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Lansana Conté s’en est allé pour toujours. La saga des prédateurs aujourd’hui sans doute inquiets est terminée. Ils devraient répondre maintenant de leurs actes, purger entièrement leur peine s’ils sont coupables. Avec à la clé, aucune grande assurance d’être sortis de prison et du coup, infliger une nouvelle gifle à ce peuple courageux et volontariste de Guinée. La démarche, elle, est dure de conséquence. Mais elle permettra de redonner un brin d’espoir au peuple martyrisé de Guinée. En attendant, au vu des discours et de la fièvre sans précédent, on est soumis entre expectative et distraction de mauvais aloi.
Dans l’imagerie populaire, la période qui s’ouvre – et qui devrait consommer la rupture avec un quart de siècle de gestion calamiteuse – peut déboucher sur le meilleur. Ce qui n’est pas du tout facile à affirmer en l’état. Mais le pire n’est non plus pas à écarter. De toute évidence, l’équation était simple et manifestement incontournable: choisir entre la peste, c’est-à-dire l’impopulaire Somparé comme Président constitutionnel et le choléra, cette hypothétique transition assurée par l’Armée. Ce qui est clair et plus avéré, c’est que, la seule profession de foi des militaires qui se sont emparés du pouvoir ne saurait suffire à rassurer. Même s’ils ont déjà reçu le soutien de certains hommes politiques africains et guinéens. Voire même une partie de la jeunesse en quête de repères.
En attendant de finir de justifier à l’attention du monde ‘’le tardif’’ putsch, le peuple de Guinée, lui, suit le déjà-vu avec une oreille plutôt désabusée. D’autant qu’il s’attendait à ce changement sans effusion de sang depuis 10 ans. Période à laquelle, le défunt Président avait fait paraître des signes d’invalidité. D’où ce chapelet de questions que chacun pourrait se poser : Pourquoi avoir tant attendu car, en Guinée, on ne s’est jamais soucié de la légitimité d’une quelconque Institution républicaine ou tout simplement du respect de la Constitution, qui hélas est taillée sur mesure pour garantir alors une présidence à vie ? Pourquoi subséquemment la Communauté internationale, sous-régionale s’offusque ou brandit des sanctions contre la junte, alors que le pouvoir de Conakry était dans la rue, au gré d’une soi-disant poignée de favoris du cercle présidentiel d’alors ? Pourquoi, cette communauté internationale ne s’est-elle pas manifestée depuis, pour faire sauter par-dessus bord, le Président défunt, comme elle sait bien le faire quand elle le veut ? « Quant à l’Union africaine, elle joue sa crédibilité à venir brandir son bréviaire, pour réclamer, aujourd’hui, le respect d’une telle Constitution. Peut-on, en quelques mois, passer du champ de ruine actuel à une démocratie crédible, simplement parce qu’on aura voté ? », s’est interrogé un confrère. Pourquoi la junte parle-t-elle réellement et en toute circonstance d’un délai de transition de deux ans, pas plus ? Simple profession de foi ou réelle volonté de rupture ? L’enthousiasme et l’empressement pèsent sur tout. Ces questions ne trouveront peut-être jamais leurs réponses. Tant et si bien que la complaisance des uns fait des émules aux autres. Et pour se camoufler, on s’emmure derrière « l’ingérence dans les affaires».
Aux leaders politiques guinéens qui se régalent en espérant secrètement que les militaires leur faciliteront l’accession au pouvoir, les faits appellent plutôt à l’extrême prudence. Cellou Dalein Diallo, en a eu lui, pour sa grosse frayeur. La suite, on la connaît : des excuses plates de ces « agents incontrôlés ». L’opposition dans son ensemble, a pour sa part préféré constater les faits, comme si tout est pacifié au pays exsangue et militarisé de cette partie de l’ouest africain. Ou comme si ces regrettables « fouilles » chez Cellou ne peuvent arriver qu’à lui. Pour illustrer cette pseudo fouille à la recherche de mercenaires et d’armes chez le leader de l’UFDG, mais surtout la façon dont on exulte et applaudi la junte, il suffit de se rappeler « que dans les années soixante, au Zaïre et au Togo, des intellectuels estimaient que Mobutu et Eyadema étaient bien trop limités pour tenir. La plupart des apprentis sorciers qui les ont soutenus, en croyant pouvoir ensuite prendre leur place, ont fini par être liquidés, au propre ou au figuré. Les opposants guinéens sont pour la plupart des intellectuels. Ils ne peuvent donc ignorer cela.»
Mais déjà, tout le monde – la classe politique guinéenne, la communauté internationale et une partie de la population – pensent que dès que les élections seront organisées « dans un bref délai », les problèmes seront résolus. Encore une autre incertitude à propos. Car, derrière les sourires et les embrassades se cacheraient un bon parfum de méfiance, de rancœurs, etc. le temps de bien assimiler la bonne leçon électorale ghanéenne. C’est cette semence de rancœur et de haine que nous a hélas léguée jusque là, les politiques que nous avons applaudis depuis les premières élections multipartites en 1993. Des politiques jusque là aussi outsider ou tocard dont les militants sont désormais fatigués des projets costauds et bidon. Qu’on s’agite ou qu’on tourne le dos à la foire d’empoigne, la mort de Lansana Conté remet dorénavant en cause l'échéance électorale de la présidentielle de 2010. Quels scénarios attend alors le pays au moment où chacun aspire à voir émerger une nouvelle génération de leaders ? La Guinée n’en manque pour autant point. Elle regorge en effet de jeunes cadres bien instruits et patriotes capables de mettre en valeur son remarquable patrimoine longtemps étouffé et bafoué.
L’Armée pour sa part – des unités d’élite sont formées à Kindia, la plus importante garnison du pays, les États-Unis ont formé les « rangers » affectés à la surveillance des frontières, et la France, elle, apporte son assistance dans le domaine de l’administration et des transmissions – a besoin de très profondes réformes pour devenir professionnelle et républicaine. Faute de quoi, comme le prédisent déjà nombre d’observateurs qui s’interrogent sur cet après-Conté, une nouvelle et longue ingérence des hommes en armes dans le jeu politique est inévitable.
Et comme on a vécu la prise du pouvoir avec Conté et les fausses promesses qui ont suivi avec le fameux discours-programme du 22 décembre 1985 il y a de quoi ouvrir largement aujourd’hui les yeux. Certes, les époques, les âges, etc. des acteurs diffèrent. Tout comme leur niveau d’instruction : l’actuelle junte est plus instruite que celle du 3 avril 1984. Mais ceci ne justifie point la gestion du pays pendant longtemps encore par les hommes en treillis. Lesquels aujourd’hui, nomment qui ils veulent à la place qu’ils veulent. A telle enseigne que l’on se demande avec quelle clé donc faire sauter le verrou de l’immobilisme dans l’administration guinéenne dans son ensemble ? L’attente risque d’être longue et les conséquences incommensurables. Les Guinéens eux, sont déjà déprimés et déboussolés de toute cette pagaille sans fin, synonyme du reste, d’éternel retour à la case départ. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion ? La question mérite d’être posée, pendant que nous sommes déchirés entre expectative et distraction de mauvais goût.
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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