La terreur érigée en épouvantail dissuasif a été le mode privilégié d’exercice du pouvoir dans les anciens grands foyers de dictature en Afrique. Or, de tous les excès et abus de pouvoir, le terrorisme d’État est le plus coupable, le plus pernicieux et le plus exaspérant. Si certains pays du continent ont pu percevoir la nécessité de s’en émanciper pour avancer, d’autres par contre, continuent malheureusement à y languir. C’est le cas de la Guinée, pays qui peine encore à prendre son envol économique, malgré l’immensité de ses ressources.
Le clash survenu à Conakry le 28 Septembre 2009, entre le CNDD et les Forces vives Guinéennes, est la preuve que l’usage de la force létale est encore légion en Afrique Subsaharienne. Et, la terreur, le PDG l’a pratiquée tout le long de son règne. Le CMRN aussi en a fait usage, surtout vers la fin de son règne.
D’ailleurs, le fait que le phénomène soit encore de saison chez nous, montre à quel point notre pays s’est fossilisé depuis son avènement à l’indépendance. Mais si jusque là, on n’a pas réussi à inverser la tendance à la résurgence des épisodes mortifères de notre passé proche et lointain, c’est parce que nos politiques étaient trop divisés, et leurs forces trop dispersées pour inquiéter le pouvoir en place. Au lieu de dissoudre les barrières socioculturelles entre leurs électorats, de briser le caractère foncièrement ethno régional de leurs formations politiques respectives, d’unir leur force et d’organiser leur combat, ils ont préférés garder le silence, soit parce que les arithmétiques ethniques les avantageaient ou soit parce que les affinités intercommunautaires militaient en leur faveur, pour la course à la présidence de notre pays.
Bechir Ben Yahmed montre qu’il en sait surement quelque chose dans son article paru dans jeune Afrique (No 25 43), dans lequel il affirme s’agissant de la Guinée, que
« Ses Forces vives ? Dix chefs de partis rivaux, qui ne se distinguent l’un de l’autre que par la dominante ethnique et dont aucun ne représente la nation guinéenne dans son ensemble.
Tant qu’il en sera ainsi et que les Forces vives guinéennes ne se reconnaitront pas en un fédérateur, il sera difficile d’aider ce pays à sortir de la dictature et de la mauvaise gouvernance….
1. Parce qu’ils (les leaders politiques) étaient divisés - et qu’ils le sont encore -, ils n’ont pas su faire partir Lassana Conte, même lorsqu’il s’est trouvé très affaibli par l’âge et la maladie.
2. Pour la même raison, alors que la mort était prévisible et même annoncée, et que le pays n’était plus gouverné que par une camarilla, ils sont restés inertes en attente de « l’événement ».
N’est ce pas incroyable. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’auteur de ces lignes est un journaliste de jeune Afrique d’origine Algérienne.
Quoi qu’il en soit, la classe politique commence à réaliser son erreur, source de sa faiblesse et par conséquent, de son échec face aux régimes qu’elle a combattus. C’est pourquoi, le 28 Septembre elle a rassemblé ses forces pour infliger un cuisant échec au CNDD qui se veut l’épigone parfait de son prédécesseur. Mais si toutefois, cette brève victoire signifie que le pays est en passe de regagner la rive de la démocratie il n’en demeure pas moins que la traversée sera encore périlleuse parce que, parsemée d’embuches. C’est pourquoi les élections, à mon sens, ne sont pas indiquées en ce moment, chargé de tensions intercommunautaires, ou circulent des tracts incitant à la haine. Il serait en revanche utile que les forces vives embrassent la création d’un gouvernement d’union nationale.
En tout cas, surseoir à l’organisation des élections présidentielles pour une période de 12 à 18 mois, serait utile et salutaire pour la simple raison que ce temps sera mis à profit pour mettre de l’ordre dans notre maison commune en œuvrant:
a) Au rapiècement et à la consolidation des lambeaux du tissu social émietté,
b) Au renforcement des institutions démocratiques au cœur des préoccupations de la communauté internationale.
c) A la révision de la constitution aujourd’hui vidée de son sens originel par les tenants du régime défunt.
