lundi 30 mars 2009
Guinée cinquantenaire, témoignage
Boubacar Aribot

« Il n’y a rien à fêter »

Doyen de la communauté guinéenne vivant en Suisse, le pharmacien Boubacar Aribot (73 ans) est très impliqué dans ce tout qui touche son pays. Cinquante ans après le Non de Sékou Touré au général De Gaulle, il estime que le pays n’a pas avancé et qu’il est temps de réhabiliter les milliers de Guinéens qui ont été tués par l’ancien régime.

Des festivités pour célébrer les cinquante ans de l’indépendance de la Guinée, le pharmacien Boubacar Aribot ne veut pas en entendre parler. Selon cet homme de 73 ans, doyen de la communauté guinéenne vivant en Suisse, « il n’y a rien à fêter et rien à montrer ». Pour lui, à l’heure actuelle, pour un pays comme la Guinée qui demeure très pauvre quoique disposant d’immenses ressources minières, la seule bataille qui vaille est celle du développement. Mais cinquante ans après le Non de Sékou Touré à De Gaulle, le septuagénaire affirme que « l’heure est enfin venue de réhabiliter les victimes de l’ancien régime de Sékou Touré ». Et pour le pharmacien établi en Suisse depuis 1965, cette réhabilitation passe d’abord par des sépultures dignes de ce nom.

Replongeant dans l’euphorie suscitée par l’indépendance, Boubacar Aribot rappelle que toute l’élite africaine et tous les Guinéens qui se respectaient étaient pour l’accession à la souveraineté nationale du pays. « Au départ, Sékou Touré ne voulait pas de l’indépendance immédiate. Mais il a été acculé par la volonté populaire. Il s’est décidé une semaine avant la visite du général de Gaulle », affirme Boubacar Aribot.

Au moment de l’indépendance, il suivait des études secondaires à Lyon où il s’impliquera plus tard au sein de la Fédération des étudiants africains de France (FEANF). « J’étais aussi le responsable des étudiants guinéens de Lyon. Et en 1957, je suis allé au Congrès de Rome où j’ai rencontré Frantz Fanon. J’ai aussi côtoyé de grands intellectuels panafricanistes comme le Sénégalais Alioune Diop et le Martiniquais Aimé Césaire. »

Mais l’euphorie de l’indépendance a très vite cédé au désenchantement. « Les idéaux de 1958 ont été dévoyés. Dès 1960, des enseignants sont emprisonnés. Pourtant, la plupart étaient de jeunes cadres qui avaient quitté l’Europe pour aller aider la Guinée. » Un mouvement de protestation voit alors le jour en France pour pousser Sékou Touré à libérer les enseignants détenus. Le dictateur invite les protestataires à quitter l’Europe pour venir s’expliquer devant le PDG (Parti démocratique de Guinée) à Conakry. Boubacar Aribot faisait partie des huit étudiants qui avaient naïvement quitté la France pour s’expliquer devant Sékou Touré. « De l’aéroport, des étudiants venus du monde entier ont été directement acheminés par camion pour se retrouver derrière les barreaux au camp Alpha Yaya. » C’était en 1962. Lors des événements de 1970, face au coup de force avorté des Portugais, le régime de Sékou Touré réagit de manière sanglante : « plus de 3000 Guinéens ont été tués ».

Installé en Suisse depuis 1965, le pharmacien de Renens (banlieue de Lausanne, dans le canton de Vaud) n’en a pas moins gardé un contact très fort avec son pays d’origine. « J’observe une certaine réserve par rapport à la scène politique guinéenne. Mais, fait-il remarquer, je rencontre et parle au téléphone avec la plupart des acteurs politiques à qui je donne souvent des conseils. »

Portant un regard lucide sur la Guinée, Boubacar Aribot ne cache pas son optimisme. « Ce pays dispose d’énormément de jeunes cadres très bien formés. Je pense que cette génération-là va travailler ». Pour un vrai départ sur la route du développement.

Abdoulaye Penda Ndiaye 


De Boffa à Lausanne

« Ma Vie est ici, mon cœur est en Guinée ». Quand le pharmacien Boubacar Aribot (73 ans) parle d’ici, c’est de la Suisse qu’il s’agit. Il y a de cela quarante-trois ans, il a quitté Lyon pour poursuivre des études de pharmacie à Lausanne. A la fin de ses études, il ne repartira ni en France, ni en Guinée. Sur les bancs de la faculté de pharmacie, il croise Gabrielle de Torrente, une étudiante originaire du canton du Valais. Mariage. Deux enfants : un garçon de 28 ans, ingénieur à Nestlé et une fille de 24 ans, qui prépare un Master en psychologie du travail à l’université de Neuchâtel. Depuis que Boubacar Aribot a pris sa retraite, c’est son épouse qui gère la pharmacie du Cérisaie que le couple a ouvert en 1975.

