mercredi 29 octobre 2008
Guinée : la guerre de succession
Bangaly Condé « Malbanga »

Les multiples nominations de quelques cadres corrompus au sommet  de l’Etat, dans le dessein de préparer la succession du Président Conté, de programmer la victoire du PUP aux législatives prochaines et de faire  croire à  l’opinion nationale et internationale que les principes de la démocratie sont de rigueur en Guinée, ne sont que des trompe-l’œil. Le peuple de Guinée est entrain de se constituer en une seule force pour mettre fin à cette bouffonnerie.

En effet, la souffrance du peuple de Guinée ne connait toujours pas d’apaisement. Pire, elle s’aggrave chaque jour davantage, aujourd’hui plus qu’hier, encore moins que demain. Et cela perdurera encore, tant que des cadres corrompus sans loi ni foi, qui ont  troqué leur dignité contre des promotions incertaines, continuent de gangrener les rouages de l’administration de notre chère patrie.

Ces fossoyeurs, voleurs et prédateurs de notre économie n’ont qu’une seule ambition, remplir leurs poches et enfoncer dans la misère le peuple pour lequel ils ont été nommés et qu’ils devraient normalement servir.

 Les nominations qui ont eu lieu récemment au sommet de l’Etat et dans les rouages de l’administration, et les reports répétés de la date des élections législatives, ne dévoilent-ils  pas l’intention réelle du parti du Président ?

Surtout la nomination de Soriba Sorel Camara comme gouverneur de Conakry, à la place de Malick Sankhon, désormais leader d’un nouveau parti la LLC, vient  confirmer les ambitions réelles du PUP, qui veut se repositionner lors des échéances électorales prochaines.

Même si on reproche à Ansoumane Doré sa duplicité qui consiste à mettre la peau de banane sous les pieds des Premiers ministres, et son accusation, à tort ou à raison, de détournement de 300 mille dollars, par ses détracteurs,  on ne peut s’empêcher de placer son remplacement par Karamokoba Camara, dans un autre cadre. Celui de faciliter le décaissement quand  le PUP fait la demande pour les besoins électoraux. Car personne n’ignore la rigueur de Doré dans la gestion des finances de l’Etat.

Quant au limogeage de Mohamed Damba, ex ministre de la sécurité,  les raisons officielles sont le non-paiement des primes allouées aux nouvelles recrues de la police qui suivent actuellement une formation à Donka et son implication dans la ré-expulsion de Chantal Colle, fille adoptive(?) ou maitresse (?) du Président.

« Faux ! », déclare l’entourage du Ministre. Mohamed Damba avait plutôt commencé à déranger les narcotrafiquants qui ont leurs tentacules à Sèkhuturéya. Il fallait donc le limoger avant qu’il n’ait  accès aux secrets des dieux du cartel de la drogue, notamment la liste des hauts responsables pointés du doigt par les Nations Unies.

Aussi, la récente descente de certains jeunes dans les rues de Conakry pour réclamer la fourniture des services sociaux de base, n’en dit-elle pas long sur le calvaire qu’endurent nos frères et sœurs ? Les Guinéens n’ont toujours ni eau potable ni électricité après 50 ans d’indépendance. 

Les prix des denrées de première nécessité ont connu une montée exponentielle au gré du commerçant, parce que l’Etat n’a mis en vigueur aucune réglementation pour contrôler les prix. Comme si cela ne suffisait pas pour achever un peuple qui à trop subi.

Les actuels aigrefins des corridors du Palais de la Colombe retroussent leurs manches pour encore davantage mettre ce pays à genou. Au lieu de se soucier de l’avenir de ce peuple martyr, ils se livrent une guéguerre clanique pour la succession d’un Président malade, grabataire et qui n’est plus au courant de la chose politique.

La Guinée traverse aujourd’hui un des moments les plus durs de son histoire. Un moment de tristesse et de désolation, dû à l’esprit égoïste de quelques cadres véreux, corrompus et toujours en quête de promotion et d’une meilleure vie.

Après les 30 jours d’abstinence du mois saint de ramadan, le peuple de Guinée a été invité par le gouvernement à fêter dans l’allégresse et la joie, le cinquantenaire de notre indépendance. Comment  pouvait-il le faire dans l’indigence et la pauvreté ?

