lundi 21 juillet 2008
Guinée : Des hôpitaux ou des mouroirs ?
Bangaly Condé

Si dans les autres pays le malade va à l’hôpital pour se soigner, en Guinée il y va pour mourir. Tel est le sort de nos malades démunis aujourd’hui dans les hôpitaux guinéens.

- Monsieur Camara, qu’est-ce que vous avez ?
- J’ai de terribles maux de tête.
- Qui doit payer pour vous ?
- Aaah ! Je n’ai pas d’argent.
- Si vous n’avez pas d’argent ne comptez pas sur moi puisque les médicaments qui sont là sont pour Docteur Camara.
- Docteur, pouvez-vous m’aider sinon je vais mourir ?
- Désolé Monsieur Camara.

Faute de cure, le pauvre Camara décède le lendemain d’une migraine  chronique. Voilà le quotidien des pauvres malades dans nos différents hôpitaux.

Comme quoi, sans argent on est condamné à mourir. Il vaut mieux pour un malade, rester à la maison, mourir dans la dignité et dans la main des siens, que d’aller se faire achever dans nos hôpitaux, pardon nos mouroirs.

Car, désormais pour vivre en sécurité sanitaire en République de Guinée, il est nécessaire d’être fortuné pour se rendre dans un pays limitrophe où des soins appropriés sont garantis. Comme si notre pays était sur une autre planète.

Avec des hôpitaux délabrés, des équipements vétustes, des médecins incompétents et cupides, manque de lits, des produits pharmaceutiques périmés en vente dans tous les coins de rue, comment le système sanitaire de notre pays pourra-t-il être dans ce cas opérationnel et performant ?

 Le comble est que, n’importe qui peut prescrire une ordonnance médicale et tous les petits commerçants de Yenguema ou Madina sont des pharmaciens par excellence. Sans qualification et sans connaitre le danger que représente de vendre les produits médicaux obsolètes à un malade, ces petits vendeurs ambulants à travers la ville de Conakry en font librement un gagne-pain au grand dam des autorités sanitaires qui sont devenues spectatrices de ces activités moyenâgeuses qui font des victimes sous leurs yeux chaque jour que Dieu créa.

Ce qui est à la fois triste et ridicule, c’est que beaucoup d’étudiants étrangers viennent assurer leur formation universitaire en médecine à Conakry, mais nos malades vont se faire soigner à l’étranger et le plus souvent ils sont traités par des médecins formés en Guinée ou par des médecins guinéens qui ont émigré pour la recherche d’un meilleur cadre afin de mieux pratiquer leur profession. On peut citer en exemple les étudiants Camerounais, Capverdiens, Maliens, Congolais, etc. qui sont formés à la faculté de médecine de l’Université de Conakry.

Quand vous faites un tour dans les hôpitaux de Dakar, Abidjan, Bamako ou de Rabat, ils sont remplis de Guinéens en quête de meilleure santé.

Quelle malédiction ?

Il est temps désormais pour les Guinéens de se poser des questions et de trouver des réponses. Car ce que nous devons faire, si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place.

Encore il y a un autre fait qui peut paraitre invraisemblable mais qui est pourtant une réalité qui crève nos yeux et ceux de Lansana Conté et de son Premier ministre, c’est que la plupart des produits pharmaceutiques périmés dans les pays voisins sont revendus sur le marché guinéen. C’est pourquoi nous enregistrons plus de décès dans nos hôpitaux que dans n’importe quel pays d’Afrique. Pire, c’est en Guinée que le taux de mortalité infantile est le plus élevé en Afrique de l’Ouest.

Quoi de plus normal ?

Pour qui se rappelle encore la fameuse phrase de Lansana Conté où il disait que : «personne ne verra ma femme au marché, à plus forte raison venir accoucher dans nos hôpitaux », l’état actuel de notre système de santé ne devrait pas être surprenant.

Pourtant, en 1977, la Guinée fut signataire de la résolution de la trentième Assemblée Mondiale de la Santé (WHA 30.43) stipulant que « le principal objectif des gouvernements et de l’O.M.S. dans les prochaines décennies, devrait être, de faire accéder tous les habitants du monde à un niveau de vie et de santé qui leur permette de mener une vie socialement et économiquement productive »

De là, on comprend que la santé doit être mise à la portée de chaque individu. Elle doit être acquise et non être imposée. Dès lors, la sauvegarde de la santé devient l’engagement tant de la population que les autorités politiques et cet engagement ne saurait en général être obtenu sans la sensibilisation par l’éducation et l’information.

Sachant cette recommandation de l’O.M.S., les autorités en charge de la santé ne font rien non seulement pour améliorer le système de santé déplorable de notre pays, qui s’empire chaque jour davantage, aujourd’hui plus qu’hier encore moins que demain, mais aussi créer des conditions adéquates pour les quelques praticiens de la santé qui sont encore sous serment d’hypocrate et qui le respectent.

Personne n’ignore aujourd’hui que les médecins et les infirmiers sont les plus défavorisés des couches professionnelles après les enseignants.

D’où la menace de grève du syndicat des professionnels de la santé le 31 juillet prochain. Dans la plateforme revendicative, le syndicat demande entre autres, un statut particulier comme celui de l’éducation et l’amélioration des conditions de vie des professionnels du secteur de la santé.

Comment voulez-vous que nos médecins respectent le serment d’hypocrate si leurs enfants ne mangent pas, s’ils n’arrivent pas à payer leurs maison… bref, s’ils ne peuvent pas assurer le minimum vital à leurs familles ?

