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74 années! C’est le temps d'une vie humaine normale qui sépare la naissance de la sénescence. Le général Lansana Conté les aura vécues au mieux avant de s'éteindre ce dimanche 22 Novembre 2008 a Conakry, où il meurt des suites d'un diabète compliqué et d'une leucémie en phase terminale (sur terrain sénile). Il part laissant derrière lui une famille profondément éplorée et une nation sévèrement déshéritée. Entre l'ici-bas qu'il vient de quitter et l'au-delà qu'il rejoint définitivement, l'ancien colosse de l'armée guinéenne aura fait un parcours étrange et extraordinaire. En voici un bref résumé.
Simple et inculte homme de rang, Lansana Conté participe à plusieurs guerres de libération sur le continent africain. Son périple militaire le mènera de la Guinée Bissau à l'Algérie en passant par l'Angola. Tout se passe en moins d'une décennie entre 1965 et 1975. Il gravit ainsi graduellement, les échelons de la hiérarchie militaire guinéenne jusqu'au grade de colonel à partir duquel il fait irruption sur la scène politique guinéenne, un certain 3 Avril 1984. C'était à la faveur d'un putsch décidé rapidement au milieu de circonstances politiques malheureuses: mort du premier président guinéen Sékou Touré sur fond de crise à sa succession. Le 3 Avril 1984, c'était il y a 24 ans. Conté fut le héros de ce jour, mais un tyran pendant des centaines d'autres.
En peu de mots l'histoire retiendra qu'il fut un militaire défiant au caractère téméraire, un homme d'état qui instaura un régime caractérisé par la répression sanguinaire et la prédation économique. L'on se rappelle qu'en 1984, l'économie du pays se portait déjà mal. Aujourd'hui, Conté la laisse encore plus exsangue que jamais, complètement repoussée au bord du précipice. Malgré tout cela, sa dépouille fera l'objet d’une digne oraison funèbre. Cet honneur n'était pas une récompense. La nation le lui devait beaucoup plus par obligeance que par clémence religieuse. Après tout, n'était-il pas guinéen, père de famille et chef de la nation ? Quoi qu'il en soit, son corps git paisiblement au cimetière de son village natal pendant que les cadres du pays, civils et militaires, se bousculent au vestibule du palais présidentiel pour le contrôle du pouvoir. C'est l'éclatement d'une crise qui était jusque-là couvée par le défunt président.
Cette crise éclot à peine le corps du président refroidi. Quelques heures après l'annonce du décès, une junte militaire opère un putsch, réussi il faut le préciser, sans effusion de sang. Elle suspend aussitôt la constitution et dissout l'assemblée en désignant aux commandes, un quadragénaire diplômé, le capitaine Moussa Dadiss Camara. Mais avant d'entrer en fonction, celui-ci devra d'abord vaincre une petite résistance. Deux hommes s'insurgent contre le coup de force anticonstitutionnel. A. T. Souaré et Aboubacar Somparé, respectivement Premier Ministre et dauphin constitutionnel, ne renonçant pas si facilement à leurs privilèges. Ils peuvent d'ailleurs compter sur la communauté internationale, dont le soutien sera légitimement basà sur l'interprétation des textes constitutionnels. Mieux encore, ils ont l'accord de principe de vieux généraux, prétendument loyalistes. Ce qui faisait pressentir un danger. Mais fort heureusement pour cette Guinée de sages, la protestation sera de courte durée. La position commune des deux civils va être très vite liquéfiée et le drame sera tué dans l'œuf. Le Dr AT Souaré démissionne de gré alors que Somparé (introuvable) renoncerait implicitement, à contrecœur pour ne pas dire de force. Ainsi devenait clos un incident qui aura fait craindre le pire pour la Guinée. Et, une fois de plus, un problème guinéen trouvait une solution guinéenne. Et, celle-là était de loin préférable à la recommandation extérieure basée sur des textes forgés dans le but exprès de maintenir un homme au pouvoir jusqu'à sa mort.
