mercredi 30 décembre 2009
Guinée : de la guerre des bérets à celle des grandes puissances
E. Martin

Après les massacres du 28 septembre à Conakry la commission d’enquête indépendante de l’ONU a qualifié dans son rapport de « crimes contre l’humanité » plusieurs faits des membres de la junte au pouvoir en Guinée (Moussa Dadis Camara, Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité, Claude Pivi) lors de ces évènements dramatiques : tirs sur une foule désarmée, viols de femmes, crimes à caractère ethnique. Ce rapport a donné lieu à une session du conseil de sécurité lundi 21 décembre.

L’Union Européenne a décidé le 22 décembre « d’imposer des mesures restrictives supplémentaires à l'encontre des membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) ainsi que des personnes physiques ou morales (...) responsables de la répression violente ou de l'impasse politique dans laquelle se trouve le pays ». La France a pressé pour un procès rapide des responsables des massacres et M. Kouchner n'a pas caché son souhait de ne pas voir revenir Camara en Guinée.

Comment expliquer ces violences en Guinée ? Les condamnations et pressions occidentales sont-elles totalement sincères ?


De la lutte inter-ethnique à la lutte intra-ethnique

Quelques six heures après la mort de l’ancien dictateur guinéen Lansana Conté il y a tout juste un an en décembre 2008, une junte militaire avait pris le pouvoir, sous la houlette du capitaine Dadis Camara, « investi d'une mission divine ». Depuis lors, après des promesses habituelles de démocratisation et de pouvoir « bientôt » rendu aux civils, d’arrêt de la corruption ou du trafic de drogue, les militaires n’ont eu de cesse en réalité de se servir du régime à leur profit, avec en prime une gestion des affaires publiques des plus fantaisistes, plongeant la Guinée dans le chaos.

Comme souvent en Afrique, le contrôle du pouvoir se traduit par la main mise d’une ethnie sur les ressources du pays. Le premier président Sékou Touré était Malinké et s’est entouré des siens pour asseoir son pouvoir de terreur. Lansana Conté, son successeur dans la dictature, n’a eu de cesse « d’épurer » l’administration pour placer des Soussous, son ethnie. Dadis Camara vient lui de la Guinée forestière et, derrière les barbelés de son camp Alpha Yaya Diallo à la sortie de Conakry, avait constitué une annexe présidentielle autour de son ethnie et de ses bérets rouges.

Jusqu’à ce que son ami et aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba », tente de l’assassiner le 3 décembre. Dadis est depuis soigné au Maroc et resté muet pendant que son ministre de la défense, le général Sékouba Konaté, dit « El Tigre » assure l’intérim et semble fidèle à son supérieur. La pression de la culpabilité en relation aux massacres du 28 septembre peut expliquer le geste de Toumba : il tuait le « dictateur Dadis » et pouvait en réclamer la gloire. Si Toumba est désormais en fuite, un autre homme du clan se verrait bien calife à la place du calife : le capitaine Claude Pivi, ministre de la sécurité qui tient le camp Alpha Yaya Dallo. Il semble clair que les militaires de la même ethnie se battent pour le pouvoir et la situation est très tendue.

En fait, l’argent est sans doute, comme souvent, le nerf de la guerre ici : détenir le pouvoir en Guinée signifie mettre la main sur le magot des ressources naturelles. La Guinée est en effet le deuxième producteur et le premier exportateur de bauxite au monde, avec les réserves les plus importantes. Mais la Guinée c’est aussi les diamants, l’or, le fer, le trafic de drogue et bientôt, au large, le pétrole. Et c’est sans doute justement aussi la formidable manne promise par des contrats avec des entreprises chinoises en octobre dernier de l’ordre de 7 à 9 milliards de dollars pour l’extraction de ressources et la prospection pétrolière.


Diplomatie à géométrie variable

De ce point de vue on comprend mieux les irritations occidentales : le concurrent chinois prend pied en Guinée. Les crimes perpétrés par la junte sont bien réels et doivent être vivement condamnés, mais on souhaiterait qu’il en soit toujours ainsi en occident. Or les pays occidentaux, notamment la France, ont une facilité à invoquer les droits de l’homme quand cela les arrange. Quand on constate que Paris par exemple étouffe l’affaire des biens mal acquis éclaboussant trois pouvoirs africains, a soutenu le fils du dictateur Bongo durant la crise démocratique au Gabon, ou s’est tu sur le référendum anticonstitutionnel de Tandja au Niger, il paraît difficile de ne pas voir une diplomatie à géométrie variable.

