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Actuellement la santé guinéenne souffre d’une plaie qui, à première vue, serait incurable.
Absence de lois ou d’infrastructures dans les domaines suivants :
Droits des travailleurs de la santé ;
Droits du patient ;
Le respect de la hiérarchie ;
Administration de la santé désuète ;
Administration des pharmacies ;
Manque d’écoles de santé ;
Création des universités privées de médicine et pharmacie;
Rôle de l’Etat concernant le fonctionnement des laboratoires cliniques, pharmacologiques, pharmaco gnosiques, et médecine traditionnelle;
Réhabilitation et organisation des institutions dentaires ;
En somme, le hors-la-loi alimente la pratique médicale et les institutions associées ;
Absence de médicine légale ;
Absence de branche légale judiciaire au Ministère de la justice avec des experts dans le domaine médical: Défense et procureur;
Absence de base légale: Criminologie au degré mineur, basée sur des données scientifiques locales. Absence ou inactivité du Ministère de la Sécurité :
Le droit de regard du Ministre de la Sécurité sur toutes les activités sanitaires :
L’utilisation de ses laboratoires comme celui de la criminologie de la police ;
Le rapport quotidien de la police sur l’activité des centres hospitaliers, des dispensaires et des pharmacies.
En somme, le ministère de la Santé a besoin d’être reformé, modernisé sur le plan administratif, être garant d’une santé populaire organisée et scientifique. Il ne serait pas étonnant de voir le ministère de la Santé ignorer le nombre de ses travailleurs, ne pas détenir une structure cartographique des instituions, des outils fonctionnels ou non et souffrir d’un manque inventaire adéquat en fonction du temps et de la place.
Aujourd’hui, comment peut on mener une investigation à propos d’un malade mort à Donka par exemple? Il serait difficile de déterminer exactement, s’il est mort de sa propre mort, de sa maladie ou d’une mort en relation avec la vétusté du matériel, l’absence de l’apsie-antisepsie, l’expérience du personnel de la santé ou de la conscience professionnelle. Les conditions, lieu et circonstance de la pratique posent aussi des problèmes. J’en ai souffert quand je travaillais à Donka. Il n’était pas rare de me trouver dans la salle d’opération avec des instruments non stérilisés. Encore, de nos jours, un patient est hospitalisé, opéré avec ses habits personnels, et assure sa propreté et hygiène avec l’eau venue de la maison. Pourtant, la solution se trouve entre les mains de l’administration de l’hôpital.
L’administration médicale en Guinée souffre de l’absence totale de la sécurité des travailleurs, des équipements et du personnel sur le plan préventive et pharmacologique. A part quelques gardes républicains à l’entrée de quelques privilégiés centres hospitaliers, les travailleurs de la santé de toutes catégories et professions confondues ne s’inquiètent pas du contrôle tacite ou non de la sécurité dans l’exercice de leur profession. La gendarmerie ne dispose d’aucune loi leur donnant le droit de regard sur l’activité malveillante des pharmacies, des dispensaires et des services de prévention.
Aussi, le Ministère du Contrôle d’Etat, ne s’intéresse quasiment pas à la gestion des hôpitaux, en particulier les hôpitaux autonomes qui doivent être de vraie entreprise. Conséquemment, les directeurs ignorent complètement combien de patients sont quotidiennement sous leur juridiction. Les médecins, et leurs auxiliaires hospitalisent des patients sous le couvert de parents, amis ou des grandes personnalités gratuitement. Ils oublient que l’hôpital et/ou l’Etat ont besoin d’argent pour payer les travailleurs qui entretiennent l’institution et fournissent les matériels nécessaires. Un comprimé de chloroquine est synonyme de devise quand on sait que la monnaie guinéenne ne s’exporte pas.
L’éducation :
Faculté de médecine, écoles de santé et autres centres de formation médicale échappent au contrôle du ministère de la santé. Le ministère de l’enseignement professionnel évolue souvent et même change le contenu du programme à sa guise, car il n’y a pas de commission officiellement nommée entre les ministères de la Santé, des Affaires Sociales et de l’Education. Le problème est vu comme une affaire d’homme plutôt que nationale.
Qu’est devenu le programme des bourses postuniversitaires, pourtant vivant sous la première République? Le programme de perfectionnement des infirmiers et aides infirmiers était pourtant possible sous la première République? Comment pouvez-vous concevoir une faculté de médecine sans laboratoires d’anatomo-pathologie, physiologie, de biochimie, d’histologie, tous exigeant une chaine (chambre et congélateur) froide.
