dimanche 28 décembre 2008
Guinée : De la mort de Conté au putsch....
A. Modibo Traore

74 années! C’est le temps d'une vie humaine normale qui sépare la naissance de la sénescence. Le général Lansana Conté les aura vécues au mieux avant de s'éteindre ce dimanche 22 Novembre 2008 a Conakry, où il meurt des suites d'un diabète compliqué et d'une leucémie en phase terminale (sur terrain sénile). Il part laissant derrière lui une famille profondément éplorée et une nation sévèrement déshéritée. Entre l'ici-bas qu'il vient de quitter et l'au-delà qu'il rejoint définitivement, l'ancien colosse de l'armée guinéenne aura fait un parcours étrange et extraordinaire. En voici un bref résumé.

Simple et inculte homme de rang, Lansana Conté participe à plusieurs guerres de libération sur le continent africain. Son périple militaire le mènera de la Guinée Bissau à l'Algérie en passant par l'Angola. Tout se passe en moins d'une décennie entre 1965 et 1975. Il gravit ainsi graduellement, les échelons de la hiérarchie militaire guinéenne jusqu'au grade de colonel à partir duquel il fait irruption sur la scène politique guinéenne, un certain 3 Avril 1984. C'était à la faveur d'un putsch décidé rapidement au milieu de circonstances politiques malheureuses: mort du premier président guinéen Sékou Touré sur fond de crise à sa succession. Le 3 Avril 1984, c'était il y a 24 ans. Conté fut le héros de ce jour, mais un tyran pendant des centaines d'autres.

En peu de mots l'histoire retiendra qu'il fut un militaire défiant au caractère téméraire, un homme d'état qui instaura un régime caractérisé par la répression sanguinaire et la prédation économique. L'on se rappelle qu'en 1984, l'économie du pays se portait déjà mal. Aujourd'hui, Conté la laisse encore plus exsangue que jamais, complètement repoussée au bord du précipice. Malgré tout cela, sa dépouille fera l'objet d’une digne oraison funèbre. Cet honneur n'était pas une récompense. La nation le lui devait beaucoup plus par obligeance que par clémence religieuse. Après tout, n'était-il pas guinéen, père de famille et chef de la nation ? Quoi qu'il en soit, son corps git paisiblement au cimetière de son village natal pendant que les cadres du pays, civils et militaires, se bousculent au vestibule du palais présidentiel pour le contrôle du pouvoir. C'est l'éclatement d'une crise qui était jusque-là couvée par le défunt président.

Cette crise éclot à peine le corps du président refroidi. Quelques heures après l'annonce du décès, une junte militaire opère un putsch, réussi il faut le préciser, sans effusion de sang. Elle suspend aussitôt la constitution et dissout l'assemblée en désignant aux commandes, un quadragénaire diplômé, le capitaine Moussa Dadiss Camara. Mais avant d'entrer en fonction, celui-ci devra d'abord vaincre une petite résistance. Deux hommes s'insurgent contre le coup de force anticonstitutionnel. A. T. Souaré et Aboubacar Somparé, respectivement Premier Ministre et dauphin constitutionnel, ne renonçant pas si facilement à leurs privilèges. Ils peuvent d'ailleurs compter sur la communauté internationale, dont le soutien sera légitimement basà sur l'interprétation des textes constitutionnels. Mieux encore, ils ont l'accord de principe de vieux généraux, prétendument loyalistes. Ce qui faisait pressentir un danger. Mais fort heureusement pour cette Guinée de sages, la protestation sera de courte durée. La position commune des deux civils va être très vite liquéfiée et le drame sera tué dans l'œuf. Le Dr AT Souaré démissionne de gré alors que Somparé (introuvable) renoncerait implicitement, à contrecœur pour ne pas dire de force. Ainsi devenait clos un incident qui aura fait craindre le pire pour la Guinée. Et, une fois de plus, un problème guinéen trouvait une solution guinéenne. Et, celle-là était de loin préférable à la recommandation extérieure basée sur des textes forgés dans le but exprès de maintenir un homme au pouvoir jusqu'à sa mort.

Cependant, si en Guinée le coup de force est consommé, ailleurs, on s'en méfie. Pour la communauté internationale, la constitution devait être respectée, Aboubacar Somparé devait briguer l'honneur du Pouvoir en vue de combler le vide au sommet de l'Etat. Mais malheureusement pour lui, le mandat de l'assemblée avait déjà expiré. Et par voie de conséquence, il ne pouvait se prévaloir de ce droit. Même la constitution qui lui conférait ce privilège avait été forgée et si souvent maltraitée qu'elle n'avait plus aucun sens. Plus encore, le dauphin constitutionnel Aboubabacar Somparé est un homme notoirement impopulaire, de qui aucun rôle messianique ne pouvait être attendu. Il y a aussi un dernier élément qui rend caduque l'option constitutionnelle. Il était impossible d'organiser des élections libres et transparentes dans le délai de 60 jours. Le contexte sociopolitique de l'heure ne l'autorisait pas.