L’Afrique est encore et toujours au centre de la lutte entre les grandes puissances sur l’échiquier géopolitique - ici avec la Guinée. La montée en puissance de la « Chinafrique » en gêne plus d’un en occident, et surtout la France, qui perd peu à peu sa « Françafrique ». Après avoir soutenu la violation des droits de l’homme en Afrique, voilà que la France invoque ces derniers... Les Chinois, sans doute moins hypocrites, ne posent pas de questions sur les droits de l’homme. En se focalisant sur un échange « extraction » contre « construction d’infrastructures », il se trouve que la Chine a plus de chances de contribuer au bien-être et au développement des populations guinéennes.

La solution idéale serait bien sûr de parvenir à imposer l’état de droit en Afrique, mais force est de constater que cela n’a pas été une priorité des puissances occidentales depuis un demi-siècle. La nouvelle donne géopolitique les forcerait peut-être à pousser en ce sens, d’autant que la société civile africaine est à bout. Mais malheureusement il y a fort à parier que ce seront encore des guerres indirectes, issues d’une géopolitique nationaliste et court-termiste de sécurisation de sphères d’influences, qui émergeront.


23 décembre 2009

Emmanuel Martin
Analyste sur www.UnMondeLibre.org


Source : www.UnMondeLibre.org


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Habib Diallo, dimanche 3 janvier 2010
Le debut de mon article ci-dessous devrait être : E MARTIN a bien parlé des intérêts Français et Chinois et je ne sais s’il a l’intention de défendre les intérêts des uns sur les autres. Dans tous les cas, je ne le vois pas dans cet article défendre l’intérêt du Guinéen que je suis.
Habib Diallo, dimanche 3 janvier 2010
E MARTIN a bien parlé des intérêts Français et Chinois et je ne sais s’il a l’intention de défendre les intérêts de l’un sur l’autre. Dans tous le vois pas ici défendre l’intérêt du Guinéen que je suis. Pour moi, il ne fait pas de différence que les contrats aillent a la France, la Chine, l’inde, les USA si les fonds récoltes permettent a un group de Guinéens d’acheter des armes, confisquer le pouvoir et me refuser liberté, justice et égalité. Mon intérêt en tant que Guinéen serait que les revenus perçus des contrats permettent de nous donner des hôpitaux, du courant, de l’eau, des écoles, des usines, des centres de recherche, des réseaux de communication et telecommunication décents. Oui c’est de cela qu’il s’agit en Guinée aujourd’hui. Les Guinéens ont dit NON a la France (nous n’avons pas attendu les conseils de E MARTIN) il y a 52 ans maintenant, nous étions seuls à le faire parmi les pays de l’AOF et de l’AEF. Mais lorsque Toumba a tiré sur Dadis le 3 Décembre, notre FIERE Guinée qui avait dit NON à la France a demande à 2 pays sahéliens (Burkina Faso & Sénégal) qui avaient dit OUI à la France de nous aider à transporter notre président blessé. Rappelons que ces deux pays sahéliens n’ont jamais vu leurs citoyennes violées ou assassinées dans les rues de leur pays. Mais ce sont ces crimes odieux que les fonds perçus de nos contrats miniers permettent de faire à nos citoyens. Pour les citoyens abusés et désabusés de la Guinée, pourquoi y aurait-il une différence si les fonds venant de France ou de la Chine conduisent au même résultat : détérioration de leurs conditions de vie? Notre combat se situe aujourd’hui sur la manière de gérer nos revenus (d’où qu’ils viennent) pour le bien du plus grand nombre personnes au lieu de l’oppression du plus grand nombre de personnes. L’élément le plus déterminant de la gestion étant LHOMME, les Guinéens sont déterminés à trouver des personnes capables de gérer leurs revenus pour le bien du plus grand nombre de personnes même s’il faut s’allier avec la France. Insinuer autre chose dans tout cela n’est que distraction. JE VOUS SOUHAITE MES MEILLEURS VŒUX.
Modibo Traore, UK, vendredi 1 janvier 2010
Ma premiere satisfaction de ce texte vient du fait qu`il vient d`un occidental qui denonce quelques bsses manoeuvres de la la France. Ma deuxieme et derniere satisfaction de ce texte vient du fait que Mr Martin reconnait que les crimes de conakry sont des crimes contre l`humanite meme et l`occident intervient quand meme meme s`il vise des interets et devient jaloux de la chine. En ce qui concerne la chine. Je souhaiterais que la Guinee traite mieux avec elle mais lorsque la democratie s`y implantera. Car la Chine a grandement besoin des ressources africaines pour faire face aux besoins astronomiques de ses industries. Son influence en Afrique creera la concurrence avec les occidentaux et ce sera une breche magique que les africains pourront exploiter pour se hisser au rang des pays en Developpement.
dannkoun, jeudi 31 décembre 2009
