samedi 3 mai 2008
Guinée : du rififi à Kaporo, contre l’injustice et la spoliation du bien commun
El Hadj Soumah

Un événement dramatique et inqualifiable se passe à Kaporo depuis ce matin, suite à la vente d’un terrain de football de la ville, à Monsieur Diallo Sadaka, par l’Etat. Ce hold-up sur le dos des jeunes de Kaporo et des environs, a nécessité l’entrée en lisse des forces de l’ordre. De triste mémoire, et à l’écoute des témoignages concordants, on croirait revivre les événements de janvier et février 2007 !

L’armée, la police et la gendarmerie étaient présentes sur les lieux et ont utilisé une force disproportionnée pour déloger les jeunes de toute la localité de Kaporo, Ratoma, Kipé, Nongo, avec la ferme intention, non pas d’en découdre avec les forces de l’ordre, mais de préserver la seule parcelle de liberté qui leur restait encore.

Cet endroit sis à l’ancienne ferme face au marché de Kaporo, est le seul endroit où les jeunes pouvaient encore se rencontrer, se promener et faire du sport. C’est le dernier terrain vague de toute la zone, viabilisé par leurs soins, en un terrain de football réglementaire, où ils organisaient des rencontres inter-quartiers, des tournois féminins, des compétitions réunissant des enfants et un lieu d’entrainement.

Un bref rappel :

Entre 1978 et1980, cette parcelle avait été cédée aux Cubains pour y implanter une ferme avicole. En compensation, ces derniers avaient construit l’école primaire de Kaporo-centre.
Après l’avènement de la 2è République et l’arrêt des activités, cet espace a été utilisé par la jeunesse de cette localité jusqu’au 10 Avril 2008, date de la demande de quitter les lieux manu militari par le Sieur Sadaka.

Dans la même semaine, deux camions de militaires et de gendarmes étaient venus déloger les personnes qui y habitaient sans préavis, sans un programme de relogement ni un seul document officiel émanant des autorités compétentes. Avant ce passage en force, le sieur Diallo Sadaka avait cherché à soudoyer les responsables des jeunes du quartier, en vain. Ce matin du 2 mai 2008, des échauffourées ont opposé les jeunes à l’armée. Triste souvenir !

Il y a eu des blessés conduits à l’hôpital dont un jeune de 14 ans du nom de Almamy kerfalla Sylla. Des photos ont été prises et seront mises en ligne dès que possible. Il y a eu des coups de feu à l’arme automatique et des tirs de gaz lacrymogènes. Les jeunes étaient poursuivis jusque dans les concessions. Des femmes, des vieux et des enfants ont été battus.

Les langues se délient depuis ce soir pour incriminer certaines autorités, mais nous aimerons savoir comment un domaine de l’Etat pourrait-il se retrouver aussi facilement entre les mains d’un simple citoyen, fut-il richissime ? Qu’est-ce qui a été fait pour le respect du plan d’occupation du sol à Conakry à ce jour ? Nous attendons la réaction du ministre de l’habitat, du ministre des sports et de la jeunesse, de la femme du Président qui a rencontré une délégation, conduite par le gouverneur de la ville de Conakry et celle du PM.

A ce jour, Conakry est encore la seule capitale où les rues sont des aires de jeux pour les enfants et où la loi du plus fort est plus que jamais d’actualité.

Où est le changement réclamé par tous ? Où est la loi ? Que font les autorités ou attendent-elles que la case brûle, encore une fois ? La chienlit devrait-elle perdurer ? Ca suffit ! A kha dan , a kha dan fa, a kha dan sönö.

A suivre………

El Hadj Soumah, Paris – France

Le 2 mai 2008

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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