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Avec le limogeage de Sam Soumah et d’Idrissa Thiam, le président guinéen marque ainsi sa volonté de passer un grand coup de brosse dans sa galerie afin de mettre le pays à l’abri des faussaires et de leur arsenal de fétiches. Dans notre article du 25 juillet dernier, intitulé, « le retour à la case de départ », nous avions écrit que Sam Mamady Soumah et Idrissa Thiam seraient sous les foudres du président de la République et qu’il fallait s’attendre à un possible limogeage de ce duo. Mais un de nos confrères n’ayant pas humé cette information tôt, doutait de la fiabilité de nos sources et affirmait que nos informations se fondaient sur des rumeurs. Aujourd’hui il devrait être à ses propres frais, puisque la nomination d’Alpha Ibrahima Keira comme ministre secrétaire général vient confirmer notre thèse selon laquelle l’ancien titulaire de ce poste, Sam Mamady Soumah et le directeur du protocole d’Etat Idrissa Thiam, aujourd’hui limogés, seraient en disgrâce auprès de leur employeur, celui qui régente l’Etat, le président Lansana Conté, ce, depuis la falsification du décret présidentiel du 20 mai dernier nommant le gouvernement de large consensus dirigé par Ahmed Thidiane Souaré. Nous réitérons notre propos selon lequel, nous affirmions que le Général-Président n’était pas content de la nomination de Tibou Kamara au département de l’information. Cela était d’autant plus vrai que le dernier voyage du président gambien à Conakry n’a été entrepris que pour diluer la colère de Conté et de le supplier de maintenir le beau frère de la première dame de la Gambie à son poste. Ceux qui doutaient encore de la volonté du président à faire revenir aux affaires ses anciens collaborateurs, doivent se rendre à l’évidence que désormais rien n’est moins sûr. Les prochains promus seront sans nul doute, Fodé Bangoura, Kassory Fofana, Fodé Soumah ou Mamadi Condé. Ainsi au grand dam du syndicat et de la société civile, qui ont poussé le peuple dans la rue et à sacrifier plus de 300 de ses filles et fils en janvier et février 2007 pour obtenir le changement que les caciques du régime sont en train de remettre en cause, le président Lansana Conté n’a pas hésité de nommer à des postes aussi importants que ceux du premier ministre et du ministre secrétaire général à la présidence, des hommes par lesquels le dernier scandale arriva il y a un an et demi. En l’occurrence Ahmed Thidiane Souaré, le cousin de Cellou Dalein, et Alpha Ibrahima Otis Keira, le beau-frère de Kadiatou Seth, la deuxième épouse du Président-Paysan. Comme pour dire au peuple, qu’à chaque fois que tu réclames un droit par la rue, je te le cèderai dans la rue avant de le récupérer plus tard à Sèkhutréya. Le peuple a consenti et accepté la situation. Cette indifférence du peuple ne signifie-t-elle pas que ceux qui sont morts l’ont été pour rien ? Et pour cause, toutes les revendications pour lesquelles nos frères et sœurs sont tombés, aucune d’elles n’est aujourd’hui satisfaite. Le président Lansana Conté a récupéré tous les pouvoirs qui lui ont échappé après le séisme politique qu’a connu la Guinée en janvier dernier. Qu’à cela ne tienne, le limogeage pour faute grave de Sam Soumah et d’Idrissa Thiam fut un grand soulagement pour le peuple abusé de Guinée. Et cette fois, le décret a été présenté par le président lui-même devant un parterre de personnalités, et mieux, c’est le ministre de l’information, Tibou Kamara qui lira sur les antennes de la R.T.G.le décret limogeant ses deux parrains, sous l’œil vigilant d’une dizaine de bérets rouges de la garde présidentielle. Histoire de s’assurer de la lecture en bonne et due forme de ce vrai décret présidentiel. L’exorcise de l’écurie du président n’est apparemment pas finie. D’abord, si on analyse de près l’attitude du protégé de Sam Soumah et d’Idrissa Thiam, et son commentaire lors de la publication du fameux faux décret à la R.T.G., on s’aperçoit que Tibou Kamara était de mèche avec les faussaires. C’est pourquoi, malgré l’effort prométhéen qu’a fourni Lansana Conté pour dissimuler sa colère qui était pourtant ostensible, le ton imposant, généralement propre aux militaires, avec lequel il s’est adressé à Tibou Kamara le lundi dernier, n’était pas du tout rassurant et présagerait d’un lendemain qui déchante. Dès lors, peut-on dire que le ministre de l’information serait en sursis en attendant que le tigre ne se rebiffe une deuxième fois. ? En tout cas, seuls les jours qui suivront nous en diront plus sur l’avenir de Tibou dans ce gouvernement de large consensus. Aussi, le locataire de Sèkhuturéya doit-il comprendre que le peuple souffre chaque jour davantage, des caprices et des tiraillements de ses épouses. Henriette Conté et Kadiatou Seth Conté, chacune voulant porter au pouvoir son clan, utilisent tous les moyens