vendredi 7 novembre 2008
Guinée : Fête de l’armée sans armée !
Makanera Ibrahima Sory

« La Guinée a un groupe armé et non une armée nationale. » La Guinée toujours plongée dans son paradoxe habituel. Nous connaissons la Guinée riche en sous-sol et pauvre en sursol (paradoxal). Nous voyons aujourd’hui la fête de l’armée nationale sans une armée (paradoxal).

Mes propos ci-dessus mentionnés me renvoient une question à savoir : la Guinée a-t-elle une armée ?

Ma réponse est non, non, non, mille fois non !

Je commence par dire que l’homme le plus naïf du monde est celui qui se fie aux noms donnés aux institutions sans se soucier de savoir si leurs fonctionnements réels traduisent les exigences des noms qu’elles portent. Il en est ainsi de ceux qui se fondent sur l’existence de nos institutions dites Républicaines pour conclure que la Guinée est une démocratie. A ces personnes, je dis que la démocratie est un constat, elle ne se décrète pas. Ce qui est dramatique pour la Guinée, est le fait que, devant une question juridique, c’est ceux qui en savent le moins qui en parlent le plus. Pourtant, n’est pas juriste qui veut.

C’est le lieu pour moi de répondre à l’actuel invité de kibarou.com qui, une fois de plus, après avoir approuvé les propos de M. Lamine Sidimé selon lesquels la Guinée est une démocratie parce que dotée des institutions démocratiques, continue de s’acharner sur les juristes qui soutenaient que le président Conté ne pouvait pas légalement violer les accords tripartites. Voici ses propos sur kibarou : « Kibarou.com : Que reste t-il des accords tripartites signés le lendemain des évènements de Janvier et février 2007 ?

Pierre Fofana : Les accords tripartites, ont eu le mérite de dénouer une crise d’une profondeur et d’une violence jamais atteinte en Guinée. Malheureusement ils ont été sortis de leur contexte. Les accords tripartites par nature ont été des accords entre partenaires sociaux pour une sortie de crise. Ils ne pouvaient en aucun cas, comme le prétendaient certains juristes, se substituer à la Loi fondamentale, constituer un tableau de bord de l’action gouvernementale ou introduire en un système politique de Co-gestion en Guinée. Pour ce faire, il aurait fallu lui donner expressément une valeur constitutionnelle ».

Je ne veux pas m’attarder sur cette question sauf à rappeler à l’auteur qu’il se contredit lui-même. Il parle d’accords tripartites. Mais curieusement, il dit que ces accords ne concernaient que les partenaires sociaux. Si tel était le cas, les accords auraient été qualifiés de bipartites car le nom « partenaires sociaux » dans ces accords n’englobe que les syndicats et le patronat. C’est la présence des institutions Républicaines qui a fait que ces accords ont été qualifiés de tripartites. D’ailleurs on se rappelle que l’application de ses accords a été très longtemps retardée parce que suspendue à la signature du président Conté. Dire que le Président Conté n’est pas concerné par ses accords est un raccourci dangereux qui peut conduire au ridicule.

C’est le même argument que les avocats de Mme Chantale colle faisaient valoir. Je ne suis pas étonné que cet argument soit repris par une autre personne de la mouvance présidentielle. Malheureusement pour eux, la fragilité de cet argument est telle qu’il ne résiste pas à l’analyse d’un enfant de 10 ans.

Je rappelle qu’aucune disposition constitutionnelle ne permet au président de violer ses engagements résultants de sa signature. Attention ! A ne pas confondre avec les signatures présidentielles dans l’exercice de ses pouvoirs discrétionnaires tels que la nomination d’un ministre qui ne peuvent en aucun cas être considérées comme une obligation pour lui.  

 Pour rappel, M. Guillaume Soro, actuel premier ministre Ivoirien avait accédé à ce poste par la voie des accords et non par la voie de l’actuelle constitution ivoirienne.

Le fait qu’en période de la majorité présidentielle, les Présidents français déterminent la politique du gouvernement, n’est pas la traduction fidèle des articles 20 et 21 de la constitution française qui attribuent ces pouvoirs au gouvernement et au premier ministre. Ce fait est le résultat de la pratique constitutionnelle acceptée par la classe politique française et par le peuple français. Les exemples en sont multiples. Avant tout, la constitution n’est pas la parole de Dieu, mais celle des peuples. Ce constat suffit pour deviner l’immense pouvoir que les peuples ont sur leurs constitutions dans les conditions normales de la pratique démocratique.

Je respecte l’appartenance de l’auteur au PUP et son soutien indéfectible au président Conté malgré sa gestion catastrophique de notre pays. Mais, de là à vouloir traiter d’incompétents les juristes qui condamnent les violations des accords tripartites par le président Conté est un pas de trop.

Plus surprenant est le fait que l’omniscience de l’auteur en matière constitutionnelle ne fait surface que quand il faut défendre le Président Conté et son régime. Nous n’avons jamais entendu l’auteur dénoncer ni l’inconstitutionnalité du cumul de la fonction présidentielle et celle de la présidence de la chambre de l’agriculture par le président en violation de l’article 33, ni sa violation de l’article 80 de la loi fondamentale par la soustraction extrajudiciaire de ses amis à la justice guinéenne. La vérité ou la tentative de dire la vérité ne doit pas être sélective. Attention ! Le peuple regarde et écoute.