Marqué, déçu et dégoûté par sa détention au camp Alpha Yaya en 1962, Boubacar Aribot s’est juré de ne pas remettre les pieds dans son pays d’origine tant que Sékou Touré serait au pouvoir. Mais, en 1979, il doit revenir sur cette décision qu’il croyait inéluctable : son père venait de décéder.

Depuis 1986, le septuagénaire né à Boffa à 150 km de Conakry dans une fratrie de dix-sept membres retourne régulièrement en Guinée. Cet attachement pour son pays d’origine est d’autant plus remarquable que Boubacar Aribot a quitté relativement tôt la Guinée. Dès ses études secondaires, son père instituteur accède à la demande de l’oncle médecin du futur pharmacien qui réclamait son homonyme auprès de lui à Dakar. Le jeune Guinéen suit alors des cours au lycée Van Vollenhoven de Dakar. Il y côtoie le Moro Naba du Burkina Faso, l’historien Ibrahima Kaké, Lamine Diack (actuel président de la Fédération internationale d’athlétisme), le journaliste Albert Bougi… En classe de seconde, il part en France où il rejoint des cousins à Lyon.

Installé en Suisse depuis 1965, le frère de Mariama Aribot (ancienne ministre guinéenne des Affaires sociales) a, malgré l’éloignement et sa durée, toujours gardé un lien très fort avec son pays. «Le matin, quand j’allume mon ordinateur, je vais tout de suite sur des sites guinéens pour avoir des nouvelles de mon pays », signale le pharmacien qui jouit d’un grand respect de la part de la communauté guinéenne de Suisse, officiellement estimée à 588 personnes. D’ailleurs, l’ingénieur en génie civil Mamadou Ly, président de l’Association des Guinéens du canton de Vaud ne tarit pas d’éloges sur le pharmacien. « Ses conseils sont toujours bien avisés. C’est un sage très discret ».

Le samedi 16 août, Boubacar Aribot n’a pas hésité à interrompre ses vacances pour assister à une journée culturelle sur la Guinée organisée à Renens, dans la banlieue de Lausanne. Au menu des discussions, la bonne gouvernance, l’ethnocentrisme et l’histoire de la Guinée. On comprend mieux Boubacar Aribot quand il dit «Ma vie est ici mais mon cœur est en Guinée.»

 

