dimanche 14 septembre 2008
Guinée: Démocratie et corruptions
Ibrahima Diallo

En effet, il y a lieu finalement de se poser la question de savoir s’il est possible d’instaurer la démocratie et surtout un gouvernement fiable et efficace avant l’éradication des corruptions ; ou tout au moins avant de les avoir réduites en dessous de leur point de nuisance.

Contrairement à ma conviction profonde, mes chers compatriotes, El Hadj Soumah et Ibrahima Kylé avaient, justement, émis des réserves sur l’organisation en catimini d’élections à tout prix. Finalement, je suis obligé d’admettre qu’ils ont perçu le danger à long terme mieux que moi. N’étant pas un "politicien", je me remets régulièrement en cause à la lumière des événements avec beaucoup de doutes et peu de certitudes (sauf pour le PDG).

Deux choses m’ont ouvert un peu plus les yeux et corroborent les analyses d’El Hadj Soumah et Ibrahima Kylé :

-          L’interprétation de la situation socio politique présente en Guinée et le récent imbroglio "narco politique" à Conakry ;

-          Ma lecture actuelle du livre d’Alan Greenspan (ancien Chairman de la Federal Reserve des USA), "The Age of Turbulence" dans lequel Gorbachev justifiant le manque de démocratie totale en Russie et l’attitude autoritaire, dictatoriale du Président Poutine, dit que ce dernier lui aurait expliqué que « l’influence des groupes mafieux et d’autres est si grande que les élections deviennent réduites à une situation de vendeurs-acheteurs (de votes, NDLR) (…) parce qu’on ne peut pas avoir une démocratie et combattre le crime et la corruption si des éléments criminels sont capables d’infiltrer/s’infiltrer les/dans rangs du Gouvernement ainsi (en se servant des élections, NDLR)»*.

Vladimir Poutine n’a pas tord lorsque l’on observe la politique en Italie, par exemple, où les hommes politiques sont plutôt "douteux". Pas étonnant donc qu’ils se soient fixé des émoluments qui font que les parlementaires italiens soient parmi les mieux payés d’Europe (plus que les pays plus riches). Même au niveau du parlement européen, les Italiens se font remarquer en utilisant des méthodes peu orthodoxes pour gonfler leurs indemnités et autres paiements. Pas étonnant non plus que Berlusconi ait pu "s’acheter" le Pouvoir encore une fois et redevenir Premier Ministre. L’Italie a eu la démocratie dictée par l’intérêt des " puissants ". Donc, mauvais exemple à suivre pour nous ! 

Il a fallu que je lise ce passage pour comprendre la pertinence de la réserve des mes deux compatriotes concernant les législatives. Ces aspect et réalité de la vie guinéenne m’avaient échappé car je minimisais leur impact général sur toute tentative d’instauration de bonne gouvernance. Ce dilemme "Poutinien russe" est d’actualité et bien à propos en Guinée où avec peu d’argent (comparé à ailleurs), quel que soit son origine (pour l’argent), on devient vite célèbre et admiré avec beaucoup de fans. Ceci nous amène à nous poser la question "épistémologique" de savoir de l’œuf et de la poule qui a engendré l’autre en premier. Vous ne suivez pas ? Attendez ! Dans le cas spécifique de la Guinée d’aujourd’hui, de la lutte contre les corruptions (morale incluse) et de l’instauration de la démocratie, laquelle doit-elle précéder l’autre pour espérer un succès fiable et durable de la démocratie ? Dans le cas spécifique de la Guinée, est-il possible que ces deux processus puissent progresser concomitamment ? En effet, il serait regrettable et un gâchis de plus d’organiser des élections biaisées qui légitimeraient les "forces du mal" qui ont ruiné et cassé le Pays. Tout est connu et a été dit sur notre pays, nous n’allons pas en dire plus. Que faire donc ? Car maintenir le statu quo est intenable. Faire appel à l’Armée n’est pas une option non plus ; surtout après son attitude récente car cela reviendrait à cautionner ses actions de 2007 et 2008 et la récompenser. Et si les élections étaient retardées pour lutter contre les corruptions d’abord et mettre en place des institutions fiables ; à qui ferions-nous confiance pour accomplir "bénévolement " et patriotiquement cette noble tâche et se retirer, comme Mandela ? Je ne vois personne parmi les personnalités ou structures connues ! Ce sont ces corruptions qui ont mis à mal la cohésion sociale et menacent l’unité nationale. Et si notre Général disparaissait subitement, ce serait un saut dans l’inconnu car le Président de l’Assemblée Nationale n’a ni l’autorité ni la légitimité (il est contesté) nécessaires pour assurer sereinement la transition. Si toutefois, cela arrivait, il faudra faire face avec le moindre de dégâts. Néanmoins par rapport au scepticisme quant aux législatives, il faut faire un choix entre le pire et le moindre mal. Je ne vois aucune organisation/force populaire organisée et efficace capable de mobiliser encore une fois la population afin d’imposer une équipe de transition neutre, non plus. Le processus des élections étant lancé et s’il va jusqu’au bout, la prochaine échéance à observer sera la proclamation des résultats qui nous édifiera (hélas, trop tard) si nos craintes étaient fondées ou pas. De toutes façons, vu le manque de leadership vaillant capable de prendre des risques, que pouvons-nous faire d’autre que croiser les doigts et espérer que les résultats des législatives soient plus acceptables que nous le craignons. Pour finir, quoique ces élections ne donnent plus aucune garantie d’équité et de transparence et nous n’avons aucun moyen de changer la situation ; donc contre mauvaise fortune faisons bon cœur et wait and see.   

Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK

* The Age of Turbulence, page 325

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Vos commentaires
El Hadj Soumah, mardi 16 septembre 2008
Mes chers compatriotes, Il n`y a que les imbéciles qui ne changent pas d`idée dit-on! De la même façon que notre très inspiré Londonien s`accorderait à douter de la bonne tenue des législatives financées de l`extérieur et dont la date ne fait qu`être repoussée, je commençais aussi à me demander si la solution ne se trouverait pas entre les mains des militaires avant la parenthèse Pivi! J`ai tjs été frileux vis à vis des hommes en tenue, contrairement à Dramane, Bilo..... Mais j`en suis, tout comme la majorité des Guinéens, à devoir pactiser avec le diable afin d`en finir avec les 2 précédents Régimes. L`horizon s`assombrit de + en + et tout le monde retient son souffle. Mais jusqu`à quand? Kylé vient de donner l`idée d`une nouvelle stratégie afin que la solution vienne de la diaspora. Why not? Devrions-nous être ainsi/autant méprisés au point de ne même pas être pris en compte pour les futurs scrutins? Ne pourrions-nous pas pousser la réflexion sur une autre façon de gouverner à l`africaine, et mettre la pression au point de demander à la population de ne plus accepter qu`un seul groupe électrogène ne fonctionne, au risque de s`attaquer aux réfractaires? Ne croyez-vous pas que nos gouvernants trouveraient aussitôt des solutions pour l`électrification du pays, tout simplement pcq nous serions tous logés à la même enseigne sous la chaleur de la nuit, l`insécurité et les piqures d`insectes, entre autres? Mes chers, pourquoi les coupures n`interviennent-ils pas à des moments cruciaux (pour les jeunes surtout) comme la CAN ou le Mundial? Bref, il y a un constat et un avis partagé par tous : la solution se trouverait en dehors du pays car le Guinéen intramuros n`a plus la faculté ni la force de réagir. Il croule sous le poids de la gestion du quotidien et l`attente de la providence. Mais ce qui reste sûr, c`est qu`aucun Régime de la sous-région ne pourrait tenir longtemps si ses expatriés décidaient unanimement de fermer le robinet. Quand le Président Toumani Touré sort de l`Elysée, il s`éloigne du tapis rouge pour foncer à Bamako-sous-Bois (Montreuil et ses environs) à la rencontre de la communauté malienne pour laquelle le pays se montre reconnaissant, et que la France "méprise". Imaginez le sort du pays à très court terme s`il y avait la volonté manifeste de s`accaparer nos compétences et notre puissance financière? Notre problème n`est pas une affaire de leadership, mais un manque criant de prospective, d`humilité et d`organisation. Etre à la tête d`une structure ne se décrète pas, ça se mérite et tout devient naturel. Le problème n`est pas QUI (après) mais MAINTENANT. That`s it. Bonne fin de krm à tous et mille excuses à nos frères chrétiens car la Guinée n`est plus un Etat laïc. Les Ivoiriens disent : c`est gâaaté. Bien à vous. El Hadj.
MAMADOU SAIDOU DIALLO,Londres, lundi 15 septembre 2008
Thank you Mr Tutankhamon.Frankly, i`m impressed by your reaction. You`ve had the intellectual courage to admit your mistake, which the majority of our compatriotes lack of.I can only encourage and praise you. Unfortunately, i did not have the opportunity to read ALLAN GREENPAN.But as you rightly indicated I also suspected this copy and paste practice in Mr Diallo`s article.However, Mr Diallo also made some good points.He equally made some points that I don`t agree with. I wouldn`t say they are wrong because I desagree with them. As long as opinion is concerned, I believe that evrybody is entitled to his or her opinion.But when it comes to facts, nobody on earth is entitled to one. We shoudl be cautious and distinguish the normative from the positive,our personal opinion from the reality, the fact, the truth....Sadly the majority of our journalists lack of this basic wisdom. Rather than informing us, they intoxicate us. Thank you and keep in touch!!
tutankhamon, lundi 15 septembre 2008
Thank you Saidou for your contribution in this subject.the matter in this subject as you said , is not about the author`s knowledege of someone using one of his quote,that has noting to do with pledjurism.But in this case,your fellow Mr Diallo use the entiere work of someone else and compare it with guinean problem.There is the matter,take a look at the body paragraph of your fellow Mr Diallo,and go read the book of ALLAN GREENSPAN,you will see what i`m talking about.
MAMADOU SAIDOU DIALLO,Londres, lundi 15 septembre 2008
