samedi 10 janvier 2009
Guinée : des intimidations, aux querelles de leadership ?
Thierno Fodé Sow

Elle est enthousiaste. Elle veut vite et bien faire, réussir tous les chantiers ouverts ou en passe de l’être, et avoir un droit de regard sur tout le terrain banalement conquis après la disparition du Président-paysan. La junte, au pouvoir en Guinée depuis la veille de Noël, risque de faire face -si elle n’y prend garde- à une terrible querelle de leadership au moment même où certains treillis se livrent à des intimidations. Une querelle qu’elle-même a créée et entretenue, d’une façon consciente ou machinale.

 

Le capitaine Moussa Dadis Camara hérite d’un lourd tribut, après près d’un quart de siècle de gestion désastreuse du pays. Ce qui revient à dire que tout est prioritaire actuellement en Guinée. Et tout est à (re) construire. Mais ce n’est pas une raison de s’emmêler les pinceaux ou vouloir aller vite en besogne. Au risque de tout rater et subséquemment se faire taper le doigt par une population courageuse, volontariste et sortie dorénavant de sa très longue torpeur.

 

Or, au vu de se qui se passe depuis ces quelques semaines, l’on est inquiet de la suite « favorable » à donner à l’équipe militaire de transition. Des nominations quasi fantaisistes, appelées « provisoires » par la junte, sont en effet enregistrées à chaque heure. Même des postes de haute responsabilité ou stratégiques, sont concédés sans manifestement de critères singuliers hautement appréciables. Comme s’il n’y a pas de Premier ministre, lequel devrait avoir son mot à dire.

 

Ces démarches et d’autres risquent, pour autant, d’affecter dangereusement la bonne marche de la machine étatique. Pourquoi d’ailleurs ces nominations provisoires, alors que le PM est en place, a ses attributions et actuellement est en train de peaufiner les choix?

 

Le désordre qui est en train d’être érigé en devise est en principe, à bannir. Sinon la pilule sera difficile à faire passer. Et pour ne pas piquer du nez, ou c’est le capitaine Dadis qui nomme les membres du gouvernement – pas seulement à certains postes comme la Défense –, donc les attributions du PM changent de facto ; ou c’est le PM qui forme son équipe et du coup, on arrête de profaner les ordonnances en cascades. Comme celui de l’Urbanisme.

 

Ce n’est pas tout dans cette pagaille sans précédent, car par ailleurs, le contrôle « des agents en débandade » doit être un sacerdoce pour la Présidence. Sans quoi, ceux-ci vont souiller à jamais le manteau de la junte. Illustrations : visite des plus inconvenantes chez un leader politique, à la recherche, dit-on de mercenaires et d’armes ; tentative de prise d’otage du Conseil national de la Communication ; saisie de voitures personnelles ou de service ; menaces verbales à l’encontre d’anciens dignitaires du régime défunt ; remise subite et incontrôlée des barrages entre différentes préfectures de l’intérieur du pays, etc.

 

Ces faits et gestes sont loin de donner une bonne image de réelle volonté de Dadis : sécuriser les personnes et leurs biens, restaurer l’autorité de l’Etat, organiser des élections libres, équitables et transparentes, ...

 

De fait, la Guinée ne doit pas être un no man’s land ou un far West. Il a été demandé aux acteurs politiques, aux syndicats et à la société civile de produire des projets de sociétés. Ils sont là-dessus. Certains ont même déjà déposé les leurs.

 

Le PM lui consulte, et certainement, il n’a plus les yeux pour dormir : il creuse ses méninges pour répondre aux nombreuses attentes des Guinéens, à savoir, mettre en place une équipe de cadres compétents, loyaux et patriotes, jamais impliqués dans les activités maffieuses du régime défunt. Il en a sans doute la latitude, même si aucune sensation forte n’est encore enregistrée.

 

En attendant, la fin des audits –d’ailleurs de trop, puisque d’autres audits avaient déjà été effectués à la Banque centrale pour identifier les responsabilités dans le différend opposant Mamadou Sylla et l’Etat, ensuite, au temps de Kouyaté, des secteurs entiers ont été audités– personne n’est jusque là inculpé. Comme pour dire qu’il faut aussi bannir et tout de suite la chasse aux sorcières que certains s’évertuent à faire, à l’encontre du citoyen lambda, déjà inquiet pour diverses raisons.

 

Qu’on ne se trompe pas donc de justification, car, la junte a légitimé le putsch pour une raison bien évidente à ses yeux : éviter une effusion de sang, du fait d’éventuels règlements de comptes.

 

Aux responsables de cette junte de ramener alors à la raison, les rameurs à contre-courant. Le contrôle de routine, oui. La lutte contre le banditisme, oui. Mais les nominations fantaisistes et d’autres abus, non.

 

La Guinée n’est pas la bande de Gaza. Arrêtons et (re)construisons ce pays en lambeaux. Se bomber le torse ou montrer les dents ne saurait bâtir. Le « Tu ne me connais pas ? », « Tu sais à qui tu as à faire ? », etc. ne marchent plus. Haro donc, aux intimidations et à la diversion !

 

Les Guinéens, eux, s’attendent plutôt à une saine définition des rôles, pour une meilleure efficacité.

 

Thierno Fodé Sow
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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