Quoi qu’il en soit, la réussite de ce projet dépendra de la disposition de nos leaders à se forger un tempérament d’acier, c'est-à-dire un caractère monolithique incessible, qui leur permette d’essuyer les injures et les médisances des uns et des autres, d’éduquer le peuple, de cultiver l’amour, la tolérance et le sens du compromis, sans se laisser abattre ou se présenter en victime, comme le ferait un citoyen ordinaire. Tout devient bien possible avec le caractère, surtout que celui ci est la quintessence de la personnalité humaine, de laquelle dépend en grande partie la réussite de toute entreprise humaine. Et, Elmer E. Knowles, avait vu juste en disant que «le caractère est le facteur essentiel de notre individualité. Il est la grande force qui guide, stimule et dirige toute notre activité, et qui régit toutes les nations de ce monde. C’est lui qu’il faut chercher derrière toute pensée, toute action. Il peut être fondé sur un roc inébranlable ou sur des sables mouvants. Il dépend d’une puissance immense autant que mystérieuse : l’esprit. »
La nécessité de surseoir á toute élection dans le délai ci-haut indiqué, est d’autant plus impérieuse que la Guinée est devenue un pays où les arithmétiques ethniques, les affinités et les proximités interethniques comptent plus que le programme politique ou la capacité intellectuelle et professionnelle des candidats déclarés pour la présidence. Autrement dit, les chances d’un candidat de briguer un mandat chez nous, se mesurent, non pas par les prouesses politiques de celui-ci ou la consistance des caractéristiques organisationnelles et le niveau de représentativité territoriale de son parti, mais par le rapport numérique et le sens des relations socio historiques entre différentes communautés. Et, cette donne ne tient même pas compte du caractère relatif de la différenciation ethnique, fait d’autant préoccupant que la majorité des intellectuels du pays, semblent soutenir leurs candidats pour raison de proximité ou d’appartenance à la même ethnie (ceci n’est basé sur aucune étude, mais sur une simple expérience personnelle). C’est pourtant, ce type de communautarisme identitaire transposé dans le champ politique qui nous empêche d’avancer dans le sens souhaité, et dont s’est servi et servent encore nos dirigeants pour mieux abattre les forces de l’opposition.
S’il y’a un autre fait qui devrait nous obliger à refuser des élections précipitées, c’est bien cette espèce de déloyauté qui domine la concurrence politique. Les membres des différents partis s’engagent à se diaboliser mutuellement, chacun cherchant à nuire au leader du parti de l’autre au motif que celui-ci est un adversaire de taille dans la course pour le contrôle du pouvoir politique. Pie, on maudit l’ethnie d’autrui, considérée comme imparfaite et indigne du pouvoir. Pourtant, on sait bien que la perfection n’est pas de ce monde, et qu’á chaque leader ses qualités et ses défauts. Et de même, à chaque communauté ou culture, ses mérites et ses tares culturelles. C’est pour cette raison, qu’il doit être reconnu qu’il n’y a pas de culture-modèle dans notre pays. Chacun de nous devrait s’efforcer à tenir compte des aspects positif et négatif de sa personnalité ou de sa culture, dans ses rapports avec les autres. Ce n’est que comme ça qu’on évoluera en nation.
Pour finir, je tiens à affirmer que l’histoire rattrapera les auteurs des tracts honteux qui circulent au pays. Les responsables et de la rédaction et de la distribution de tout prospectus incitant à la haine, seront jugés et condamnés. Il n’y a aucun doute là dessus. Qu’ils s’avisent surtout que le genre de comportement dont ils font montre, fait parti de l’éventail des phénomènes ataviques inhérents à l’évolution de toute société démographiquement hétéroclite. Et puisqu’une telle société tend vers un Etat-nation, lesdits phénomènes ataviques finissent toujours par disparaître. Ceux qui connaissent l’histoire du RU, des Etats-Unis de la Belgique par exemple, savent que des tensions interraciales et/ou interethniques ont longtemps paralysé la cohésion sociale de ces pays, avant de faire partie de l’histoire. Chez nous aussi, il viendra un temps où nous neutraliserons juridiquement, tous les esprits rétrogrades qui cherchent à compromettre nos chances de bâtir une nation, au sein de laquelle, toutes les composantes vivraient ensemble dans l’harmonie. Ce temps n’est plus loin et nul ne peut inverser le cours de notre histoire. C’est pourquoi, avant d’y être contraint, nous devrions prendre du recul et cesser de vivre á l’époque ante-coloniale ; de pécher dans la concurrence déloyale ; de nous comparer á nos voisins qui n’ont pas vécu les mêmes réalités que nous ; de tournicoter et de nous morfondre sur nos malheurs pour prendre notre destin en main afin qu’ensemble nous construisions une nation unie et prospère qui fera parler d’elle.
Bien à vous
A. Modibo TRAORE, UK
www.guineeactu.com