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Les regards sont, à nouveau, tournés vers la Guinée. Au sortir de la crise de la semaine dernière, l’opinion publique nationale et internationale s’attend à la formation du gouvernement Souaré. Tout le monde espère que la Guinée qui, une fois de plus, a été ébranlée par un conflit que l’on pourrait appeler militaro-militaire retrouve le calme et la sérénité. Cependant, ce n’est pas l’optimisme qui prévaut chez les observateurs. La résolution, presque spectaculaire, de cette crise dont on ignore encore les tenants et les aboutissants ne rassure pas la majorité des Guinéens. Bon nombre d’entre eux, estiment avoir une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Mais, dans l’immédiat, c’est la formation du futur gouvernement qui focalise l’attention. Déjà, les supputations commencent. Comme d’habitude, c’est sur le net qu’on voit les scénarios les plus invraisemblables. Soit, on nous parle d’une main invisible du clan présidentiel, soit on trouve à Lansana Kouyaté, après l’avoir voué aux gémonies pendant un an, des acquis et qualités à sauvegarder. Pire, une fois de plus, on tente de remettre sur le plateau les sentiments ethniques en déterrant des liens de parenté entre tous les présupposés à un quelconque poste ministériel. Cette démarche est d’autant plus fallacieuse qu’elle ne donne aucune preuve ; aucune source fiable n’est citée pour étayer les propos. On se contente de nous dire : « d’après les proches de la présidence ; l’entourage du nouveau Premier Ministre ; tel et tel ont l’appui de l’entourage du président Conté ; celui-ci est le chauffeur de… ou le cousin de celui-là ; un frère du côté maternel de Mme X ». Les inventions ne sont comparables qu’à la fertilité d’esprit ou la propension de certains Guinéens de vouloir tout connaître. C’est ainsi qu’en se basant sur des subjectivités, on dévoile aux lecteurs des noms d’anciens ministres susceptibles d’être maintenus à leur poste et d’autres qui feront leur entrée dans le nouveau gouvernement. Moi, je dis clairement, qu’on ne commence pas à gêner ou critiquer une personne qu’on n’a pas vue à la tâche. J’avais demandé qu’on laisse les coudées franches à M. Lansana Kouyaté qui, hélas, n’a pas mis à profit la situation exceptionnelle dont il a bénéficié. Il faut qu’on arrête de nous bassiner de noms ; d’égrener des mensonges pour intoxiquer l’opinion. Ce qui est très dommage, chacun prétend être dans les coulisses du pouvoir guinéen et en connaître les dessous. Notre pays a plus que besoin de femmes et d’hommes capables, patriotes et consciencieux pour mener les réformes nécessaires. Il faut des cadres qui mettent l’intérêt supérieur de la nation et du peuple au-dessus de tout. Si le futur gouvernement répond ou non à de tels critères, le peuple appréciera. Un environnement politique favorable (même s’il n’égale pas celui dont a bénéficié M. Kouyaté) s’offre à M. Souaré pour mettre en place un gouvernement qui puisse convenir à nos compatriotes. Avant tout, il est, comme son prédécesseur, Premier Ministre, Chef de Gouvernement. Ce statut lui donne beaucoup de prérogatives. Reste à savoir s’il en fera bon usage. En tout état de cause, certaines précautions lui permettraient d’éviter de retomber dans les erreurs du passé. Il lui faut un gouvernement dont le contour ou la configuration est bien définie. Les notions de « gouvernement de consensus » ou de « large consensus » sont vagues. Leur pratique n’a pas été efficiente dans le passé politique dont on vient, à peine, de sortir. Quant au gouvernement de transition, la situation guinéenne ne s’y prête pas. Dans tous les cas, une transition a rarement produit des effets positifs tant et si bien que tout est envisagé à court terme. Et l’on sait qu’une politique qui ne s’inscrit pas dans le long terme est vouée à l’échec. Il faudrait donc un gouvernement d’Union Nationale qui soit représentatif de toutes les forces politiques, sociales et syndicales du pays. Les Guinéens semblent y être favorables. Un gouvernement qui se réclame comme tel, doit être : - national : refléter la diversité ethnique, religieuse et régionale du pays ; - d'Union Nationale : intégrer en son sein les différentes forces politiques ; - consensuel : gouvernement de dialogue soucieux du dialogue, de la concorde, de la réconciliation nationale et de l'appui de toutes les forces vives ; - s’ouvrir au secteur privé ; - intégrer la jeunesse ; - faire appel aux Guinéens de l’extérieur. Sur ce dernier point, j’apporterai mon opinion qui, je m’en doute, risque de déranger. Selon moi, il faudrait éviter de créer un Ministère des Affaires Etrangères fourre-tout à l’image de celui qui a été mis en place par le gouvernement Kouyaté. L’expérience montre qu’un tel ministère a souvent été une épithète ou un complément d’effectifs qui n’a jamais rien résolu. Il vaut mieux un Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération au sens traditionnel que cette vaste chancellerie-promenoir où viennent errer les Guinéens de l’étranger sans jamais trouver de solutions à leurs problèmes. Un tel ministère a surtout servi de carte de visite pour extorquer quelques fonds et se faire une image auprès de Guinéens qui sont, le plus souvent, dans des situations précaires. Au mieux, c’est un réceptacle de membres d’associations qui, le soir, dénoncent le gouvernement en place et se rendent le matin à l’ambassade de Guinée pour assister à des réunions ou boire une tasse de café. Pourrait-on aussi penser à un Secrétaire d’Etat ? Cette option ne serait pas à exclure. Le poste de Premier Ministre est éminemment politique. Cet aspect a souvent été négligé par bon nombre de personnes qui ont occupé cette place. Il va falloir donc, pour employer une expression imagée, se débarrasser de ses habits de technocrates pour se tailler une tenue de leader-rassembleur. C’est là que réside l’une des clés de la réussite. Ces critères, une fois pris en considération, il y a sûrement des écueils à éviter. Je ne m’appesantirai pas là-dessus : le Premier Ministre est mieux placé pour savoir ce dont il s’agit. Enfin, il ne faut pas hésiter de mettre les cadres valables au poste qu’il faut. Cela signifie que les patronymes qui sont une réalité guinéenne ne doivent pas être perçus comme un handicap à la formation du futur gouvernement. Seuls les gens mal intentionnés perçoivent un acte à caractère ethnique dans la nomination au poste qu’il mérite d’un Zoumanigui, d’un Kéita, Bangoura, Sylla Bah, Sidibé, Diallo, Tolno, Kolivogui, Soumah. Tout Guinéen mérite, à condition de tenir compte de la diversité nationale, la fonction dont il est à la hauteur. Le chantage ethnique, comme on le voit déjà sur le net, ne doit pas prendre le dessus sur l’appartenance nationale dont chacun d’entre nous peut se faire prévaloir ! Lamarana Petty Diallo, Rédacteur en chef de kibarou
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