
mouctar sala diallo, samedi 30 mai 2009
Je ne doute pas de votre sincérité lorsque vous proposez 18 mois de régime militaire.Seulement,si j`en juge par ce que je vois à la télévision, la plupart de nos soldats sont tès limités intéllectuellement.S`ils acceptaient de s`entourer de bons conseillers,on pourrait le supposer.Mais il ya lontemps que le guinéen a perdu le sens du patriotisme. Pour terminer,je salue vos qualités intéllectuelles qui, selon moi sont irréprochables.
Sita Diallo, jeudi 28 mai 2009
Vous etes un autre farba comme le vieex Biro ces anciens PD gistes qui empêchent l`avenement d`une démocratie en Guinée si vous voulez vous retiré de votre retrait alors allez y faire des louanges à Dadis mais ne pensez pas revenir comme ça à la Mairie de Labé votre temps est fini de meme que vous restez dans vos cases comme des poussins
Julien Yombouno, jeudi 28 mai 2009
Vous etes ancien maire de Labé ? Si c`est le cas,vous n`avez pas grand chose à dire de la GUinée, parce que tous les anciens maires sont des nommés de Conté et non des élus du peuple de Guinée. Reposez vous, ne dites plus rien. Vous proposez 18 mois pour la transition ? 18 mois c`est peu,demandons 180 ans ! En 5 mois, Isto Keira est revenu. D`ici décembre 2009, plusierus artisans du Koudeisme reviendront aux affaires. Sont déjà en embuscade: Tibou Camara, Solano, Alpha Ibrahima Keira, Elhadj Mamadou Sylla, Kasory, Kerfalla Yansané, Fodé Soumah, Eugène Camara et tant d`autres qui ont positivement contribué au dédeveloppement de notre pays tissent déjà savamment leur toile pour nous encercler le moment venu.
Alimou Bah, jeudi 28 mai 2009
Les militaires ne pourront jamais regler les problemes de la guinee. Il faut hater les pas vers les elections libres en Decembre 2009 ,Cessez les analyses egoistes.
Barros Diallo, jeudi 28 mai 2009
Pourquoi pas 18 ans ou 18 jours? Quels sont les instruments de mésure de cette durée de la transition , quels sont les repères ? Quelles seront les lourdes conséquences d` une transition de moins d` un an ?... Je reste sur ma faim. Merci pour la forme.
Cissé Oumar de Bma, mercredi 27 mai 2009
Cher maître, vous êtes la preuve que des têtes bien faites, capables de m’enseigner encore pendant dix ans au moins, ne manquent pas à la Guinée !!! Aucun académicien français ne pourrait écrire mieux que vous, cette langue que nous essayons de pratiquer tant bien que mal depuis des années. Si vous êtes à la retraite, alors c’est un pur gâchis car, vous pourriez assurer au minimum la formation continue de nombreuses catégories de cadres. Et encore mieux, vous êtes une perle rare en Guinée car, l’honnêteté tout court, et l’honnêteté intellectuelle, ne courent pas les rues chez nous… ; Un haut dignitaire nous expliquait il y’a quelques années, que si quelqu’un ne volait pas, ses propres parents le traitaient de maudit. Les valeurs jadis structurantes de nos sociétés sont depuis belle lurette devenues notions marginales puisque des mafieux aux mœurs dissolues dirigeaient les affaires publiques. Vos diagnostics, votre analyse et votre brillant argumentaire, vont être taillés en pièce, et des critiques bornés vous qualifieront même de ‘’PDGiste’’. Bienvenue donc, avec El Hadj Biro et quelques autres, parmi les personnes qui dérangent nos conspirateurs et leurs meutes hurlantes
Deen, mercredi 27 mai 2009
Cher doyen, comme vous, j`ai salué l`avènement du CNDD au pouvoir, et je pense toujours que ce passage était indispensable pour la Guinée. Mais de grâce, encourageons les militaires à retrouver au plus vite les casernes, et oeuvrons pour qu`enfin nos opinions soient respectées avec des élections libres et transparentes. Si nous leur disons qu`ils peuvent rester encore, ils prendront le goût du pouvoir, et ne voudront quitter qu`après de longues années (Que Dieu nous en préserve!). En plus, les différents combats que nous mettons à leur actif, les mènent-ils correctement? Sont-ils en train de régler fondamentalement les problèmes? Sont-ils justes(quand certains malhonnêtes sont félicités et encoragés par Dadis, et certains hommes respectables, humiliés par lui)? Sont-ils cohérents dans leur démarche ? Voyez-vous une bonne issue à tout ça? Méditons la dessus!