Cependant, si en Guinée le coup de force est consommé, ailleurs, on s'en méfie. Pour la communauté internationale, la constitution devait être respectée, Aboubacar Somparé devait briguer l'honneur du Pouvoir en vue de combler le vide au sommet de l'Etat. Mais malheureusement pour lui, le mandat de l'assemblée avait déjà expiré. Et par voie de conséquence, il ne pouvait se prévaloir de ce droit. Même la constitution qui lui conférait ce privilège avait été forgée et si souvent maltraitée qu'elle n'avait plus aucun sens. Plus encore, le dauphin constitutionnel Aboubabacar Somparé est un homme notoirement impopulaire, de qui aucun rôle messianique ne pouvait être attendu. Il y a aussi un dernier élément qui rend caduque l'option constitutionnelle. Il était impossible d'organiser des élections libres et transparentes dans le délai de 60 jours. Le contexte sociopolitique de l'heure ne l'autorisait pas.
Ainsi, il apparait clairement que l'honorable Aboubacar Somparé était une épine dont on pouvait et devait se passer, alors que la junte était une médaille, même si, à y voir de prés, il y avait beaucoup à craindre d'elle, notamment la présence en son sein de dealers de drogues, de tueurs à gage, membres de "la bande à Coplan". Des gens qui avaient juré allégeance au clan Conté et qui n'hésiteraient pas à faire de la Guinée le Far West de l'Afrique. Cette bande constitue le revers de la médaille. La vigilance doit donc être de mise. De toutes les façons, la Guinée semble sagement préférer la médaille et son revers à l'épine à la pointe acérée, mais temporairement. Et, par prudence, elle ne souhaite ni n'attendra de la Junte qu'elle reste au pouvoir jusqu'en 2010 comme elle le préconise. Le vœux du commun des Guinéens est que la junte organise et supervise des élections libres et transparentes dans un délai d’un an, tout au plus. A la suite de quoi elle doit se retirer dans sa caserne. Ainsi, les civils sauront mieux gérer la nation. C'est de cette manière qu'elle aura accompli une œuvre salvatrice, celle d’éviter le pire à la Guinée.
En somme, il faut dire que l'intervention militaire était une solution exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Elle s'inscrivait dans le cadre d'un élan patriotique, dont le but était surtout de mettre fin aux querelles de clans initiées depuis le temps de Conté. En tout cas les Guinéens peuvent espérer que Moussa Dadiss Camara, qui est entré dans l'histoire par la grande porte , puisse préserver son honneur et éviter de se conteiser (merci a Ollaid de me passer ce néologisme).
En attendant donc qu'il se montre sensible et fasse preuve de bonne volonté, les leaders des partis politiques réfléchiraient déjà à la manière de composer le gouvernement de transition. Tout est donc bien qui finit bien. Souhaitons simplement que d'ici à la fin de cette transition, le nouvel homme fort ne prenne goût et se cramponne au pouvoir. L'armée et le pouvoir ça ne fait pas bon ménage (malgré l'affinité). Mais il y a deux faits qui invitent déjà à penser positivement. Primo, les putschistes sont relativement jeunes. Secondo, ils sont diplômés d'universités. C'est ainsi dire qu'ils comprennent les aspirations et les préoccupations de la population mieux qu'on ne croie. C'est pourquoi il est permis de penser que ce putsch augure des lendemains heureux pour la Guinée et les Guinéens.
Quel que soit le temps de transition, une question fondamentale doit être examinée par les acteurs de la société civiles: Comment exiger aux principaux acteurs politiques de favoriser la diversité ethnique et religieuse au sein des directions de leurs partis. Ce pour briser une cartaine tendance "ethnisante" ou confessionnelle, mère de tous les problèmes politiques du pays
Wa salam
Dr A. Modibo Traore, UK pour www.guineeactu.com
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