Boubacar Aribot

Source : Matalana
 

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Vos commentaires
rama, mercredi 1 avril 2009
Ainsi parla Boubakar Aribot!cet homme vertueux et discret livre enfin sa pensee.pour qui le connait ,la parole de Aribot vaut son pesant d`or.Il n ya rien a feter !personne ne peut le nier pour peu qu`on soit honnete et preoccupe par la situation que vit quotidiennement notre peuple martyr.50 ans de crimes de sang,24 ans de corruption de gabegie et de clientelisme.la Guinee est en deuil!reveillez vous chers compatriotes votre pays est en danger .Ouvrez les yeux et voyez par vous meme ce qui nous arrive a tous.l`exil pour les uns la misere pour les autres .et on veut qu`on fete!il n ya rien a feter!le desastre et la honte subis lors de l`organisation de la fete du cinquantenaire nous interpellent tous.Les medailles ont attribue a ceux qui ont mis a genoux le pays.Et ou sont ils aujourdhui ces recipiendaires!le probleme ne reside pas dans le nombre de tues 30000 a avance le doyen pres de 50000 pour Armnisty International qui dit mieux?Il ne s`agit pas d`enumerer il s`agit de condammner .Aucune goutte de sang qu`elle soit rouge,noire ou verte ne doit etre versee dans l`impunite.Aucun guineen ne doit mourir a cause de son nom comme l`ont ete les quatre Boiro sacrifies au camp Boiro ou Samory Toure ancien directeur de Sonatex.il faut mettre fin a la folie meurtriere engendree par la dictature.Arretez d`encenser nos leaders juger les au pied du mur.Reconnaissons qu`il ya eu des abus et faisons en sorte qu`il n`y ait plus jamais ca!C`est ce message que le Doyen veutnous transmettre.Ecoutons les nos Freres peres et meres; nous ne sommes pas dans un conflit de generations mais dans la lutte pour l`unite nationale nous avons besoins de toutes les voix q`elles s`elevent donc haut et fort!merci Doyen.
Ansoumane Doré, mardi 31 mars 2009
Je salue ce témoignage du frère Boubacar Aribot.Etant son cadet d`un an, nous avons dû globalement vivre les mêmes faits de l`histoire de la Guinée, même à distance.Je suis arrivé, pour ma part, en France, en 1957.Mais je crois que ni lui, ni moi, ni d`autres dans la même durée d`absence, n`avons été vraiment détachés de notre pays comme le pensent bien de nos jeunes compatriotes.A cet égard, je cite souvent dans des conversations à bâtons rompus, l`exemple de descendants d`Européens de l`ancien bloc soviétique dont des parents avaient émigré à partir de 1918 et avaient entretenu le mythe du pays d`origine.Certains de ces descendants sont , aujourd`hui, des éléments dynamiques dans les Etats est-européens.C`est dire que des Guinéens, de par le monde, entretiennent les mêmes types de mythes pour la Guinée.Ils ne sont pas aussi déracinés que certains ignorants veulent le faire croire. Je reviens à la réaction, ci-dessous d`Ibrahima Sow qui dit qu`"en voulant juger Sékou Touré, c`est juger toute une génération".Je dis non, il s`agit dans ce cadre,de tous ceux qui avaient la capacité d`analyser l`évolution guinéenne d`alors mais qui ne l`on pas fait et se rangés sous la bannière de la dictature naissante.Il s`est trouvé d`autres des mêmes générations, mêmes analphabètes, qui ont préféré l`exil et ses dures conditions.C`est pourquoi des jugements portés collectivement sur des générations ont presques toujours injustes.Il en est de même des jugements sommaires portés globa lement sur des intellectuels qui n`ontn jamais constitué un bloc monolithique.Certains, de bonne foi, ont cru se mettre au service de leur pays et ont pris dans les mailles d`une utopie meurtrière.D`autres avaient senti s`intaller une dictature qui ne semblait s`inspirer des fondements culturels africains.Ils n`ont voulu s`y soumettre.C`est le choix qu`a fait Boubacar Aribot dès 1965.C`est le choix que j`ai fait après "les teribles vacances" pour les étudiants de l`année 1961.L`observation des hommes du pouvoir de Conakry à Beyla (mon bled)m`avait conduit à prendre en famille, la décision de couper tout lien avec le gouvernement et gagner la Côte d`Ivoire(dont Beyla est proche) pour mon retour en France, sans demander "mes restes"dont passeport qui avait été retenu à Conakry.Les départs de ce type pour d`autres seront plus tard plus difficiles, voire dramatiques.Chaque année qui passait, après mon départ, confirmait, hélas, l`évolution que j`avais pressentie,ce terrible été 1961. Je ne devais remettre les pieds à Conakry, qu`à la fin du mois d`avril 1984, dans une délégation invitée par le CMRN.Naturellement, les contacts avec les parents (1961-1984)n`avaient lieu qu`en Côte d`Ivoire.Comme le frère Boubacar Aribot , je suis tout de même resté attaché à la Guinée.
IBRAHIMA SOW, lundi 30 mars 2009