Le mot bibliothèque est un tabou pour le ministère de l’Education Nationale. N’est il pas ridicule de voir le ministre de L’Enseignement Professionnel distribuer 50 livres à la ville de N’Nzérékoré tout récemment alors qu’il n’y a pas de politique de livres au niveau national. On a besoin d’une bibliothèque nationale. La formation des bibliothécaires s’imposerait conséquemment, donc une source d’emploi. On doit encourager l’ouverture des librairies avec par exemple un quotta spécial d’allègement de la taxe douanière.
Quelle est la position de l’ordre des médecins de Guinée devant la poussée des facultés privées de médicine, qui ne le sont que de nom? Ces facultés sont des insultes à la science et déshonorant pour le niveau de formation des médecins guinéens: pas de programme de formation des professeurs destinés à ces facultés; pas de bibliothèques; pas de laboratoires avec ses chambres froides; pas de laboratoires d’expérimentation. Ces facultés ne sont même pas comparables au département de la science expérimentale de l’ancien temps des lycées classiques. Leur but est d’amasser l’argent dans une institution ou ils refusent d’envoyer leurs propres enfants, ces directeurs de ces facultés eux-mêmes ignorent les problèmes humains, pharmaceutiques et pédagogiques.
L’internat dans l’enseignement supérieur a été vu par la deuxième République non pas comme un moyen de renforcer la nature éducative, la socialisation des enfants du pays mais des centres à abattre pour des intérêts égoïstes. Que sont devenus les anciens dortoirs des étudiants ? Ils sont devenus vétustes faute de moyen pour agrandir l’université. Comparez l’école de la santé Mafory Bangoura à l’école nationale de santé de Kindia aujourd’hui. Vous ne ferez que regretter Mafory Bangoura tellement la discipline, était présente; l’équipement minimum y était; le programme était dense et enseigné à 100%. Les outils étaient judicieusement utilisés.
Mes chers amis lecteurs, croyez moi, je connais la Guinée pour avoir fait mes études primaires en haute Guinée, Kouroussa, obtenu mon brevet d’étude secondaire à Nzérékoré, mon premier baccalauréat à Labé, le second baccalauréat au Lycée Classique de Conakry et la faculté de médecine de Guinée à Conakry dont je faisais partie de la première promotion.
Je connais la médecine Guinéenne pour avoir été médecin praticien et directeur de l’hôpital de Kouroussa d’où j’en suis sorti avec la médaille d’honneur de travail, le second après Dr. Mamadou Kaba Bah.
Je connais la médecine Guinéenne pour avoir créé, fraichement sorti de l’université, une médecine de surgie foraine à Banfèlè (150 km de Kouroussa) avec 44 opérations sans complications et 12 cas à Kourokoro à mes propres frais, sans intervention de la préfecture et je le faisais gratuitement.
Je connais la médecine guinéenne pour avoir été praticien, chercheur, professeur et chairman du département de Gynécologie et Obstétrique à la faculté de médecine de Conakry où j’ai été classé meilleur professeur en 1984,1985 et 1986 avec certificat à l’appui.
Je connais la médecine guinéenne pour avoir créé “La Société guinéenne des Gynécologues- accoucheurs “ en 1986. Aussi sous ma présidence, le premier congrès de gynécologie a été organisé 1986.
Je connais la médecine guinéenne pour avoir représenté ce pays dans différents forums et conférences internationales et aussi pour avoir élaboré la première reforme de l’enseignement à la faculté de médecine pendant la première conférence nationale sur l’éducation sous la deuxième République.
Je ne connais pas une médecine guinéenne croupissant sous le poids de l’égoïsme, l’égocentrisme, l’ethnocentrisme et le manque de rapports francs entre les travailleurs. Chacun se croit le centre de l’univers. Je me rappelle encore le grand bond réalisé par le plan triennal de la première République. A l’indépendance, la Guinée ne disposait pas d’une seule école de santé. Un seul hôpital à la solde du colonisateur et une poignée de fonctionnaires privilégiés, l’hôpital Ballais, aujourd’hui Ignace Dean. La plupart des centres hospitaliers de l’intérieur étaient basés sur la prévention “Trypano” en Haute Guinée.
Mais en 1984, la Guinée, à la fin de la première République, a édifié ses propres universités, ses propres écoles de santé, quatre hôpitaux de première catégorie, des hôpitaux de deuxième catégorie dans chaque préfecture, un dépôt central pharmaceutique, Pharma guinée avec ses branches dans chaque région. Le ministère de l’Education avait une direction des bourses d’étude.
