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Il est évident pour tout le monde aujourd’hui que la Guinée est, de nouveau, arrivée au point où tout le monde se demande où le CNDD risquait de mener le pays (même au-delà) ?
La division, les tensions ethniques et les risques d’éclatement du pays sont plus forts aujourd’hui qu’après le crime contre l’humanité sous le CNDD. Pourtant, beaucoup de peuples africains nous avaient enviés, quand le monde entier est venu à notre chevet pour nous aider à organiser une transition démocratique pour sortir définitivement de la dictature et des risques de guerre civile. Malheureusement, on a raté cette bonne occasion de doter notre pays d’un véritable système garant de stabilité: justice, égalité, Etat de droit et démocratie !
Cela a été dû à deux raisons fondamentales: le manque de vision et de patriotisme des Forces vives et la mauvaise foi de la communauté internationale qui a cautionné l’injustice et la violation des règles du jeu, alors qu’elle était financière et garante du processus démocratique en Guinée.
Ce que les Forces Vives ont fait de mal
Dans les derniers accords d’Abuja et de Ouaga 1, il a été question du départ intégral du CNDD du pouvoir, d’une transition dirigée par une autorité civile et neutre, de l’envoi d’une force neutre pour la sécurité des populations civiles et de l’organisation des élections législatives avant la présidentielle qui mettra fin au processus de transition. C’était là des garanties absolues pour une instauration sûre et effective d’un Etat de droit en Guinée. La Guinée serait devenue une Nation unie qui bouge ensemble pour un bon départ.
Tout le monde était finalement d’accord avec ce chronogramme en Guinée, inquiet de se libérer des militaires forestiers qui recrutaient massivement des milices tribales pour renforcer leur assise au pouvoir. Cependant, aussitôt que Dadis est mis à l’écart et qu’un Malinké est propulsé à sa place, les Force vives, piégées par des lobbys malinkés, abandonnent tout ce qui était conclu et mis sur papier pour suivre ce qui semblait être improvisé :
1. libres et équitables. Ironie du sort: c’est le CNDD sans Dadis maintenu au pouvoir, sous Sékouba qui s’en charge (Résultat : violences partisanes de l’armée, violences ethniques sans intervention de l’armée et vols du matériel électoral dans les casernes).
2. le calendrier électoral est modifié et on ne parle plus que de la présidentielle (même des élections générales comme en Guinée Bissau sont rejetées en Guinée ! Elles auraient pu assurer la majorité parlementaire à Cellou et ses alliés aujourd’hui.)
3. au lieu d’une autorité civile et neutre, c’est le Malinké et proche du RPG, ministre de la défense lors du crime contre l’humanité, Sékouba Konaté, qui est président et l’allié du RPG et c’est Jean Marie Doré qui est Premier Ministre, contre toute éthique sociopolitique en Guinée !
4. plus question de force neutre de protection des leaders et des populations civiles qui pouvait assurer la participation effective de tout le monde, l’organisation d’élections
Comment a-t-on pu accepter Jean Marie Doré comme Premier Ministre d’une transition politique en Guinée ?
Beaucoup de cadres qui meublent le mouvement social et les bureaux exécutifs des influents partis politiques guinéens sont venus de l’extérieur ou ont personnellement vécu des années de la révolution.
L’opposition guinéenne contre le régime Sékou Touré se réunissait chez Jean-Marie Doré qui, avec d’autres, ont planifié et mis en exécution l’agression de 1970 pour renverser le régime de Sékou Touré. Le coup échouera parce que, d’un côté, les services guinéens aidés des Cubains étaient informés, de l’autre, les Portugais sur lesquels on comptait le plus, se sont retirés en libérant et en récupérant leurs prisonniers sans renverser le régime.
