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« Nul n’a le monopole de l’organisation des élections législatives prochaines », dixit Ahmed Tidiane Souaré. Dans le cadre de la continuité de la nouvelle rubrique « la parole aux autres » et du souci de faire de la toile un espace de dialogue, d’échanges d’idées et surtout d’implication des Guinéens de la diaspora aux débats politique, économique et social sans distinction aucune, «GuineeVision.com» et «Zaley.info» ont rencontré pour vous, le Premier Ministre et Chef de gouvernement de large ouverture, Ahmed Tidiane Souaré. C’était lors de son séjour à New York où il a représenté le Général Lansana Conté à la 63e session ordinaire de l’Organisation des Nations Unies. Intellectuel, pur produit des écoles guinéenne et marocaine, enseignant, plusieurs fois ministre, expert des rouages de l’administration guinéenne et reconnu pour son franc-parler, Ahmed Tidiane Souaré a accepté, entre deux réunions, de se prêter au jeu des questions-réponses de «GuineeVision .com» et de «Zaley.info. Au cours de cet entretien à l’hôtel « W » de New York, le Premier Ministre n’esquivera aucune question. Au contraire, il dévoilera toutes les préoccupations du peuple et toutes les calamités que connait aujourd’hui son pays. GuineeVision/Zaley : Vous venez de passer cent jours à la primature avec un bilan apprécié diversement. Qu’en pensez-vous? Est-il trop tôt pour juger votre équipe ? M. Ahmed Tidiane Souaré : C’est vrai qu’en trois mois c’est difficile de parler de bilan, ne serait-ce que sur des tendances. Ce pendant, la mesure de l’impatience des gens et de l’espoir des autres, fait partie de la dynamique de ce gouvernement. Ce qui est évident, c’est que le gouvernement de large ouverture a mis en place un programme minimum d’urgence bien défini. Et il va sans dire qu’un tel programme a besoin d’un cadre apaisé. Mais étant donné que l’accueil qui a été réservé à ce gouvernement fût très mouvementé, son premier devoir a été d’abord de satisfaire aux revendications et aux grèves qui ont salué son arrivée : celles des militaires, de la police, de la douane, la grève des enseignants et celle des médecins. Il fallait utiliser la voie du dialogue et de la concertation pour surmonter toutes ces pressions sociales, tout en gardant le cap sur l’exécution correcte du programme formel avec le FMI et la Banque Mondiale. Car seule l’exécution de ce programme pourra donner l’espoir d’aller en fin d’année au point d’achèvement, qui permettra d’annuler plus de 2,5 milliards de dollars du fardeau de la dette qui pèse sur l’économie guinéenne. En trois mois, un gouvernement de large ouverture, qui pour la première fois dans l’histoire, renferme des membres de l’opposition, a pu être nommé et l’administration guinéenne a été restructurée en procédant à la nomination de plus de 1200 cadres. GuineeVision/Zaley : Les élections législatives sont prévues pour la fin de l’année ou le début de l’année prochaine. Certains partis politiques pensent que votre gouvernement ne pourra pas organiser les élections libres, transparentes et crédibles. Etant entendu que le parti de la mouvance présidentielle, le PUP, qui a une certaine influence sur les cadres de l’administration ne voudrait pas perdre la majorité à l’hémicycle guinéen. Qu’en pensez-vous ? M. Ahmed Tidiane Souaré : Aujourd’hui, un gouvernement de large ouverture a été formé, qui a, en son sein, toutes les sensibilités politiques, notamment les partis d’opposition, la mouvance présidentielle, les syndicats et la société civile, pour répondre aux exigences du peuple. C’est pourquoi, ce gouvernement est chargé d’organiser les élections en parfaite collaboration avec la Commission Electorale Nationale Indépendante (C.E.N.I.) qui a été mise en place. En effet, toutes les dispositions sont entrain d’être prises de manière consensuelle pour qu’il ait des élections libres, transparentes, crédibles et acceptées de tous. Aussi, tous les partis ont-ils leurs rôles à jouer dans ces élections législatives. Autant dire que nul n’a le monopole de l’organisation de ces élections. Soyez sûrs et certains que tout se passera en bonne et due forme. GuineeVision/Zaley: Vous avez mis en place un programme minimum d’urgence qui consiste essentiellement à combattre l’insécurité et réduire la cherté de la vie. Peut-on savoir les moyens dont dispose votre gouvernement pour la mise en exécution de ce programme ? M. Ahmed Tidiane Souaré : Ce ne sont pas les seuls aspects du programme minimum d’urgence. Il y a aussi les aspects de bonne gouvernance, de la fourniture des services sociaux de base à la population, notamment l’eau, l’électricité et bien d’autres. Mais néanmoins, la grande difficulté qui se pose au gouvernement dans ce domaine, c’est le problème de moyens. Or, le gouvernement ne dispose que des moyens budgétaires internes qui ne suffisent malheureusement pas. Bien évidemment, le dernier recours sera l’appui des partenaires au développement pour la mise en œuvre de ce programme minimum d’urgence. GuineeVision.com: Vous venez de rencontrer la communauté guinéenne des Etats-Unis, notamment celle de New York. Il y a eu des discours très durs dans la salle selon les observateurs. Quelles leçons avez-vous tiré de cette rencontre ? M. Ahmed Tidiane Souaré : Ces discours étaient plutôt francs, directs