Ainsi, on a réussi à former nos propres professeurs dans tous les domaines. Nous devons comprendre que l’indépendance politique et économique passe par une indépendance intellectuelle. La Guinée ne connaissait pas de chômage dans le domaine de la santé. Aujourd’hui le bilan est sombre. Ce bilan est d’autant plus regrettable que tous les ministres de la santé ont été malheureusement médecins sous la deuxième République. Aussi, ont été tous des directeurs d’hôpitaux, des doyens, des directeurs nationaux des pharmacies.
Un exemple d’échec est la réfection de l’hôpital Donka : qui peut imaginer la réfection du centre hospitalier universitaire, sans inclure une source d’eau ?
La construction d’un petit château d’eau sous la direction du service de distribution des eaux de Guinée serait salutaire. Une autre solution serait d’utiliser le bon service de Fugnac (Constructeurs de Forages). Une nappe souterraine ou un puits aménagé serait nécessaire. Il y a eu des erreurs dans la conception, dans l’exécution du plan réalisé seulement par une administration de médecins sans expérience, dans l’urbanisme et même dans l’administration de la santé. La vision d’un hôpital moderne, indépendant et autonome était absente. Pourtant, ils pouvaient s’inspirer des exemples de Dr Accar.
En effet, dans le plan triennal et quinquennal, Dr. Accar a fait un travail colossal : la construction de l’hôpital d’une annexe à Ignace Dean, la construction d’un centre annexe à Donka, les hôpitaux de Kankan, Labé, et N’Nzérékoré. Ils n’ont pas été malheureusement achevés. Un autre bon travailleur de la santé, Dr. Taran, fondateur et premier doyen de la faculté de médecine. Après lui Dr Accar a créé une bibliothèque moderne à Donka et le system d’internat pour les étudiants en médecine. Leurs successeurs n’ont pas pu continuer leurs œuvres. Au contraire, par souci de démagogie, le salaire du bibliothécaire Dramé était vu comme trop coûteux. La bibliothèque fut abandonnée au détriment de l’éducation médicale.
Aujourd’hui, la reforme dans le domaine de la santé s’impose. L’une des solutions est la création de l’actuel poste de conseiller à la présidence chargé des problèmes sanitaires. L’une de ses attributions est la création d’un comité spécial de reforme regroupant: Le ministère de la Santé assisté par l’ordre des médecins et l’ordre des infirmiers et aide infirmiers ;
Le ministère de l’Education Nationale (enseignement supérieur, professionnel et pré universitaire) ;
Le ministère des Affaires Sociales ;
Le ministère de la Justice ;
Le ministère de la Sécurité ;
Le ministère du Contrôle d’Etat ;
Les Organisations Non Gouvernementales ;
Universités privées et Ecoles de santé privées.
Le second rôle du conseiller à la présidence est l’obtention d’une ordonnance sur la nécessité de la reforme avec des grandes lignes.
L’organisation d’une conférence nationale sur le futur de la pratique médicale et pharmacologique en Guinée et la formation du personnel. Les différentes branches syndicales seront associées et les différentes organisations religieuses. La médecine légale y prendra une part importante. L’université de Conakry, en particulier le département de sociologie, de philosophie, de génétique, y sera invitée.
Cet article est seulement une prémisse, une thèse. L’antithèse sera donnée par vous, les lecteurs. La synthèse sera entre les mains du conseiller spécial à la présidence et les ministères intéressés.
Enfin, Le 20 Mai 1976, au stade fédéral de Kouroussa, le Président Ahmed Sékou Touré me disait: “ Mon fils, ce que tu as fait à Kouroukoro, Banfèlè et ailleurs, tu ne perdras jamais. Tu ne l’as pas fait pour Béavogui, Mamady Kéita ou Diao Baldé, mais pour vous-mêmes.”
Travailleurs de la santé, la conscience nationale doit guider vos pas.
Dr. Mory Souanou Bérété
Docteur en Médecine Obstétrique et Gynécologie
Ph.D, Docteur es science médicale Master public Health (Maîtrise en santé publique) Pédagogie et éducation dans les écoles de santé Membre de la Fédération Internationale des Gynécologues-accoucheurs d’expression française Membre correspondant du Collège Français des Gynécologues-accoucheurs
Pour www.guineeactu.com
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