Bonjour, Mr. Bangoura Youssouf , Je suis entierement d’accord avec toi on peut etablir le nombre voire les noms des vitimes. Avec tout le respect du monde, on ne saura jamais la verite pour la simple raison que nos aines continuent a nous mentir depuis 50 ans. Ils sont coupable de pres ou de loin au meme titre que Sekou Toure. En voulant juge Sekou Toure c’est juge toute une generation. Je suis d’accord aussi avec toi, on ne parle que des chiffres fantesistes mais si nous regardons de pres les cas de deces dans nos Hospitaux, le corp medical guineen a tue plus gens que Sekou Toure et Lansana Conte reuni. Allons nous juge nos medecins?
DUPUY, lundi 30 mars 2009
monsieur youssouf bangoura je vous remercie de votre clairevoyanceet je suis daccord avec vous car moi aussi je voudrai des reponses a ces questions et puis qu`est ce qu`ils ont fait pour la GUINEE combien ont créer une structure ou une ONGpour venir en aide à leurs féresen 1970 la guine fut agréssée avec la complicité de des guinéens il y a eu des morts des innoncents qui défend ces victimes aujourdh`ui il y un monsieur qui a fait la prison parce qu`il a attaché les mains de son fils derières le dos et y a mis feu pour un petits larcin a la maison mais de qui se moque t-on ? dans ce pays il y a beaucoup de non dit ne pourrons nous pas avancé maintenant et cesser ses critique sterile qui n`apporte rien au citoyen desormais chacun de nous devrais se poser une seule question que puis-je faire pour mon pays. comme monsieur bangoura la dit que tous les guinéen lisent le livre la piscine .
Laurent Camara, lundi 30 mars 2009
Vous pouvez voir une liste des victimes du Camp Boiro sur ce site www.sekou-toure.un.gs L`indépendance d`un pays est un repère historique. Quel pays du monde ne fêterait pas son indépendance ? Il n`y a que des apatrides qui ne le font pas.
BANGALY TRAORE, lundi 30 mars 2009
MERCI POUR VOTRE ANALYSE,IL Y A AUSSI LES VICTIMES DU REGIME DEFUN DU TYRAN FEU CONTE,NOUS PARENTS ONT ETE EXECUTE DU 5AU8 JUILLET 85 SANS AUCUNE JUSTICE.
Youssouf Bangoura, lundi 30 mars 2009
Bonjour, le moment de verité va bientôt sonner en guinée. Sans manquer du respect au doyen Aribot,le nombre de victimes qu`on attribue à sekou touré est très loin de la verité,la guinée n`était pas en guerre donc avec sincèrité on peut aisément établir le nombre des victimes.Depuis la mort de sekou touré on ne parle que des chiffres fantesistes, d`aucuns évoquent 50000, d`autres 40000, il y en a même qui vont au delà 100000, tout cela sans noms, je me demande si à l`époque les guinéens n`avaient pas de noms. Personnellement,j`ai beaucoup lu des livres des detracteurs de Sekou Touré mais personne parmi eux n`a essayé d`etablir une liste des victimes, tous ceux qui ont ecrit le camps boiro citent toujours les mêmes noms.Nous aussi on veut la verité, on veut savoir les noms de tous ceux qui à l`exterieur de la guinée ont saboté le decollage économique de notre pays. Aujourd`hui tout le monde nous parle des victimes innocents, mais ils n`étaient pas tous des innocents, il y avait bel et bien des coupables, des guinéens au service des puissances occidentales pour saboter leur pays.Dites nous vous qui etiez à l`exterieu à l`époque le rôle que vous aviez joué. On veut bien compatir à votre douleur,il n`est jamais bon de perdre un parent, mais savoir la verité sur ces victimes c`est après cela que les autres guinéens qui n`ont pas perdu leurs parents s`associeront à vous pour condamner sekou Touré mais pas avant. J`invite tous les guinéens à lire la piscine, un livre écrit par des français qui n`étaient pas les amis de la guinée. Pour ceux qui ne savent pas, allez faire un sondage en guinée, vous trouverez que la grande majorité des guinéens admirent toujours Presi, pour vous dire combien defois les guinéens croient aux differents complots, 25 ans après sa mort, il est toujours populaire. Pour terminer j`aimerais demander aux anciens ministres à savoir Facinet touré et Alseny gomez qui font partis des soi-disants victimes de camps boiro: à Facinet tourè comment Diarra traoré et les officiers malinkés ont été liquidés sans jugement en 1985 ? à Réné gomez de nous parler comment il a volé Alpha condé aux élections de 1993 ? Voilà des choses que ces deux personnes doivent nous dire au lieu de s`enprendre à Sekou touré.
Th.Hamidou Barry USA, lundi 30 mars 2009
Sekou toure non seulement il a fait fuir le cerveaux ,aussi il a bousilleux tout espoir,toute valeur humaine,Allah! acceuil Sekou Toure dans la demeure que tu a reserve satan. Amen! nb: doyen Boubacar Aribot ravi de vous connaitre,La porte de la Guinee est ouverte,pour apporte votre contribution pour la nouvelle Guinee.il n`est pas tard!
mamadou maci, lundi 30 mars 2009
votre site aura beaucoup à gagner en publiant des articles pareilles que vos apologies habituelles du régime génocidaire de sékou touré et votre censure aux réponses contre les négationistes! salutations

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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