Ceux qui pensent pouvoir être avec les vainqueurs d’aujourd’hui (le régime Conté) et ceux de demain (la résistance populaire) par l’usage des phrases mi figue mi raisin se trompent lourdement. 

Pour revenir sur l’existence ou non de l’armée nationale en Guinée, il suffit de faire la différence entre les éléments caractéristiques d’une armée nationale et d’un groupe armé.

- Une armée nationale a pour vocation principale de défendre l’intégrité du territoire national et la population qui s’y trouve.

- Un groupe armé quant à lui, a pour vocation exclusive de défendre les intérêts du groupe.

La réponse à cette question passe par la classification de ce qui est appelé l’armée nationale sur l’un des deux tableaux.

Les agissements de l’armée guinéenne depuis les événements du 2 et 3 février 1996 nous démontrent sa transformation en un groupe armé le plus monstrueux au monde compte tenu de son bilan en matière de meurtres de masse, de pillages, de détournements des deniers publics, de trafic de drogue et des viols massifs commis sur les femmes et leurs filles mineures parfois dans l’enceinte même des lieux de prières.

Cette classification est basée entre autres sur la nature des revendications de ce qui est appelé armée nationale guinéenne.

Les mutineries de 1996, de 2007 et de 2008 avaient pour principale revendication l’amélioration des conditions de vie des militaires. Pourtant en 2007, le sac de riz coutait 50 000 FG aux militaires alors que le même sac de riz coutait 180 000 FG à la population guinéenne.

Mais, en aucun moment l’armée n’a inclus les préoccupations de la misérable population guinéenne dans ses revendications alors que la raison principale de son existence réside dans la nécessité de défendre cette population.

Loin de la défendre, l’armée s’est toujours livrée aux pillages, aux viols et aux massacres sur cette population dont elle est sensée protéger.

S’il est constant que la différence entre une armée nationale et un groupe armé est une question de vocation, la première défendant l’intérêt général tandis que le second celui du groupe, On ne peut s’empêcher de conclure que la Guinée n’a pas d’armée mais un groupe armé.

La particularité de ce groupe armé est qu’il est entretenu par le fruit de l’effort national contrairement aux autres groupes armés qui sévissent ailleurs d’où sa monstruosité qu’avaient dénoncée avant moi les compatriotes tels que M. Amadou Sadio Barry des Ondes de Guinée et M. Sambégou Diallo d’aminata.com.

On se souvient qu’au moment où ses hommes tuaient et violaient dans les quartiers, le porte parole des militaires M. Claude Pivi partait faire allégeance au président Conté qui est pourtant responsable des faits dont ils se plaignent.

Par ces actes, ce groupe armé nous a démontré qu’il ne mérite pas le respect et la confiance dus à un groupe de chiens errants.

Le premier responsable des problèmes actuels de notre pays n’est pas le président, mais les militaires sur lesquels repose son pouvoir. Le président est malade et détesté par le peuple. Sans le soutien de ce groupe armé, il ne fera pas un jour supplémentaire à la tête du pays. C’est pourquoi ce groupe armé doit être la première cible du peuple de Guinée.

Le peuple doit boycotter les militaires : Refus de participer aux baptêmes, mariages et tout autre évènement organisé par eux.

S’il reste encore quelques patriotes dans ce groupe armé, qu’ils sachent qu’ils ont le soutien du peuple dans toute entreprise de libération nationale.

Vive la Guinée purgée du régime monstrueux de M. Conté.

Vive l’unité nationale. 

Makanera Ibrahima Sory Juriste
Membre du club DLG (demain la Guinée)
Membre de la rédaction de
www.guinea-forum.org chargé des questions juridiques
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Moussa Konate @ Toronto, Canada, lundi 10 novembre 2008
Tres belle analyse M Makanera. Comme vous le dites, ce n`est pas Lansana Conté qui nous a pris en otage, c`est son armée. Conté sans le soutient de l`armée n`est rien, il partirait ou le peuple le ferait partir.Les hauts gradés ne lacheront jamais Conté parcequ`il assure leur part du gateau.
Millimouno tamba fode, samedi 8 novembre 2008
je entiérement d`accord avec ce monsieur pour sont article.parcequ`on ne sait pas la position de l`armée guinéenne.ou il sont pour un individu ou pour la population de guinée.moi je peux dire que les militaire sont plus bien traite que les autres fonctionnaire guinéen.mais avec tout ça ils réfuge de payer les taxes.par exemple les taxes des moto
Oumar Bah, vendredi 7 novembre 2008
Je souscris à 100% à ce texte. je me demande où se trouvent cette fameuse fraction républicaine de l`armée que certains compatriotes appellent de tous leurs voeux
dieng, vendredi 7 novembre 2008
Bravo Monsieur! votre clairvoyance, votre sincerite et votre courage sont a saluer. c`est le garant de la securite du peuple qui devient paradoxalement son bourreau. je prie Dieu qu`il rende justice comme il l` a promis a qui de droit et au vaillant peuple de Guinee sa liberte, sa souverainete, son espoir tant violes, baffoues, ridiculises- Amen

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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