Comme l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing l’a témoigné en substance lors de sa visite en Guinée en 1977 : « un peuple qui a faim n’est pas libre et tout homme qui n’est pas libre ne saurait être sincère ».

Si les autorités politiques guinéennes ne prennent pas leurs responsabilités, une troisième grève en l’espace de deux mois pour un pays aussi fragile que la Guinée, risque d’entamer sérieusement le peu d’accalmie que Claude Pivi et compagnie nous ont gratifiés ces derniers temps.

Déjà éprouvées par la misère et la famine, les populations guinéennes ne souhaiteraient plus un autre trouble social qui risquerait encore de faire des innocentes victimes. Car tout le monde sait que nos soldats, n’ont pas de retenue et ont la gâchette facile. Pour éviter cela, voici des suggestions pour le ministère de la santé qui pourront aider à l’amélioration une situation on ne peut plus désastreuse.

D’abord satisfaire aux revendications urgentes des professionnels de la santé. Réglementer la vente et la distribution des produits pharmaceutiques. Remédier à leur mauvaise qualité et à l’insuffisance, en instaurant un système de contrôle de la validité des médicaments. Interdire systématiquement la vente des produits médicamenteux sans licence.Renouveler et multiplier les infrastructures sanitaires pour une médecine moderne.

Même si l’Etat ne peut pas assurer la couverture sanitaire à tous les Guinéens, mais qu’il puisse au moins subventionner les produits pharmaceutiques afin de les rendre accessibles aux plus pauvres de la Guinée. Il ne faut pas ce soient toujours les catégories aisées, bénéficiaires du développement économique qui soient en mesure de faire appel à la médecine moderne en allant dans un autre pays et éventuellement, même, de choisir leurs filières de soins et de s’assurer contre la maladie. Et qu’en revanche, les plus pauvres n’ont de choix qu’entre les établissements publics qu’ils apprécient peu, parce qu’il faut payer, le recours à la médecine traditionnelle ou encore l’absence de soins.

Lutter contre les obstacles à la santé dont notamment, la malnutrition, l’ignorance, les problèmes d’hygiène, l’eau de boisson contaminée et les logements insalubres.

Ensuite, initier des changements dans nos pratiques sanitaires et partant influencer l’état de santé des malades.

Ce n’est qu’en réalisant ces quelques suggestions que les autorités politiques pourront assurer à tous les Guinéens les soins de santé. Ainsi, elles éviteront à nos compatriotes de mourir avant terme et empêcher nos malades d’aller croupir dans les hôpitaux des pays limitrophes pour des soins qu’ils pourront désormais recevoir sur place. C’est en cela que le nouveau gouvernement de large consensus dirigé par Ahmed Tidiane Souaré trouvera son salut.

Bangaly Condé « Malbanga »
Lansana Kourouma « Gouza »
New York, USA

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Vos commentaires
Th.Hamidou Barry U.S.A, mercredi 23 juillet 2008
Si la Guinee se retrouve sans sante et sa population sans sante,c`est la faute a ce dictacteur irrationneliste Sekou Toure.pourtant a l`epoque etait tres facile de develop des infrastucture routiere et hospitaliere il suffit seulement de choisir un camp entre les puissance.Qui a massacrer tout les medecins et les obloge a s`exiler de la Guinee c`est conte ou Sekou...arreter de chapeauter ce probleme a conte.On sait conte a une carence de communication.si President George washington a produit jhon adams aussi a produit les jeffersonien et Senghor a produit Abdou Diouf ,Mandela a Thabo M`beki et Sekou toure lui a fait le General Conte.Vous minimiser la dictature de sekou,tantq l`echec de la premiere republic et les victime de son regime n`est pas elucide,la sante ne sera pas proche de nous.rien de seriux dns ton article.tu saute meme la ou tu dois mentionne sekou dns ton article.sekou qui insorer les evacuation sanitaire en guinee.Mes freres Guineens tout les malheurs de la Guinee ce l`heritage sans fond et sans repere de sekou...allez vous faire foutre les Pdgiste.mentenant il recherche un theme a disserter.
Dieng Boubacar, mardi 22 juillet 2008
je crois que voua avez analyse la situation exactement comme elle se presente mais je puis vous rassurer que vous demandez l`impossible au gouvernement Souare! la Guinee de 1984 continue a etre la meme Guinee en 2008. Nous avons besoin d`une <> et cela n`est possible qu`avec des hommes nouveaux et patriotes et non ces pourritures qui font la honte de la nation. J`insiste une Guinee nouvelle est pratiquement impossible avec ceux qui nous gouvernent aujourd`hui! si j`ai la liberte de penser
MAMANE KABA, mardi 22 juillet 2008
IL N`YA PLUS VRAI QUE CE VOUS AVEZ ÉCRIT SUR CONTÉ, CAR EFFECTIVEMENT IL EST UN DÉMON DANS LA PEAU D`UN SAGE. C`EST UN MR QUI N`A PAS HONTE, IL N`A PAS PEUR DES PÊCHÉS MAIS IL A PEUR DES ARMES.
gassama bengaly, lundi 21 juillet 2008
MONSIEUR, votre article souligne le constat commun de tous les guinéens soucieux de l`état désespérant de se pays qui se dégrade au jour le jour. VOUS conviendrez qu`un président de la république est certainement le pivot de toutes les institutions de sa sa nation. CELA ne peut etre merité si le président lui meme perd toutes ses facultés de gouverner. presque 50 ans d`indépendance la guinée n`a pas pu se construire un hopital qui puisse repondre aux besoins de la population. Tant que conté et son clan sont au pouvoir , notre pays ne sortira pas de l`ornière. LANSANA CONTE , c`est le diable dans la peau du sage.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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