dimanche 30 décembre 2007
Guinée, l'immuable perdu
Nul n'aurait pu parier dans les jours ou semaines qui ont suivi le 28 mars 2007, date  de la formation du gouvernement de consensus, que nous aurions à attendre plusieurs mois avant la restructuration des départements ministériels. Tous les Guinéens, excepté les familles des ministres du gouvernement sortant, exultaient à l’idée de savoir que les grèves de janvier et février avaient permis d’obtenir les résultats escomptés. La confiance et les liens renoués avec les bailleurs de fonds et les grandes institutions monétaires, notamment le Fonds monétaire International qui, d’ailleurs, vient d’accorder un important  fonds à la Guinée – chose que ladite institution n’avait plus faite depuis six ans – ont été ou sont encore source d’espoir pour les Guinéens.
 
Le gouvernement de consensus du premier Ministre Lansana Kouyaté n’a toutefois pas satisfait ou exécuté toutes les tâches qui lui sont dévolues dans le cahier de charges. Même si trois ministres (finances, éducation et communication) méritent d’être félicités pour leur travail louable par rapport aux seize autres, bien des ministères fonctionnent encore à l’ancien rythme : corruption généralisée, vénalité des fonctionnaires, assiduité et ponctualité inexistantes dans les mœurs des travailleurs, etc... Cet état de fait laisse réfléchir plus d’un Guinéen, témoin des événements du début d’année 2007. La centaine de jeunes tuée par les forces de l’ordre dans les rues giboyeuses, que dis-je, bondées de jeunes gens sans défense réclamant une amélioration de leurs conditions de vie est un dossier dont on ne parle même plus aujourd’hui. Peut être que c’est maintenant une affaire classée à moins que Mme Paulette Kourouma, Garde des sceaux et Ministre de la justice du gouvernement de consensus revenue à de meilleurs sentiments n’ordonne une instruction du dossier. N’est-elle pas à ce titre la Ministre des droits de l’homme ? Espérons qu’un jour ces jeunes tués soient reconnus pour des hommes dont les droits peuvent être pris en compte même après avoir été abattus comme des poulets.
 
Mais le chemin de cette reconnaissance semble, à l’allure où vont les choses, long, rocailleux, épineux et sinueux. Il en est de même des victimes et des enfants des victimes du camp Boiro qui attendent toujours réparation ou que leur soient restitués les corps de leurs parents morts dans ce goulag tropical. Ou alors que soit organisée une CONFERENCE NATIONALE SOUVERAINE pour permettre aux Guinéens de se parler face à face et ainsi panser les plaies de cette sombre période dans l’histoire de ce pays.
 
Ces réformes n’ont pas besoin d’une aide extérieure pour être mises sur pied. Elles dépendent de la volonté des gouvernants de tourner la page des erreurs commises par le passé. La construction des infrastructures nécessiterait que l’on tende la main à des donateurs ; mais la reconnaissance d’un tort causé à tout un peuple ne passerait que par un discours de condamnation du fait passé de la part de l’autorité compétente et d’une invitation à pardonner et à faire peau neuve pour la suite. Voilà le substratum sur lequel repose l’unité nationale d’un pays.
 
Mais que dirons-nous de l’immobilisme dans lequel demeure la Guinée à la fin de l’année 2007 ? Pourquoi la capitale du premier pays francophone indépendant d’Afrique est-elle encore dans l’obscurité en ce vingt et unième siècle ? Et que dire de l’adduction d’eau ? Lamentable. La Guinée est -elle faite pour rester dans l’immuable ou bien des forces visibles ou invisibles la tirent-elle vers le bas ? Incroyable et inacceptable situation en ce siècle de la mondialisation. A quelques jours de 2008 et en cette période des fêtes de fin d’année, Conakry la capitale baigne dans l’obscurité dans ses trois plus grandes communes sur cinq.
 
A quoi sert la part de l’Etat guinéen dans le revenu des multiples compagnies minières du pays, pour  ne dire que ça ? A s’acheter des villas cossues dont les prix varient entre un et plusieurs millions d’Euros sur la Côte d’Azur, entre Fréjus et Nice en France. Il est vrai que cela est pratiqué par plusieurs chefs d’Etat et Ministres africains. Mais, ailleurs, on vole en donnant au moins le courant à la population sauf en Guinée.
 
La nomination d’un nouveau ministre : M. GOUMOU KOMATA au poste de l’énergie et de l’hydraulique était donc source d’espoir ; mais, ou en sommes-nous aujourd’hui avec l’immense potentialité dont dispose le pays ? Vous souvenez-vous du barrage hydro-électrique de Garafiri dont l’inauguration avant la fin  des travaux avait mobilisé en 1999 le président français d’alors Jacques CHIRAC ? La Gambie a-t-elle plus de ressources énergétiques ou a-t-elle des ressources humaines plus que la Guinée ? Pour avoir l’électricité constante ?
 
La petite république de Malawi a-t-elle plus de chutes d’eau que la Guinée pour la réalisation des barrages pour que sa population n’ait plus des lampes et des bougies pour s’éclairer dans ses grandes villes ?
 
Ces quelques questions ont hanté l’esprit des intellectuels et tous les guinéens. Aussi, a-t-on conclu que le principal frein au développement de la Guinée était son président Lansana Conté et ses acolytes.
 
Ses acolytes affichés (ministres) ayant été balayés après la formation du gouvernement de consensus, il ne restait plus que lui. Les Guinéens n’ayant pas réclamé son départ, le président CONTE a voulu reconquérir son pouvoir ; ainsi, depuis le 28 mars 2007, le décret de restructuration des ministères n’avait pas été signé jusqu’à ce 7 décembre 2007.
 
Le Président qui s’était fait supplier pour le bien du peuple par plusieurs personnalités y compris certains membres de sa famille de signer ledit décret, s’est enfin exécuté ; mais sur une note de déception.
 
L’on s’attendait à ce qu’un décret restructure les départements y compris la primature et qu’un autre nomme des fonctionnaires à ces postes. Tel n’a pas été le cas ; dans le numéro du journal officiel du 11 décembre où cette restructuration a été publiée, ce nouvel organigramme sans y nommer des hommes et sans toucher la primature.
 
Sommes-nous alors sortis de l’ornière, de l’inamovible situation qu’est la nôtre avec les anciens secrétaires généraux et chefs de cabinet du gouvernement sortant ? Que Dieu aide la Guinée.
 
Don Arnouj de GASOE
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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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