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Les deux premières parties abordaient le rôle des élites au sens large du terme. A présent, je voudrais orienter mes réflexions sur le devoir et l’action de l’opposition guinéenne en ces temps de tumulte, mais aussi d’espoir.
Depuis la prise du pouvoir par le Conseil National Pour la Démocratie et le Développement (CNDD), la Guinée est comparable à une jeune fille que l’on courtise pour des raisons diverses. Ainsi, chaque jour apporte les prétendants d’une nuit ou d’un jour, et la jeune fille n’a toujours pas vu celui mériterait ses faveurs. C’est- à- dire le mari idéal de ses rêves. Cependant, elle l’entrevoit sans trop d’assurance. Elle commence même à se dire : « mon mari idéal pourrait être le Capitaine Dadis, si toutefois il a la force morale de tuer symboliquement le père, et s’en dégager de l’odeur. »
Or, Dadis ne pourra accomplir seul, ce meurtre symbolique, pour que le fils renaisse des cendres du père. L’opposition guinéenne doit, comme lui, s’y atteler en relevant le défi, et de la sorte, mériter les honneurs de la Dulcinée que symbolise notre patrie. Le combat sera rude et les raisons que j’évoquerai à présent, ne le démentiront pas.
En effet, l’opposition politique guinéenne a une histoire relativement récente, car ses débuts remontent aux années 80. Sa reconnaissance ne sera effective qu’à partir des années 90, et les premières élections multipartites n’auront lieu qu’en 1993. Depuis cette date, de candidature en candidature, d’élections en élections, c’est le Général-Président qui a toujours été élu et réélu. Les raisons des multiples victoires, à chaque élection, sont en partie imputables à l’attitude de certains leaders politiques.
A l’aune de la nouvelle ère, celle du changement démocratique, l’opposition guinéenne devra s’imposer une nouvelle ligne de conduite politique et faire plus de preuve de clairvoyance pour être, à son tour, digne de victoire et transformer la symbolique que je viens d’énoncer, en réalité :
Les leaders politiques guinéens doivent pouvoir situer l’adversaire.
Tout semble indiquer que les hommes politiques guinéens sont encore tributaires de leur cacophonie et de leurs divisions. Cette situation risque, à court et à long terme, de produire des conséquences insoupçonnées. Ne défend-on pas l’idée selon laquelle, c’est le manque d’union de l’opposition qui aurait poussé le président Conté à se présenter aux présidentielles de 1993 ?
La situation guinéenne n’est guère meilleure qu’en 1958. Mais le pays est toujours en face d’une opposition à plusieurs cordes, alors que les enjeux nationaux se posent avec plus d’acuité. Il faut que cela change !
On assiste même à une vraie théâtralisation orchestrée par certains chefs de partis politiques. Qui ne fut étonné, en effet, que des anciennes victimes disculpent ceux qu’ils accusaient naguère, de les avoir arbitrairement arrêtés et emprisonnés ? La raison d’une telle manœuvre qui a été perçue par plus d’un guinéen comme une supercherie, s’explique par la volonté inavouée de paraître, aux yeux du CNDD, plus fréquentable que d’autres adversaires politiques.
De tels stratagèmes ne sont guère payantes, ni pour les acteurs politiques ni pour le pays. En outre, il serait fort étonnant que la junte militaire se laisse berner par de tel revirement. De telles attitudes produiraient plutôt l’effet inverse et pousserait le CNDD à prendre distance. Ne dit-on pas « au lieu de faire des éloges ou des cadeaux à ton créancier, contentes-toi de rembourser ton dû ?»
Au lieu de jouer à cache-cache, l’opposition guinéenne doit privilégier un dialogue concerté, pour définir les voies et moyens lui permettant de se positionner en interlocuteur à la fois responsable et incontournable. Elle doit collectivement décider de la politique à mener face au pouvoir en place. Elle doit montrer une détermination plus ferme, voire audacieuse, pour l’organisation des élections. Elle doit avoir à l’esprit que ce n’est pas en accordant une allégeance sans condition à un pouvoir acquis par la force, qu’elle fera prévaloir sa place et son rôle dans le processus de démocratisation de la Guinée. Donc, il est indispensable qu’il y ait :
Une coalition de grands et « petits partis » politiques
C’est l’enjeu fondamental que les partis n’ont pas encore réussi. Jusqu’à présent, toutes les tentatives de fusion ont échoué. Cela aussi doit changer !
Il faut absolument que les grandes formations politiques s’allient entre elles, mais aussi qu’elles se concertent avec les autres partis qui ont moins d’envergure, pour faire front commun.
Enfin, les hommes politiques qui agissent par opportunisme, doivent comprendre qu’ils nuisent beaucoup plus au peuple qu’au pouvoir en place. Face à un pouvoir qui commence à tâtonner entre partir et rester, la seule stratégie politique à adopter, c’est la fermeté. Pour cela, les leaders politiques doivent prendre des
Initiatives mieux centrées et plus offensives.
Les leaders politiques devront faire montre d’unité, mais aussi se rapprocher des syndicats et de la Société civile. Il faudrait également qu’ils mobilisent leurs militants, pour réclamer le droit du peuple à désigner ses représentants par la voie des urnes.
L’opposition guinéenne doit être plus entreprenante, plus combattive et, naturellement, plus cohérente et unie. Si elle veut paraître crédible face aux institutions internationales et au peuple de Guinée, lui- même, elle doit demander avec véhémence le retour au pouvoir civil. Elle doit imposer à la junte, la définition d’une feuille de route réalisable dans un délai convenable. Surtout, elle doit exiger des dates précises pour les législatives et les présidentielles. Faut-il rappeler que toute initiative dans ce sens, devrait provenir d’elle et non des organismes internationaux.
En outre, les leaders politiques doivent laisser aux autres, les prières en cours et se consacrer à l’instauration d’un dialogue constructif. En effet, on prie depuis 1958 pour les pouvoirs, sans jamais réellement dialoguer. Et à en bien réfléchir, ce n’est pas blasphémer de penser que les prières ont plus été exaucées pour les dictateurs que pour le peuple. Si Dadis nous conduisait à la démocratie, on pourrait dire « elles ont, enfin, été entendues ! » D’ici-là, privilégions les actions dans le combat politique.
Que Dieu Entende maintenant, les prières du peuple et qu’Il se Détourne de celles des éternels prieurs, dont les génuflexions ont agenouillé le pays depuis plus de 50 ans. C’est ma petite prière à moi qui ne demande ni billet de banque ni rien d’autre qu’être entendue !
Enfin, j’espère que la rencontre sollicitée par les partis politiques auprès de Capitaine Dadis, et qui semble avoir été entendu, sera bénéfique pour le pays. Ma plus grande espérance, c’est que la journée de lundi 9 février, soit la plus historique des dates pour la Guinée.
Que la démocratie pérorée depuis 1958, soit réalisée par ce soldat qui fit surface un 23 décembre 2008. Alors, et en ce moment, comme je disais tout récemment, on pourra l’encenser !
Les bénédictions, il n’en n’aura plus besoin car il aura prouvé les avoir déjà eues !
(A suivre, quatrième et dernière partie : « Des Guinéens de l’Etranger »)
Lamarana petty Diallo
pour www.guineeactu.com
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