Première Partie : De l’usage de la voie associative à des fins personnelles
Il ya des pratiques actuelles qui rappellent bien d’autres. Dans le passé de la Guinée, chaque changement de système politique faisait surgir « de bons guinéens », qui s’érigeaient en missionnaires, conseillers, porte-parole de Guinéens de l’Extérieur ou d’associations de tout genre. Mais voilà, cette fois- ci, la majorité de nos compatriotes en ont assez de ces profiteurs qui ne sont rien d’autres que des pisteurs de place.
Ce sont les mêmes, à quelque exception près, qui avaient envahi en son temps, le Comité Militaire de Redressement National (CMRN). Qui ne se souvient « du balai diplomatique » de personnes qui, en 1984, prétendaient apporter un mémorandum, une lettre ouverte, une série de conseils et de propositions, pour s’attirer les faveurs de l’équipe militaire ? Mais, une fois leur cause perdue, toutes se sont volatilisées dans la nature.
La situation historique actuelle crée les mêmes opportunismes pour des desseins similaires.
La France, plus précisément sa capitale, Paris, pullulent de toutes catégories de soi-disant patriotes, qui s’autoproclament porte-parole des Guinéens de France. Si ce n’est d’ailleurs. Ils sont conseillers de ceux-ci ou de cela. Sinon, experts en tout domaine. Ils prétendent entretenir des relations privilégiés avec telle ou telle organisation internationale. Ils poussent leur audace jusqu’à se prévaloir de relations exceptionnelles avec l’Elysée et le Quai d’Orsay.
J’ai identifié trois catégories de personnes qui font leurs valises de Paris pour Conakry. Cette classification procède d’une approche fondée sur l’observation et les sondages qui sont, pour l’essentiel, issus de conversations avec des Guinéennes et Guinéens.
Dans cette partie, je m’intéresserai à la première catégorie, constituée de personnes membres ou responsables d’associations ou de groupes se réclamant comme tels. Il s’agit de représentants d’associations guinéennes, disant apporter leur soutien au CNDD, comme d’autres le firent dans le passé.
Faut-il rappeler que les intéressés ont soutenu différents partis politiques, avant l’avènement du pouvoir actuel ? Qu’ils n’ont toujours pas renoncé à leur militantisme de façade au cas où ? Autrement dit, si leurs conseils à Dadis de se maintenir au pouvoir échouaient, ils reviendraient toujours à leurs premières fiançailles !
Le seul but des mandataires auto-proclamés, c’est d’obtenir quelque audience auprès du CNDD, pour des besoins inavoués. Ils profitent du fait que le nouveau pouvoir de Conakry aurait besoin de se faire entendre auprès de la Communauté internationale.
Pour se donner de l’importance, ces diplomates d’un jour, et éphémères représentants d’associations locales, prennent une ou deux photos avec le capitaine Dadis. Naturellement, ces photographies seront ridiculement exhibées lors des rencontres associatives. C’est, on en convient, le meilleur moyen de se vanter d’avoir rencontré le Président de la République. Paradoxalement, le nombre de rencontres varie en fonction de la tête du client. C’est-à-dire, de trois entrevues annoncées au départ, on passe à quatre, cinq ou six. Tout le monde n’étant pas enclin à la courbette, le ridicule l’emporte sur l’effet recherché.
Le plus souvent, ces personnes réussissent à débaucher certains médias de la place parisienne ou de n’importe quel lieu de résidence, pour le voyage de Conakry. Se donnant un peu de crédibilité, il leur est facile de promettre monts et merveilles au CNDD et à Moussa Dadis.
Naturellement, l’apparition à la Radio Télévision Guinéenne (RTG) qui parachève la tournée guinéenne, fortifie le rêve de ces diplomates d’un autre genre. Ils y exhibent lettre de soutien, propositions et abordent tous les thèmes. Ils parlent au nom des Guinéens de l’Extérieur, alors que tout cela n’est que mensonge, arnaque et tentative de manipulation des nouvelles autorités.
Il est important de savoir que les meilleurs amis des nouvelles autorités, ce sont les Guinéens qui se démarquent du discours unique. Ceux-là qui mettent en avant l’esprit critique et qui refusent de chanter, parce qu’ils se sont donnés comme devoir patriotique, de relever ce qui ne va pas, de reconnaître les efforts et les acquis. Il est vrai qu’un discours se démarquant du giottisme (un néologisme que j’avais employé à une époque récente) ambiant est encore mal perçu dans notre pays. Mais, les mentalités évoluant, le jour qui annonce la fin du langage mielleux approche. Ce jour-là, on ne fera plus attention à la langue de bois et aux paroles qui bercent. Se fera alors entendre l’objectivité constructive !
Enfin, l’histoire retient, le plus souvent, la voix qui a refusé la compromission (et non le compromis), pour essayer de canaliser la force du pouvoir, contenir les erreurs du chef et orienter son action vers le durable. Si ce n’est vers l’universel !
Justement, j’espère que Moussa Dadis Camara optera (voir mon article, Dadis face l’Histoire) pour l’Histoire, au mépris des chanteurs de louanges, des commis voyageurs et autres organisateurs de mamaya !
A suivre, deuxième partie : De l’individualisme exacerbé à l’appel du pied !
Lamarana Petty Diallo
pour www.guineeactu.com