Ainsi, il apparait clairement que l'honorable Aboubacar Somparé était une épine dont on pouvait et devait se passer, alors que la junte était une médaille, même si, à y voir de prés, il y avait beaucoup à craindre d'elle, notamment la présence en son sein de dealers de drogues, de tueurs à gage, membres de "la bande à Coplan". Des gens qui avaient juré allégeance au clan Conté et qui n'hésiteraient pas à faire de la Guinée le Far West de l'Afrique. Cette bande constitue le revers de la médaille. La vigilance doit donc être de mise. De toutes les façons, la Guinée semble sagement préférer la médaille et son revers à l'épine à la pointe acérée, mais temporairement. Et, par prudence, elle ne souhaite ni n'attendra de la Junte qu'elle reste au pouvoir jusqu'en 2010 comme elle le préconise. Le vœux du commun des Guinéens est que la junte organise et supervise des élections libres et transparentes dans un délai d’un an, tout au plus. A la suite de quoi elle doit se retirer dans sa caserne. Ainsi, les civils sauront mieux gérer la nation. C'est de cette manière qu'elle aura accompli une œuvre salvatrice, celle d’éviter le pire à la Guinée.

En somme, il faut dire que l'intervention militaire était une solution exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Elle s'inscrivait dans le cadre d'un élan patriotique, dont le but était surtout de mettre fin aux querelles de clans initiées depuis le temps de Conté. En tout cas les Guinéens peuvent espérer que Moussa Dadiss Camara, qui est entré dans l'histoire par la grande porte , puisse préserver son honneur et éviter de se conteiser (merci a Ollaid de me passer ce néologisme).

En attendant donc qu'il se montre sensible et fasse preuve de bonne volonté, les leaders des partis politiques réfléchiraient déjà à la manière de composer le gouvernement de transition. Tout est donc bien qui finit bien. Souhaitons simplement que d'ici à la fin de cette transition, le nouvel homme fort ne prenne goût et se cramponne au pouvoir. L'armée et le pouvoir ça ne fait pas bon ménage (malgré l'affinité). Mais il y a deux faits qui invitent déjà à penser positivement. Primo, les putschistes sont relativement jeunes. Secondo, ils sont diplômés d'universités. C'est ainsi dire qu'ils comprennent les aspirations et les préoccupations de la population mieux qu'on ne croie. C'est pourquoi il est permis de penser que ce putsch augure des lendemains heureux pour la Guinée et les Guinéens.

Quel que soit le temps de transition, une question fondamentale doit être examinée par les acteurs de la société civiles: Comment exiger aux principaux acteurs politiques de favoriser la diversité ethnique et religieuse au sein des directions de leurs partis. Ce pour briser une cartaine tendance "ethnisante" ou confessionnelle, mère de tous les problèmes politiques du pays