Comment pouvait-il le faire dans l’instabilité politique, économique et sociale ?

Comment pouvait-il le faire, quand il ne sait pas qui gouverne le pays  et qui prend les décisions ?

Le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a-t-il toute la marge de manœuvre pour réaliser son programme minimum d’urgence ?

Malgré le bon travail que le Ministre secrétaire général Alpha Ibrahima Kéira est entrain de réaliser à la Présidence, en évitant de faire planer désormais le doute sur l’authenticité des décrets présidentiels, et en se conformant au Premier ministre lors de la  prise des décisions,  on ne peut s’empêcher de se demander qui prend réellement les décisions au sommet de l’Etat.

Lansana Conté ou ses épouses ? Personne ne le sait ! Ce que l’on sait au contraire, c’est la guerre de succession qui est engagée entre les clans qui maraudent autour du Président-paysan.

En effet, les quatre femmes du Président à la tête de quatre clans différents et antagonistes, se sont lancées dans une lutte impitoyable où chacune voudrait que son clan succède à son malade de mari.

Certes aujourd’hui, c’est le clan à Kadiatou Seth qui a le vent en poupe, mais il faut s’attendre à une contre-attaque des autres épouses qui n’accepteront jamais de se contenter de l’antichambre de Sèkhuturéya.

Autant dire que les jours à venir seront riches en événements. Des surprises aussi, car personne ne connait les véritables intentions du polygame immobilisé, qui n’assiste plus aux Conseils des ministres, encore moins recevoir ses ministres en audience à cause de la dégradation progressive de son état de santé. Une dégradation qui était d’ailleurs remarquable quand il a été mécaniquement placé, la veille du 2 Octobre, devant la camera de la RTG pour prononcer son discours à la Nation. A aucun moment de ce discours, il n’a pu fixer la camera, parce qu’il a le remord et est gêné d’être absent à cette grandiose fête.

D’ores et déjà, la grande question qui est sur toutes les lèvres, est celle de savoir ce que va faire Conté ? Va-t-il favoriser un clan au détriment des autres ? Ou bien va-t-il préparer le terrain pour son fils Ousmane Conté ? En tout cas, aujourd’hui rien n’est moins sûr !

 Les dernières nominations au sein de la grande muette, qui ont été favorables à la génération de son fils, donnent beaucoup à réfléchir quant à  une possible révolution de palais par Ousmane Conté, l’ami d’un certain Claude Pivi Alias Coplan.

Ou bien assisterons-nous à une dissension dans l’armée, où certains militaires ne supporteraient pas cette idée rétrograde, qui appartient aux mœurs d’une autre époque, de remplacer Lansana Conté par son fils ?

Que dieu protège la Guinée de ces trois scenarios qui risqueraient d’enfoncer davantage notre pays au sous-sol de la misère, de la pauvreté et des querelles claniques.

Le dernier scenario, le plus souhaitable de tout patriote, c’est l’application, en cas de vacance de pouvoir, de l’article 34 de la loi fondamentale qui stipule ceci: « En cas de vacance de la fonction de Président de la République, consécutive au décès ou à la démission du Président de la République ou à toute autre cause d’empêchement définitif, la suppléance est assurée par le Président de l’Assemblée nationale ou, en cas d’empêchement de celui-ci par l’un des Vice-présidents de l’Assemblée nationale par ordre de préséance.

La vacance est constatée par la Cour Suprême, saisie par le Président de l’Assemblée nationale ou, en cas d’empêchement de celui-ci par l’un de ses Vice-présidents.

La durée de la suppléance est de soixante jours.

Le scrutin pour l’élection du Président de la République a lieu, sauf cas de force majeur constatée par la Cour Suprême, trente jours au moins et cinquante jours au plus après l’ouverture de la vacance » 

Le cas échéant, il reviendra aux institutions républicaines de prendre leur responsabilité pour  conduire enfin ce pays  à la modernité et à la vraie vie démocratique, qui aboutira à la création d’un environnement juridique et politique propice à la mise en place, cette fois, d’un véritable Etat de droit auquel le peuple aspire toujours.