DUPUY, mercredi 27 mai 2009
quelle clairevoyance vous fraite preuve ? A mon humble avis tous ces intello n`ont rien compris vouloir organiser les elections fin 2009 dans les conditions actuelle c`est organiser le KO a croire que c`est le but recherché par certains qui on longtemp souhaiter l`installation du chienlit dans ce pays mais le peuple guinéen est mature il ne ve pas du bourbier qui on ensanglante nos voisin ( Cote d`ivoir; liberia et sierra leone nous ne voulons certainement pas d`élections qui endeuilleraient notre pays restez derrière un écran d`ordinateur et débiter des inepties sordides c`est abject en atendant ce n`est pas vous qui souffrez en guinée au diable tout mauvais conseiller et essayistes ent tout jenre
Kabiné KABA, mercredi 27 mai 2009
Merci Doyen pour cette analyse pertinente! J`estime que si l`on veut une Guinée paisible, il faut permettre à ces jeunes officiers de poser les bases d`une vraie démocratie. A mon avis, ce scénariot n`est possible q`avec au moins 18 mois de transition. Memes les forces très vives ne diront pas le contraire. Merci encore Doyen!
Kourouma, mercredi 27 mai 2009
Chèr doyen, depuis que je lis la libre opinion sur ce site, votre analyse est à mon avis la meilleure jusqu`ici. En effet c`est affligeant de constater que des soit disant intellectuels continuent de penser que le CNDD est un regime politique normal et démocratique! non et non! c`est un regime d`exception qui doit conduire la Guinée vers un regime politique normal et démocratique c`est tout! Perdre son temps à faire des critiques stériles d`un tel regime relève simplement de la constipation intellectuelle. Comme vous le dites, il ne sert à rien de faire des elections pour retomber dans les mêmes situations qu`on a connu depuis 50 ans et ceux qui sont pressés pour ces élections, consciemment ou incosciemment pensent que les elections vont resoudre de façon magique tous les problèmes guinéens! l`exemple de la RDC est eloquent. Il faut aider le CNDD, qui ne peut rien contre les forces retrogrades de ce pays sans le soutien (sans démagogie) des intelectuels. Si Dadis dévie c`est parcequ`on a laissé une fois encore les opportunistes s`installer autour de lui- tels les Isto Keira, les jeunes intellos devraient s`opposer publiquement à la nomination de cet escrot et comme çà le président va savoir qu`il ne peut pas faire simplement ce qu`il veut; mais en le laissant faire et le critiquer après c`est nul comme resultat et c`est nous tous qui perdons.
Mme Balde Rabi Youla, mercredi 27 mai 2009
bravo pour votre article et surtout belle plume. a mon humble avis,aucun delai supplementaire ne changera la realisation des promesses,donc qu`on s`en tienne au delai fixe. je l`ai dis dans mon articles soit condition gagnante d`une transition reussie publie sur nombreux sites. Bravo et la lutte continue Que dieu nous preserve.
Demba D., mercredi 27 mai 2009
Et... arretez vos analises opportunistes. vous qui avez aidé lansana conte á s´eterniser au pouvoir, voulez encore nous donner un temps de retablissement. Mais de grace quand même... Il y a un proverbe qui dit " la villeilesse arive mais la sagesse traine"

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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