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En effet, il y a lieu finalement de se poser la question de savoir s’il est possible d’instaurer la démocratie et surtout un gouvernement fiable et efficace avant l’éradication des corruptions ; ou tout au moins avant de les avoir réduites en dessous de leur point de nuisance. Contrairement à ma conviction profonde, mes chers compatriotes, El Hadj Soumah et Ibrahima Kylé avaient, justement, émis des réserves sur l’organisation en catimini d’élections à tout prix. Finalement, je suis obligé d’admettre qu’ils ont perçu le danger à long terme mieux que moi. N’étant pas un "politicien", je me remets régulièrement en cause à la lumière des événements avec beaucoup de doutes et peu de certitudes (sauf pour le PDG). Deux choses m’ont ouvert un peu plus les yeux et corroborent les analyses d’El Hadj Soumah et Ibrahima Kylé : - L’interprétation de la situation socio politique présente en Guinée et le récent imbroglio "narco politique" à Conakry ; - Ma lecture actuelle du livre d’Alan Greenspan (ancien Chairman de la Federal Reserve des USA), "The Age of Turbulence" dans lequel Gorbachev justifiant le manque de démocratie totale en Russie et l’attitude autoritaire, dictatoriale du Président Poutine, dit que ce dernier lui aurait expliqué que « l’influence des groupes mafieux et d’autres est si grande que les élections deviennent réduites à une situation de vendeurs-acheteurs (de votes, NDLR) (…) parce qu’on ne peut pas avoir une démocratie et combattre le crime et la corruption si des éléments criminels sont capables d’infiltrer/s’infiltrer les/dans rangs du Gouvernement ainsi (en se servant des élections, NDLR)»*. Vladimir Poutine n’a pas tord lorsque l’on observe la politique en Italie, par exemple, où les hommes politiques sont plutôt "douteux". Pas étonnant donc qu’ils se soient fixé des émoluments qui font que les parlementaires italiens soient parmi les mieux payés d’Europe (plus que les pays plus riches). Même au niveau du parlement européen, les Italiens se font remarquer en utilisant des méthodes peu orthodoxes pour gonfler leurs indemnités et autres paiements. Pas étonnant non plus que Berlusconi ait pu "s’acheter" le Pouvoir encore une fois et redevenir Premier Ministre. L’Italie a eu la démocratie dictée par l’intérêt des " puissants ". Donc, mauvais exemple à suivre pour nous ! Il a fallu que je lise ce passage pour comprendre la pertinence de la réserve des mes deux compatriotes concernant les législatives. Ces aspect et réalité de la vie guinéenne m’avaient échappé car je minimisais leur impact général sur toute tentative d’instauration de bonne gouvernance. Ce dilemme "Poutinien russe" est d’actualité et bien à propos en Guinée où avec peu d’argent (comparé à ailleurs), quel que soit son origine (pour l’argent), on devient vite célèbre et admiré avec beaucoup de fans. Ceci nous amène à nous poser la question "épistémologique" de savoir de l’œuf et de la poule qui a engendré l’autre en premier. Vous ne suivez pas ? Attendez ! Dans le cas spécifique de la Guinée d’aujourd’hui, de la lutte contre les corruptions (morale incluse) et de l’instauration de la démocratie, laquelle doit-elle précéder l’autre pour espérer un succès fiable et durable de la démocratie ? Dans le cas spécifique de la Guinée, est-il possible que ces deux processus puissent progresser concomitamment ? En effet, il serait regrettable et un gâchis de plus d’organiser des élections biaisées qui légitimeraient les "forces du mal" qui ont ruiné et cassé le Pays. Tout est connu et a été dit sur notre pays, nous n’allons pas en dire plus. Que faire donc ? Car maintenir le statu quo est intenable. Faire appel à l’Armée n’est pas une option non plus ; surtout après son attitude récente car cela reviendrait à cautionner ses actions de 2007 et 2008 et la récompenser. Et si les élections étaient retardées pour lutter contre les corruptions d’abord et mettre en place des institutions fiables ; à qui ferions-nous confiance pour accomplir "bénévolement " et patriotiquement cette noble tâche et se retirer, comme Mandela ? Je ne vois personne parmi les personnalités ou structures connues ! Ce sont ces corruptions qui ont mis à mal la cohésion sociale et menacent l’unité nationale. Et si notre Général disparaissait subitement, ce serait un saut dans l’inconnu car le Président de l’Assemblée Nationale n’a ni l’autorité ni la légitimité (il est contesté) nécessaires pour assurer sereinement la transition. Si toutefois, cela arrivait, il faudra faire face avec le moindre de dégâts. Néanmoins par rapport au scepticisme quant aux législatives, il faut faire un choix entre le pire et le moindre mal. Je ne vois aucune organisation/force populaire organisée et efficace capable de mobiliser encore une fois la population afin d’imposer une équipe de transition neutre, non plus. Le processus des élections étant lancé et s’il va jusqu’au bout, la prochaine échéance à observer sera la proclamation des résultats qui nous édifiera (hélas, trop tard) si nos craintes étaient fondées ou pas. De toutes façons, vu le manque de leadership vaillant capable de prendre des risques, que pouvons-nous faire d’autre que croiser les doigts et espérer que les résultats des législatives soient plus acceptables que nous le craignons. Pour finir, quoique ces élections ne donnent plus aucune garantie d’équité et de transparence et nous n’avons aucun moyen de changer la situation ; donc contre mauvaise fortune faisons bon cœur et wait and see. Ibrahima Diallo - "Ollaid", Londres, UK * The Age of Turbulence, page 325
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