Pour ce faire, l’hémicycle, la Cour constitutionnelle et le Conseil Economique et Social, épaulés par les forces vives de la nation, dont les partis politiques, la société civile et la puissante centrale syndicale, doivent user de tous les moyens à leur portée pour empêcher tout coup de force de l’armée, toute tentative de succession condescendante ou l’accession d’un quelconque clan au pouvoir.

Dans combien de temps encore le peuple de Guinée acceptera cette situation qui ne fait plus l’honneur de personne. Un pays sans président.

 Depuis la fin de l’année 2006, le Président Lansana Conté est malade, impotent et incapable de marcher. Souvent, quand sa crise commence, il ne reconnait plus ses interlocuteurs. Ce n’est donc plus celui-là qui gouverne le pays, mais plutôt son entourage. Bref, l’époux d’Henriette Conté n’est plus lucide. Et pour preuve !...

Pour le cinquantenaire de l’indépendance de la Guinée, ce sont sept chefs d’Etat qui ont accepté d’honorer les cérémonies par leur présence. Mais le Président Guinéen, lui, brillera par son absence.

Cette absence inattendue de l’homme de Wawa à une fête aussi grandiose que le cinquantenaire, a non seulement, confirmé la vacance de pouvoir, mais aussi, elle a laissé  plus d’un guinéen perplexe quant à son aptitude physique et mentale à gouverner désormais ce pays.

Pire, certains vont jusqu’à se demander si le mari de Henriette est encore « opérationnel ». Tant la vacance du pouvoir est, on ne peut plus, effective. Il ne reçoit plus ses ministres. Il ne peut plus se déplacer. Personne ne peut le voir, si l’on n’est pas de la famille. Quand le Premier Ministre veut le rencontrer, au lieu de dire qu’il est malade, son entourage avance le prétexte qui consiste à dire, que le Président ne veut recevoir personne.

En tous cas, deux choses l’une :

Ou Lansana Conté est paralysé physiquement, ou bien il est dans un état comateux.

Si aucune de ces éventualités n’est plausible, qu’on dise alors pourquoi il n’a pas pu recevoir tous ses pairs lors de ce cinquantenaire. D’ailleurs d’une source bien informée, les chefs d’Etat qui ont eu la chance de rencontrer notre Zombi, n’ont pas passé plus de dix minutes avec lui lors de cette fête. Comment celui qui a les difficultés de s’asseoir, à plus forte raison  s’arrêter, peut-il recevoir des hôtes en audience ?

Malheureusement c’est de cette situation d’impotence du Président que profitaient Sam Mamady Soumah et Idrissa Thiam, pour protéger les narcotrafiquants liés à la sphère du pouvoir, à  la tête desquels, on cite souvent, un des fils du Président. Ou bien falsifier les décrets présidentiels et donner de la promotion à leurs proches parents ou à leurs amis. L’ancien Premier ministre, Lansana Kouyaté  ne le sait-il pas à ses dépens ?

Ce sont donc ces abus que le peuple combattra désormais, et traduira en justice tous ceux qui ont commis des crimes, volé les deniers publics et accepté l’argent de la corruption ou de la drogue.

Ce faisant, ce sont les Guinéens eux-mêmes, qui se seront rendus maîtres de leur destin. Ils  n’accepteront plus d’être pris en otage par quelque groupuscule que ce soit, pour dilapider leurs ressources et faire de leur pays un Narco-Etat où  la corruption est devenue un sport national. 

Bangaly Condé  « Malbanga » et Lansana  Kourouma  « Gouza »
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Moussa Konate @ Toronto, Canada, mercredi 29 octobre 2008
Bangaly, c`est l`eternel recommencement. c`est aussi ça, le systeme Conté. Comme je l`avais ecrit recemment, Conté a fini par connaitre la passivité extreme des guinéens....il a decelé des failles au sein des "contre-pouvoir", donc il fera ce qu`il voudrait. Il gere ce pays comme un proxenete gere le bordel. Seulement je ne savais pas que notre doyen Ansoumane Doré etait aussi un un alcapone du systeme Conté. Apparemment, le grand soldat du net s`est aussi "sucré".....Non non, je voudrais justement te faire remarquer qu`au lieu de Ousmane Doré, tu as ecrit Ansoumane Doré ou alors ce serait une erreur d`impression de Guinéeactu....... Il faut corriger cela pour ne pas porter prejudice au Vieux.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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