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Depuis le 22 décembre, la date du décès du président Lansana Conté, les Guinéens se trouvent face à un nouveau choix. Un choix historique, déterminant qui, il ne faudrait pas en douter, constitue la dernière chance pour la délivrance ou le chaos.
Dans cette première partie, je vais essayer de montrer quel est le rôle qui incombe aux élites en tant que groupe socioprofessionnel civil ou militaire pour le redressement de notre pays. Mon objectif, c’est de dire aux élites guinéennes qu’elles peuvent aider la Guinée à éviter les erreurs des cinquante dernières années ou la précipiter dans l’apocalypse. L’un de nos éminents intellectuels y faisait allusion dans un récent article.
Si l’on observe l’attitude des populations guinéennes après la prise du pouvoir par l’armée le 23 décembre 2009, on est partagé entre l’attentisme et le fatalisme dont elles ont fait preuve. L’on aurait du mal à ne pas se dire que le rêve d’une Guinée de toutes les espérances, ce rêve qui s’est brisé depuis 1959 (c’est le début des premières errances du PDG) a eu raison de notre peuple. Tout porte à croire qu’au fil des ans, la capacité d’action et l’enthousiasme du peuple guinéen a cédé le pas au dilemme, puis au doute et au désespoir.
J’évoquerai brièvement quelques faits marquants de notre histoire pour appuyer mes propos. Cette référence au passé permettra de mieux expliquer cette attitude qui frise, passez-moi l’expression, « le je-m’en-foutisme.»
La destitution de l’ancien Premier Ministre Lansana Kouyaté, en mai 2008, se fit dans l’indifférence totale de tout un pays qui l’avait considéré comme le sauveur. La révolte des soldats durant la même période pour « le Bulletin Rouge » et qui n’a pas, en ce que je sache, changé de couleur, ne souleva pas plus de réaction. L’événement fut tout simplement qualifié de militaro-militaire.
La nomination du gouvernement Souaré ne connut aucune effervescence. Pourtant, la majorité des Guinéens semblait avoir émis le vœu du départ du Gouvernement de Consensus.
Le décès du Président Conté est intervenu dans la même indifférence. Il n’a pas provoqué plus de larmes que d’euphorie et inversement. On pourrait dire que, mis à part le côté humain, les Guinéens n’ont pas fait preuve de regrets qui seraient à la hauteur de la fonction occupée par le défunt. Peut-on peut-être faire observer que les militaires n’étaient pas les seuls à attendre au portillon du Camp Samory ?
La prise de pouvoir par le CNDD ne s’est pas non plus distinguée par des scènes de liesse. Les curieux et quelques désœuvrés sans occupation étaient visiblement plus nombreux dans les rues que les citoyens qui seraient exaltés par la fin d’un système. Tel ne fut pas le cas à la mort du premier Président en mars 1984. L’euphorie qui a accueilli la prise du pouvoir par le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) dirigé par le président défunt se passe de commentaire. Mais, ces derniers temps, l’indifférence semble l’emporter.
On est en droit de se demander où est passée la capacité de réaction de notre peuple. Quelles sont les raisons de l’engourdissement qui l’a envahi ? Qu’est-ce qui explique cette indifférence généralisée ?
La réponse, du moins une partie de celle-ci, incombe aux élites. Elles ont une responsabilité à assumer dans la meurtrissure du Guinéen. Il ne nous reste plus qu’à reconnaître notre part de responsabilité et faire face pour jouer notre rôle. Il faudrait que les élites civiles et militaires dans leur ensemble se disent : « Construire une Guinée de toutes les espérances est possible. »
Il est grand temps que les élites guinéennes au-delà de leurs activités socio- professionnelles, de leurs appartenances politiques et de leurs lieux de résidence se donnent la main. Aucune Guinéenne ni aucun Guinéen ne doit plus être en retrait s’il peut apporter quelque chose au pays ou à la nation.
Le passé nous a montré que nous sommes tous capables d’agir. Les événements de janvier et février 2008 nous ont permis, pour la première fois de notre histoire, de revendiquer et d’agir ensemble. Ainsi, la nomination d’un Premier Ministre de Consensus fut-il le fruit de la mobilisation et du combat des Guinéens de tout pays.
Il faudrait que nous nous disions, nous élites de l’intérieur et de l’extérieur, que l’attentisme et encore moins le fatalisme n’ont plus lieu d’être. Que nous allons aiguillonner les populations et assister le changement. Que ce dernier soit voulu par le CNDD est notre plus grand souhait. Au cas contraire, nous ne laisserons plus faire et nous agirons en sorte qu’on sache que nous ne sommes ni indifférents ni démissionnaires. Que nous avons conscience de notre rôle historique et de notre devoir patriotique.
En effet, l’heure du changement a sonné. Si toutefois nous conjuguions les efforts et brisions les carcans du passé, la fin du système annoncerait le début d’une nouvelle ère. Nous ne pourrons plus nous enfermer dans les schémas du passé pour nous cloisonner dans des considérations subjectives. Ces tares qui ont été entretenues durant une cinquantaine d’années et qui ont permis à certaines élites de duper les populations sont à bannir. Les jeunes générations doivent se libérer des schémas qui ont hypothéqué le passé et qui risquent de compromettre l’avenir. Il nous revient de les y préparer.
Les élites doivent avoir conscience que l’échec du projet de société de 1958 a entrainé celui de 1984 qui, de facto, a abouti aux différents ratages de ces dernières années. L’un de leurs rôles, c’est de mettre fin à ce cycle.
La révolution manquée, car il s’agit bien de cela, en janvier et février 2008 a produit ce qui s’est passé au lendemain du décès du président Conté : la prise du pouvoir par l’armée qui doit être une étape et non une fin. Le Capitaine Dadis l’a dit en affirmant que le rôle du CNDD, c’est d’assurer une transition démocratique. S’il se montrait disposé à honorer cette volonté d’œuvrer pour la démocratie, nous devons tous lui apporter soutien et assistance. Mais, si des signes de mise en place d’un système militaro-civil à l’image du CMRN se dessinait, nous devrions le rappeler au respect de ses engagements nationaux et internationaux.
Ce rôle revient en tout premier lieu aux élites qui l’entourent et qui doivent se détourner des intérêts financiers et autres avantages pour aider les militaires et le gouvernement Komara dans l’accomplissement de leur tâche. Dans tous les cas, il n’est plus question de priver au peuple son droit de vivre sous un régime démocratique.
Enfin, la logique qui a produit directement ou par ricochet les échecs successifs peut être réversible. Il suffit tout simplement que nous soyons engagés et vigilants ; impartiaux et un peu plus patriotes. Nous devons savoir que la réussite d’un pays et de tout système politique qui le régit dépend de la prise de position des élites. C’est l’engagement ou la démission de ces dernières qui scelle le destin de toute nation.
Je dis :
Construire une Guinée de toutes les espérances est possible !
Battons-nous pour cette Guinée-là ! Saisissons la chance qui s’offre à nous! Elle risque d’être l’une des dernières perches que l’histoire nous tendra !
Mon souhait, c’est que le CNDD œuvre dans le sens de la délivrance du peuple de Guinée. Qu’il soit l’instrument de la démocratie ! Mais si tel n’était pas le cas, alors cherchons cet instrument par tous les moyens légaux !
A suivre, La deuxième Partie : Appel aux élites guinéennes et propositions d’actions communes.
Lamarana Petty Diallo pour www.guineeactu.com
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