pour y arriver. Les conséquences de cette guéguerre, qui s’est déclenchée entre les clans, notamment ceux d’Henriette et de Seth, et qui est à son pinacle, sont ressenties au niveau de toutes les institutions républicaines, en ce sens que nous assistons à un dysfonctionnement de l’Etat et un véritable conflit de compétence. Si on a coutume de dire dans les autres pays que le pouvoir est dans la rue, en Guinée le pouvoir est dans la cuisine de nos deux « premières dames ». Face à cette situation, l’homme de Gbantama doit restaurer l’autorité de l’Etat et stopper la corruption et le trafic d’influence en débarrassant son entourage des quatre clans matrimoniaux et mafieux qui continuent d’enfoncer notre pays dans le sous-sol de la misère, de la pauvreté, du conflit de compétence,…Bref, dans la confusion. Enfin, nous n’hésiterons pas, encore une fois, de lever le voile sur le grand réseau de narcotrafiquants qui s’est constitué sous le parapluie de la présidence et dirigé par Ousmane Conté, fils du président. Ce réseau a actuellement ses tentacules dans toutes les grandes villes de la Guinée et pire, la desserte dans les pays voisins est assurée à l’aide de l’hélicoptère présidentiel pour toucher les différents points de livraison. En principe, c’est le branle bas des combats qui devrait commencer pour le locataire du palais de la Colombe, s’il veut éradiquer, de façon drastique, les fléaux qui sont en train de ternir son image et celle de la nation guinéenne toute entière et s’il veut mettre aux arrêts et traduire en justice les clans mafieux et les narcotrafiquants qui gangrènent les rouages de l’Etat. Certes, si la Guinée était un Etat de droit, Sam Soumah, Idrissa Thiam et Tibou Kamara seraient aujourd’hui devant les barreaux pour répondre de leur forfaiture. Mais comme vous le savez, l’impunité en Guinée est désormais dans les rites. On n’est pas plus choyé par les autorités officielles que quand on commet un délit grave comme le détournement des deniers publics, la corruption, le trafic d’influence, la falsification des decrets, le meurtre politique, etc. S’agissant de la nomination de Keira à la place de Sam, il faut le signaler, la grande majorité des Guinéens l’a favorablement accueillie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’était une nécessité pour le Président de prendre ses responsabilités en passant un grand coup de balai dans sa galerie et en s’entourant de cadres intègres, compétents et loyaux. Alpha Ibrahima Keira appartiendrait-il à cette catégorie de cadres capable de sauver la Guinée de cette cacophonie au sommet de la pyramide ? S’il est une réalité que l’actuel ministre secrétaire général et le premier ministre faisaient partie du gouvernement d’avant les événements de janvier et février, il n’en demeure pas moins vrai que ces deux grands cadres de l’administration guinéenne ont marqué de leur empreinte leur passage dans les départements ministériels dont ils avaient la charge. Pétris d’expérience, connaissant parfaitement l’administration et diplômés de l’école marocaine, Ahmed Thidiane Souaré et Alpha Ibrahima Keira constitueront-ils une vraie équipe pour sortir ce merveilleux pays de l’auberge ? Travailleront-ils de concert pour que le peuple de Guinée soit enfin heureux ? En tout cas, aujourd’hui, l’espoir est permis à nouveau après le limogeage de ceux qui constituaient plus qu’une entrave, un véritable frein au développement économique et social de la Guinée en empêchant le Président de prendre les bonnes decisions et l’ex Premier Ministre Lansana Kouyaté de poursuivre le timide changement amorcé, par l’utilisation des faux décrets, du trafic d’influence et des gris-gris qui ont été récemment découverts dans les bureaux de Sam Soumah et d’Idrissa Thiam. Désormais, tout notre espoir se fonde en ces deux grandes icônes de l’administration, Keira et Souaré, quant à l’apaisement des souffrances du Guinéen. Mais leur réussite passe obligatoirement par le respect de la hiérarchie politique et administrative. Le Premier Ministre n’a pas besoin de l’avis du Ministre secrétaire général pour prendre les décisions qui relèvent de sa compétence et de la délégation du pouvoir que le président lui a conféré, comme ce fut le cas fâcheux et regrettable du temps de Sam Soumah qui a plongé le pays dans le chaos. A n’en pas douter, si le premier ministre a toute la marge de manœuvre nécessaire pour réaliser la noble mission qui est la sienne, à savoir, celle de la poursuite de la feuille de route, si le ministre secrétaire général reste dans la limite de ses fonctions et sans outrepasser ses compétences comme son prédécesseur, on peut d’ores et déjà affirmer, sans risque de se tromper, que la réussite est à l’horizon. In chaa Allah ! Bangaly Condé « Malbanga » pour www.guineeactu.com
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