Mr Tutankhamon, we dont expect you to agree with the entire article of Mr Diallo, yet we`d appreciate if you would make constructive critics. Indeed Mr Diallo is not entirely right, but his analysis contents some elements of truth. You accuse him of pleajurism, while yourself have no idea of the meaning of the concept.For your information pleajurism is quoting someone words without attributing it to him of her. You dont necessarily needs his or her consent!!!! In his article Mr Diallo clearly mentioned the name of the author of the quote. Furthermore, if your definition of pleajurism was accurate, I would have failed all my essays and exams!!Thankfully, this is nnot the case. In my essays and courseworks, I have repeatedly quoted HEDLEY BULL,a late eminent professor of International Relations at Harward, LSE and Cambridge. I have also quoted KENNETH WATLZ and many other eminent IR schoolars. But in all cases I have never had their consent. All I did was to attribute them the quotes. With the specific case of HEDLEY BULL, there was no way I could have his consent since his is no longer of this world. Finally, all my essays were marked by outsanding academics including professor BOB SELF, professor MORIS GLASMAN, professor JEFFREY HEYNES et.. Kind regards!
tutankhamon, lundi 15 septembre 2008
MR Diallo You have to be careful about what you are doing right now.You should know that using someone else word without his knowledge is pledjurism.
Dramane Toure [, lundi 15 septembre 2008
Ibrahima, C`est le drame du suffrage universel,il ne garanti ni la competence ni l`integrite des elus.C`est la porte ouverte parfois aux mafieux "d"acheter" le pouvoir en achetant les suffrages des citoyens aux moyens de la corruption. C`est verifié en Italie,une crapule est au pouvoir et a fait voter une loi qui le protege.En guinée,les partis s`achetent et les militants avec!Le cas Guinéen est encore rendu plus complexe avec l`inexistence de l`Etat. Il n`y aura aucune solution qui ne passe pas par la rue,une vraie revolution qui portera au pouvoir des hommes determinés à creer une nouvelle Guinée.Franchement je suis pour le changement meme du nom du pays. DRA
Mamadou Oury Diallo, Ontario (Canada), lundi 15 septembre 2008
Mr Diallo, j`ai bien apprecié cette analyse, non pas pour sa clairvoyance, mais pour les questions quelle pose. En effet, par où commencer? Lutte contre la corruption où démocratie? Pour tout vous dire Mr Diallo, si nous devons attendre d`éradiquer la corruption pour penser à la démocratie, jamais nous n`avancerons car nous ne pouvons que minimiser la corruption. Par contre, plus de démocratie est même un gage de lutte contre la corruption car; en arrivant par exemple à institutionnaliser ou constitutionnaliser un organe de lutte contre la corruption, en arrivant à constitutionnaliser la no,ination parlementaire du gouverneur de la banque centrale, en arrivant à réaliser la refrome judicaire, certes, vous l`avez mentionné, nous n`avons pas de personnalité aptes pour l`instant, mais ce sont justement ces structures qui font émerger les hommes d`Etat. Alors je vous invite Mr Diallo à faire de la lutte démocratique une cause et à adopter une logique de reforme d`abord. Oui, vous l`avez aussi mentionné, aui pour engager ces reformes? A ce niveau je m`enpresse de vous repondre que ces causes ne sont obligatoirement pas des luttes politiciennes, la société civile au sens large est la première concernée et elle est capable de porter ces reformes. Quant aux élections législatives, laissez moi vous dire Mr Diallo, en dépit de la théorie africaine de "... personne n`organise des élections pour les perdres..." que très souvent elles reserves des surptises à ceux qui les organisent, referez vous tout simplement au cas du Kenya et du Zimbabwe.En effet, cette théorie n`est valable que tant que la population n`est pas démocratiquement mature et socialement éprouvée. Le PUP et Mr Somparé sont nos cibles et nous ne devons jamais perdre de vue que tout les hauts cadres du PUP, qinsi que les responsables des institutions républicaines, sont redevable devant la justice guinéenne. Ainsi, Mr Diallo, pour finir, je vous demanderai tout simplement de ne point minimiser ce dont vous êtes capable et surtout ce dont le peuple de Guinée en est capable. Sincères salutations!
sidimé Alpha, lundi 15 septembre 2008
Mon cher frère, vous aviez tout dit, le cas guinéen est toute autre chose. Il nous faut une veritable manifestation, determinée cette fois-ci pour boutter hors du commun ces bandits. Maintenant à quand et comment c`est la seule voie royale qu`il faut chercher pour obtenir un bonheur

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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