« On tue le serpent avec le bâton qu’on a sous la main » dit un proverbe bien de chez nous. Les guinéens ne vont pas faire la fine bouche si les intérêts des puissances occidentales coïncident avec l’avènement de la démocratie et de la justice en Guinée. Diplomatie à géométrie variable ? Oui, nous ne sommes pas dupes ! Mais pas de chinoiseries s’il vous plait.
Thierno A Bah, jeudi 31 décembre 2009
Par rapport à votre paragraphe intitulé “Diplomatie à géométrie variable,” je dois convenir avec vous que l’africain reste un éternel naïf, bien que vous ne le soulignez pas explicitement dans votre article. Tous les moyens sont bon pour s’approprier nos resources. La démocratie ne se limite pas seulement à la forme du régime politique en place, mais aussi et surtout au respect des systèmes juridique et économique en vigueur, notamment dans les négociations commerciales et dans l’attribution de contrats où la transparence, l’équité et la concurrence loyale doivent être de rigueur. L’aspect imparfait des marchés introduit des comportements stratégiques certes, mais les manoeuvres calculées de certains investisseurs potentiels dans une perspective d’intérêts économiques égoïstes, comme il est malheureusement de coutume dans nos pays, constituent une concurrence déloyale qu’il faut déplorer. En pratique, il faut laisser jouer les lois du marché et concilier démocratie, transparence économique et Diplomatie. Sur ce plan, je n’ai rien à reprocher aux investisseurs Chinois qui jouent la carte monétaire pour obtenir des parts de marché, bien que certaines de leurs méthodes d’opération ne soient pas à mon goût. Il est bon de négocier avec un régime qui a une certaine légitimité populaire, particulièrement dans le contexte sociopolitique de nos pays. La prochaine autorité politique légitime Guinéenne doit comprendre les nouveaux enjeux internationaux en matière de coopération et opérer dans l’intérêt du peuple de Guinée.
Madiou, jeudi 31 décembre 2009
Mr Martin, j`apprecie votre contribution que je dirai est de qualite remarquable. Je pense aussi que le commentateur Mr ou Mme KANTE a voulu faire l`avocat du diable en essayant vainement de contredire vos propos pertinents suivant lesquels tous chefs d`Etat successifs de Guinee se sont servis de leur position pour favoriser leur ethnie au detriment des autres. Cette injustice au sommet de l`Etat et dans les autres secteurs de la vie publique sont a l`origine des souffrances des populations guineennes. Y remedier par un partage juste du pouvoir, par le biais d`une democratie plurielle et participative, est la condition essentielle de la quietude sociale et du developpement economique. Pour ce qui est des puissances occidentales, il ne faudrait jamais oublier que ces dernieres n`ont pas d`amis dans le Tiers-Monde, elles n`ont des interets a proteger. Donc, nous africains devons compter sur nous memes pour nous sortir de l`orniere. Salut a tous.
KANTE, jeudi 31 décembre 2009
A monsieur Emmanuel Martin, Votre contribution à la compréhension du cas Guinéen aurait été d’une grande valeur si elle n’était pas entachée de contre vérité ou simplement de l’ignorance des faits. A propos de conflits ethniques : je voudrais vous dire qu’il n’y a jamais eu de réel conflits ethniques en Guinée en revanche, il y a toujours eu des conflits d’intérêt. Sous la première république il y avait généralement autant de malinké, de soussou ou de peuhls dans tous les gouvernement du Président Ahmed Sékou TOURE . La guinée forestière a l’avantage de contenir plusieurs ethnies se réclamant toutes de cette région cependant elle l’inconvénient de ne pas pouvoir compter sur une seule grande ethnie comme on peu le constater en Basse Guinée à dominance Soussou, la Moyenne Guinée à dominance Peulh ou la Haute Guinée à dominance Malinké. De ce point de vue on ne peut pas dire que la première république fut la république des malinqués. L’homme le plus honoré par le président Ahmed S. TOURE fut son ami et compagnon El’hadj Diallo Saïfoulaye qui était un peulh et le seul premier ministre qui à représenté la Guinée à toutes les assises dans le monde fut Lanssana Béavogui qui aussi n’était pas un malinké. Il était Toma donc forestier. Dans les moments qui ont endeuillés la Guinée suite a des complots ou agression, c’est tout le peuple de Guinée qui fut touché. Pour ces raisons d’intérêt divergents, l’oncle de la veuve du président Ahmed Sékou TOURE n’est-il pas mort dans les prisons guinéennes comme d’autres guinéens ? Je ne suis nullement fier de ces moments tragiques ; je veux simplement dire que jamais ce ne fut en Guinée la lutte d’une ethnie contre une autre ou contre les autres ethnies. Sous le Général Lanssana CONTE la preuve est encore plus éloquente : Sidia