Wa salam

Dr A. Modibo Traore, UK
pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Baldé Ibrahima Sory, mercredi 31 décembre 2008
Monsieur Traoré, Vous vous demandez et je vous cite "Comment exiger aux principaux acteurs politiques de favoriser la diversité ethnique et religieuse au sein des directions de leurs partis". J`ai quelques idées, que j`ai partagées avec des amis et sur lesquelles je refléchis actuellement. Tout se résumerait sur ceci : 1. Concernant la liste électorale nationale sur laquelle sont majoritairement élus, à la proportionnelle, les députés de l`Assemblée nationale, il serait souhaitable que cette liste là soit désormais établie sur une base régionale (Conakry, Kindia, Mamou, Labé, Boké, Faranah, Kankan et N`Zérékoré). Que chaque région, en fonction de la taille de sa population, fasse élire ses représentants à l"Assemblée ; 2. Que chaque parti politique établisse sa liste régionale en vue des élections législatives ; 3. A cet effet, il faudrait une modification de la loi fondamentale (je sais qu`elle est suspendue) pour adopter une nouvelle la loi électorale. En gros, cela serait possible dans le cadre de la transition actuelle. Et je souhaiterais que les résolutions des journées nationales de concertation de mars 2006 soient mises en apllication car tous les partis politiques et la société civile avaient travaillé ensemble pour les faire. Baldé I. Sory Montréal
Bangaly Traore, mercredi 31 décembre 2008
Pour tournee la page de regime defunt,il faut necessairement la justice,la verite et la reconciliation,en realite pendant qu`il en est encore temps pour etablir la justice dans notre pays.Nous esperons que les crimes organise par le general conte et les clans du 5 au 8 juillet 1985,il aura un proces libre et juste.Notre pays a commu un conflit ethnique le 4 juillet 85.les participant a ces crimes sont:le general lansan conte,le colonel facinet toure,le colonel mamadou balde,henriette conte,general sory diallo,commandant ousame sow,commandant abou camara,commandant alseny fofana,commandant fode camara,capitaine jean traore etc ont participer a l`execution de 350 militaires sans aucune justice.Mon frere je suis victime.vive la justice,vive l`unite nationale,vive le president moussa dadis camara.Bangaly Traore
Modibo, Uk, mercredi 31 décembre 2008
Salut a tous: Ibrahima, merci pour l`invitation. je visite regulierement guineenet.org, "ce nouveau ne, qui se retrouve deja dans la cour des grands". Dickoyanke vous m`envoyez confondu. Julien, le regime de conte est demeure militaire malgre la succession de civils a la primature. Quand vous travailler avec un homme comme Fory, je crains que vos choix ne se limitent a soit piller comme lui ou a demissionner. Bilguissa, merci egalement je tacherai de suivre votre sage conseil et continuerai a garder le moral au beau fixe. Saidou tu as parfaitement raison Bangaly doit se resaisir et apprendre a livrer ses sentiments sans emportement. Nous ne pourrons nous ecouter et nous faire entendre comme on le souhaiterait, que dans la courtoisie et le respect mutuel. Encore une fois merci a tous
MAMADOU SAIDOU DIALLO,Londres, mercredi 31 décembre 2008
Mr bangaly, je n`ai aucune intention de vous offenser. Mais je vous prie de vous debarrasser de vos emotions et passions quand vous interver. Armez vous de sagesse, de modestie et de rationalite. C`est tres regretable que vous insulter un defunt. Conte est decede, veuillez laisser son ame reposer en paix. Cordialement
Bangaly Traore, mardi 30 décembre 2008
Merci mon frere,la solution pour notre nation,c`est de mettre fin a la corrpution,a l`injustice et a l`impunite.L`ex president conte et le colonel facinet toure ont participer a l`execution de 350 millitaires sans aucune justice,et pour la reconciliation nationale,il faut necessairement la verite,la justice.car le regime de conte et ces epouses ont ete a la tete de la corrpution,de l`injustice et de l`impunite dans notre pays.L`president conte et les clans ont detournee des millions et des millions d`euros,et apres avoir passe une decennier a la tete de notre pays ,aujourd`hui aucun resultat sur tout les plans de developpement d`un pays.Le changement recommandent,la verite,la justice et la reconciliation nationale,l`ex president conte a commis beaucoup de maladresse politique et economique.IL n`y a pas de politique qui vaille en dehors des realites,avait coutume de dire le general DEgaulle,la meilleur solution pour le changement,c`est d`enterre le systeme de conte,c`est a dire mettre fin a la corrpution et a l`injustice.A bas le pup,a bas l`ex president conte,a bas les clans,vive la justice,vive l`unite nationale,vive le president Moussa Dadis Camara,vive le peuple de guinee.Bangaly Traore
MAMADOU SAIDOU DIALLO,Londres, mardi 30 décembre 2008
Well done .. Inibaara koro. Cet article demontre avec eloquence votre patriotisme et votre capacite d`analyse!! A Mr Julien..."Pour que la societe soit juste et homogene, il faut que chacun reste et demeure ou il est appele par Dieu: que les intellectuels dirigent la cite, que les cultivateurs nourrissent la cite, que les soldats defendent la cite.. et l`aggrandissent en cas de necessite" PLATON. Quant on parlent d`intellectuels, on exclus ceux la qui manquent de sagesse et de patriotisme...!!Merci
Bilguissa, mardi 30 décembre 2008
Votre analyse est formidable! Oui, je pense aussi comme vous quand vous dites qu`il y a une `médaille" donc pile et face. Aussi le fait qu`ils savent mieux que quiconque la situation actuelle de la guinée ayant été très souvent acteurs et spectateurs. Pour ma part et comme beaucoup de nos compatriotes attendons de voir et espérons qu`ils s`écouter et écouter les suggestions comme les vôtres et ceux du doyens Ansoumane Doré et bien d`autres compatriotes. Encore une fois je pense que cela les fera avancer positivement et leur fera économiser temps et énirgie pour faire adhérer tous les guinéens à leur projets. Bien encore pour cette intervention. PS: S`il vous plaît gardez votre tempéramment toujours positif nous apprécions beaucoup.
Julien Yombouno, lundi 29 décembre 2008
Je partage votre point de vue, surtout quand vous souhaitez que les leaders politiques`désethnisent`un peu leur formation politique. Par contre je ne suis pas du meme avis que vous et autres qui croyez qu`il faut absolument un ou des civils au pouvoir. Qui a bati le système Conté, les civils ou les militaires? Tous les premiers ministres guinéens, notamment les plus corrompus, Dalein, Sidimbé et Soauaré, ce sont des civils ou des militaires? Aussi, les dirigeants, les plus corrompus, les plus machiavéliques et les plus cruels de l`Afrique sont-ils civils ou militaires ou les deux ? Dites moi, Charles Tayler, Laurent Gbago, Oumar Bongo, Mugabe,Bokassa et autres, ce sont des militaires ? Bref, si par un militaire, la Guinée peut se développer et devenir une puissance économique ou un pays émergent, c`est grae ? Bien à vous !
dickoyanke, lundi 29 décembre 2008
c`est l`analyse la plus sage qu`il m`ait été donné de lire. félicitations
Ibrahima Diallo, lundi 29 décembre 2008
Dans le meme registre, il y a actuellement un interessant clip sur Guineenet.org sur les les deux coups de 1984 et 2008. Je vous le recommende et vous en tirerez vous meme les lecons. Que Dieu protege Dadis des mauvais elements seulement!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011