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Assistons-nous au retour du PDG avant terme ? C’est-à-dire, avant le cinquantenaire ? Ce qui se passe ces deux derniers jours dans notre pays semble bien l’annoncer. A croire les informations qui proviennent de Conakry, la situation est préoccupante. En effet, Chantal Cole, Madame Areeba - Guinée, serait interpelée par la police le lendemain d’un point de presse qu’elle aurait donné à l’Hôtel pour avoir eu l’outrecuidance de critiquer l’action, oh !, l’absence d’action du gouvernement que dirige M. Kouyaté. Quel blasphème ? Oser dire ce que tout le monde pense plus bas ! On se souvient des démêlés dont fut, naguère, victime l’actuel président du Conseil National de la Communication (CNC) pour ses clairvoyantes prises de position. Le problème dépasse, de très loin, la personne de Chantal Cole. La question n’est pas d’aimer ou non l’intéressée. Le fait est de savoir si on n’a pas le droit de critiquer un chef de gouvernement ; de dire ce qui va et ce qui ne va pas. Aurait-on mis aux arrêts Madame Cole si elle s’était mêlée au griotisme ambiant ? Apparemment, l’interpellation est illégale parce qu’il n’y a pas eu dépôt de plainte ni par M Kouyaté lui-même, ni par un membre de son gouvernement. La communauté guinéenne doit se mobiliser, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour la libération immédiate de Madame Cole qui n’a fait que prendre ses responsabilités. Elle n’a fait que s’exprimer librement, comme le lui autorisent la loi guinéenne et les conventions internationales sur la liberté d’opinion, de croyance ou de citoyenneté. Toute la presse écrite, parlée et du net doit se faire l’écho de cette arrestation. Il faut que nous nous posions la question de savoir s’il ne s’agit pas, une fois de plus, d’une fuite en avant de M. Kouyaté. En effet, pour quelles raisons arrête-t-on une personne bien connue (qu’elle soit controversée est une autre affaire) à quelques jours d’une grève sûrement avortée ? Ne s’agit-il pas d’une volonté délibérée de détourner l’attention des Guinéens sur les questions essentielles ? Sur leur situation ? Sur l’échec du changement qui risque, cette fois-ci, de les faire redescendre dans la rue pour une toute autre raison ? Que Madame Cole soit parmi les plus proches du Président guinéen fait apparaître cette arrestation comme une nouvelle provocation. Si toutefois M. Kouyaté était au courant de ce qui se passe, il pourra difficilement s’en défendre. N’y aurait-il pas un autre moyen de rappeler à l’ordre (si cela s’imposait) la personne incriminée ? Sachant que les lois guinéennes en matière de diffamation et d’injures n’autorisent pas les agents de la police ou de la sécurité à procéder à des interpellations, il ne reste plus à la justice qu’à libérer Chantal Cole. L’action envisagée contre elle s’est faite dans le non respect de la loi. Dans ce cas précis, le vice de procédure ne peut être évoqué car il s’agit, purement et simplement, d’abus de pouvoir ! Le CNC, gardien de la liberté de la presse, doit agir. Les propos tenus par la présidente d’Areba ne sont pas provocateurs ; ils ne portent atteinte à la dignité d’aucun membre du gouvernement. Ils font tout simplement allusion à une situation nationale et une réalité locale sur lesquelles tout citoyen peut se prononcer. Par conséquent, Chantal Cole n’a fait que son devoir : attirer l’attention des gouvernants sur le quotidien des populations. La réaction est démesurée ! Les rapports de forces sont inégaux et grotesques. Ils cachent un caractère despotique et une attitude tout autant autoritariste. N’a-t-on pas le droit de critiquer M. Kouyaté ? Pour quelles raisons ne le ferait-on pas ? Si on accepte de devenir un homme public, on doit pouvoir accepter le débat ou la contradiction. Tout refus de cette règle élémentaire et démocratique relèverait de la dictature. Guinéennes et Guinéens, mobilisons-nous, pour Chantal Cole, comme nous l’avons fait pour Sidikiba Kéita. Toute citoyenne, tout citoyen arrêté pour son opinion politique, ses prises de positions, que j’appellerai républicaines, doit pouvoir compter sur notre appui. Si toutefois, pour une raison ou une autre, nous laissions faire, la dictature qui pointe à l’horizon deviendra réalité. Qui attache sa chèvre, veut, soit la nourrir, soit l’immoler. A nous d’anticiper sur ce que cache l’arrestation de Madame Cole et d’agir en conséquence ! Tous pour la liberté d’expression en Guinée ! Tous pour la fin des intimidations ! Libération sans condition de Chantal Cole dont le seul crime serait de dire : ça ne va pas ! Lamarana Petty Diallo, Professeur de Lettres - Histoire, France
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