TOURE, Sidime, François Fall, Souaré ou le premier ministre consensuel Kouyaté sont-ils des soussous ? Non Monsieur, ils viennent des quatre régions naturelles de Guinée. Ils n’étaient pas des représentants de leur ethnie auprès du Général. Les tuerie de 2006 et 2007 ne visaient aucune ethnie. Elles eurent lieu pour réprimer dans le sang des mouvements sociaux. Malheureusement elles ont eus lieu au moment où la communauté internationale dormait encore. Peut être aussi que les occidentaux et les organisations de défenses des droits de l’homme avait perdu la Guinée sur leur carte. En tout cas votre conclusion vient conforter mon point de vue quand vous évoquez la franceafrique et les intérêts en jeu justement qui justifient cette volonté obsessionnelle de la France à récupérer ce que les chinois n’ont pas encore pris. C’est là le problème car il faudra aller vite et très vite.
ALPHA OUMAR BARRY, jeudi 31 décembre 2009
Mr. Martin, j`apprécie votre analyse de la situation Africaine et Guinéenne en particulier. De la part d`un Européen vous avez ma palme d`or. La Guinée et sa population ont peur de trois choses : La 1ère. est la vision monoèthnique du pouvoir, initiée par le défunt Sekou Touré qui avait supprimé les chèferies traditionnelles guinéennes afin d`avoir une main mise comme vous l`avez si bien dit sur les ressources du pays , ce qui a été fait.En l`occurence pour s`assurer le choix unique de la population guinéenne quant à la personnalité de référence en matière de dialogue et de prise de décision.Bref il s`était arrogé tous les pouvoirs (Exécutif, législatif, judiciaire) et comandant en chef des forces armées. 2ème élément est la tendance dictaroriale . Comme chacun le sais , il n`a pas tardé à instaurer le parti Unique Parti-Etat en Guinée sur les cendres de cadres tant civils que militaires guinéens. Le 3ème élément est ce recurent envie de mettre à tous les léviers de commande et de gestion du patrimoine ,les membres de sa propre èthnie. Ce qui provoque un malaise totale qu`en au respect des vertus de l`éthique, de la déontologie de la démocratie et du partage du pouvoir. Ce trépied de tares et d`insuffisances au niveau de la Présidence et du gouvernement reduit les autres entités nationales en spectateurs de la chose politique et publique. Si le pouvoir s`etrenise comme nous le savons par le truchement d`élèctions truquées comme nous avons l`habitude de le constater, cela donne des générations de cadres et de paysans en souffrance dans leur propre pays. Les diplomées d`universités de la même ethnie que le chef de lÊtat se retrouverons plus promis aux postes de responsabilités que les autres entités ethniques et ceci malgré leurs capacités et volonté nationales. Les paysans ne serons pas en reste , Il décrètera simplement d` innonder le marché locale en produits importés moins cher notamment le riz et pousser ainsi la population à leur consommation au détriment des productions locales. Tout ceci en mettant à la tête de ce directoire d`Import- Export un membre de l`èthnie du chef de l`Etat. La boucle est bouclée .Si dans la lancée tous les projets de coopération et de develloppement sont dirigé vers sa région naturelle, Il peut régner sans vergogne sur le pays et dormir d`un long sommeil sur ses deux oreilles . D`autant plus que la communauté internationale et la France, qu`il couvre de contrats, restera complaisante sur ses dérives (BOKASSA, OMAR BONGO etc.). Et les autres ethnies eux subiront l`histoire de leurs pays en place d`en être les acteurs. Voici quelques peu pris sur les cheveux le scénario guinéen auquel nous sommes confronté. Ceci est aussi valable pour les Forces vives que pour le CNDD. Si ajouté à cela , à l`orée de nouvelles élèctions nous assistons à une bataille rangé entre les èthnies par médias interposés pour le pouvoir, les raisons sont à mettre au dossier des faits énumerés plus haut.Qu`est-ce à dire, que les guinéens ne sont pas prêt pour le partage du pouvoir. L`appartenance à tel ou tel parti n`y changera rien au sinistre tableau. La solution : La CONFEDERATION GUINEENNE . UN REPRESENTANT DE CHAQUE REGION NATURELLES , 4 POUR LE CAS GUINEEN. Qui ferons une présidence tournante à titre Honorifique élu à la majorité des 3/4 par ses pairs . Elaboration d`une constitution de paire avec le choix confédérale. Les ressources minières restent gérer par l`Etat. Conakry reste la capitale économique avec démentellement de la pléthore de camps militaires. Mamou comme capitale de la Guinée. Les forces armées seront des proffessionelles et il sera implantées un camp militaire par région, soit 4 camps.VIVE LA CONFEDERATION GUINEENNE:

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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