et sincères de la part de leurs auteurs. Ils auraient pu être durs s’ils étaient adressés à un seul individu. Mais ces discours étaient adressés à l’Etat guinéen qui, il faut le reconnaitre, a trainé ces pesanteurs tout au long de son histoire : manque d’eau, d’électricité, d’infrastructures, bref le bien être tout court. C’est plutôt un message très fort qu’il fallait écouter. Autant dire que le gouvernement de large ouverture a besoin d’être à l’écoute de tous les Guinéens, qu’ils soient à l’étranger ou en Guinée pour que toutes les préoccupations soient intégrées au sein du programme du gouvernement, afin de définir un model qui conviendrait à tous les Guinéens car, l’adhésion de tout le monde est extrêmement importante pour le déroulement du politique. GuineeVision/Zaley: Depuis un certain temps, la Guinée est citée parmi les carrefours du trafic international de la drogue. Et tout récemment le directeur exécutif du programme des Nations Unies pour la lutte contre la drogue a séjourné en Guinée. Concrètement, qu’est-ce que le gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré compte mettre en place pour lutter contre ce fléau ? M. Ahmed Tidiane Souaré : C’est effectivement vrai. Le pays subit actuellement une forte pression du narcotrafic. Le gouvernement est entrain de résister en sa manière. Il a engagé une lutte acharnée contre les narcotrafiquants. D’ailleurs un conseiller spécial chargé de lutter contre le narcotrafic a été nommé au sein du cabinet du Premier ministre. Depuis lors, les autorités compétentes se sont attelées à ce combat. Car personne n’ignore que le commerce et la consommation de la drogue constituent un fléau très dangereux pour des Etats comme celui de la Guinée. Récemment, un avion ayant atterri nuitamment à Boké et qui transporterait de la drogue, n’a pas été identifié malheureusement. Mais en tout cas, la faiblesse notoire des autorités locales a été constatée. C’est pourquoi, le ministère en charge a interpelé toutes les autorités de cette région administrative à Conakry. Quelles soient militaires, policières ou douanières, tout le monde sera entendu. Tous ceux qui seront coupables de corruption ou de complaisance seront t révoqués de leurs fonctions pour passivité à leurs postes. Donc, c’est une lutte qui est menée de concert avec tout le monde. Et le Président de la République est formel sur la question : « Il faut combattre les narcotrafiquants où qu’ils se trouvent ». GuineeVision/Zaley : la Banque Mondiale vient de dresser un bilan sévère sur la gestion des ressources minières où la corruption semblerait galopante. Quelles sont les mesures qu’envisage le gouvernement pour contrer un tel fléau ? M. Ahmed Tidiane Souaré : Il n’y a pas de polémique à ce niveau. Le constat fait n’engage que la Banque elle-même. A charge pour elle de démontrer ce qu’elle a dit. Ce que le gouvernement sait, c’est que la Guinée est l’un des premiers pays à adopter l’initiative de transparence dans les industries extractives. C’est un pays qui est positionné dans ce cadre. Le gouvernement est entrain de procéder au réexamen des conventions minières pour les réadapter aux conditions actuelles. Comment peut- on parler de corruption, alors que ces derniers temps, il n’y a pas eu de nouveaux contrats entre la Guinée et aucune société ? Que la Banque Mondiale dise qu’il y a la corruption, le gouvernement voudrait bien savoir sur quel dossier précis. Parce qu’il n’y a pas ces derniers temps de contrats miniers passés. Au contraire le gouvernement est entrain de revoir les anciens contrats. Le secteur minier guinéen n’est pas une boutique libanaise. Ce sont des accords et des négociations. Donc ce qui est dit là n’engage que la Banque Mondiale. Quant au programme du gouvernement dans ce domaine, il est consacré au combat pour la bonne gouvernance économique en générale et en particulier dans le secteur minier parce que c’est un secteur porteur de croissance. GuineeVision/Zaley : Vous êtes en visite aux Etats-Unis. Quels sentiments avez-vous eu depuis votre arrivée ? M. Ahmed Tidiane Souaré : L’intérêt que portent les Guinéens sur les Etats-Unis, sur ce qui se passe dans le pays, est très remarquable. Mais, il est aisé de constater qu’ils ne sont pas bien informés sur les actes posés et les préoccupations exprimées sur place par l’administration guinéenne. Le gouvernement aurait donc souhaité que les canaux de communication fonctionnent davantage. Qu’ils permettent de décrire toute la réalité guinéenne qui est suffisamment noire pour qu’elle soit assombrie. Nul intérêt de diaboliser son propre pays. Certes, il y a des pesanteurs et des faiblesses qui sont reconnues et qu’il faut combattre, mais il n’est pas nécessaire d’ajouter virtuellement d’autres discrédits sur la base d’une intoxication inutile. Le gouvernement pense que c’est un appel à la vigilance qui doit être lancé à tous les canaux de communication. Pour ce faire, il ne demande aucun cadeau, mais ce qu’il souhaiterait, c’est la restitution de la vérité. Que l’image du pays ne soit pas inutilement ternie par des contre-vérités. GuineeVision/Zaley : Merci Excellence Monsieur le Premier Ministre. Ahmed Tidiane Souaré : C’est nous qui vous remercions. Propos recueillis par Bangaly Condé « Malbanga » pour www.guineeactu.com
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