Certains opposants à Sékou seront jugés en leur absence et condamnés par contumace. Jean Marie Doré, qui partit même négocier la préparation de l’agression au Portugal, lui, restera ami de Sékou Touré qu’il continuera de fréquenter et qui lui donnera maison et femme. D’ailleurs, Jean-Marie Doré fit publier un livre de poésie à la gloire du dictateur Sékou et ses collaborateurs sous le titre LES IMMORTELS en 1977. Dans ce document du culte démagogique et abject de la personnalité de 78 pages, imprimé en Suisse, 12 rue Schaub, 1202 Genève, la photo de l'auteur sur la couverture droite, Jean-Marie Doré fait des poèmes pour immortaliser outre Sékou Touré, mais aussi des personnalités suivantes, à chacune étant dédié un poème spécial. Hymne à :
01- André Touré (page 17) 02- Lansana Béavogui (page 19) 03- Damantang Camara (page 20) 04- Général Lansana Diané (page 20) 05- Mamady Keita (page 21) 06- Moussa Diakyté (page 21) 07- Ismael Touré (page 22) 08- Nfamara Keita (page 22) 09- Dr Sékou Camara (page 23) 10- Louis Behanzin (page 23) 11- Lama Doré (page 24) 12- Mamady Kaba (page 22) 13- Abdoulaye Touré (page 25) 14- Elhadj Saifoulaye Diallo (page 25) 15- Jeanne Martin Cissé (page 26) 16- Bella Doumbouya (page 26) 17- Toumany Sangaré (page 27) 18- Fily Cissoko (page 27) 19- Chant de marche de la milice populaire ( page 74)
Références du document : Les Immortels, Jean-Marie Doré, collection Arabesque N°3.
La classe politique et les cadres guinéens de la société civile qui connaissent ces choses acceptent tout de même un tel homme, fourbe et immoral, pour diriger le gouvernement de transition guinéen, en violation de tous les accords préalables !
Bilan de cette transition: bradage de nos ressources stratégiques, incitation à la haine ethnique et violences anti-peules dans le pays, vol du matériel (dont des cartes électorales des zones favorables à l’adversaire d’Alpha Condé et 50 ordinateurs de la CENI) et falsification du fichier électoral, etc.
Pour aucun de ces crimes, le gouvernement n’a diligenté des enquêtes ou fait arrêter des coupables qui agissaient parfois en flagrant délit, notamment en Haute Guinée. Au contraire, c’est le PM Jean Marie Doré lui-même qui a été le propagateur de la rumeur sur l'empoisonnement des populations de Conakry et des militants du RPG par « les Peuls ». Il prit l'arrêté limogeant la Directrice de l'hôpital Ignace Deen durant la campagne du fait que cette dernière n’a pas accrédité la thèse de l’empoisonnement. Malheureusement, tout cela n’a pas assez choqué le mouvement social ni les bâtisseurs pour demander son départ !
Ce que les bâtisseurs ont fait de bien
Après les mensonges, les intimidations, les vols, les incitations à la haine et violences ethniques à la faveur desquels Alpha Condé et ses alliés usurpèrent le pouvoir en novembre 2010, les fascistes et incompétents autour du RPG/PDG avaient espéré que l’histoire allait se répéter en Guinée: les autres travaillent et eux ils prennent les commandes, se partagent l’argent et les terrains au bord de la mer comme ils le faisaient du temps de Sékou Touré.
Si les bâtisseurs avaient accepté de composer un gouvernement d’union nationale avec Alpha Condé, le monde n’allait pas connaitre les carences et le niveau assez très bas du soi-disant professeur de droit et économiste guinéen actuellement au pouvoir. Sidiya Touré, Cellou Dalein Diallo, Abé Sylla, Fodé Mohamed Soumah et leurs équipes de cadres intègres et compétents allaient redresser la situation et remettre le pays sur les rails avec leurs programmes. On n’allait pas savoir qu’Alpha Condé et son RPG, qui allaient surtout en tirer profit, n’avaient pas de programme et devaient gouverner par improvisation et débrouillardise dont l’affaire Getma Interational/Bolloré (retrait et cession de contrat en 24 h) et le récent accord minier avec Rio Tinto (sans code minier ni consultation du CNT alors qu’à Paris, Alpha Condé a dit attendre l’élaboration d’un code minier pour toute nouvelle cession de contrat) sont la parfaite illustration.
C’est cette panique devant la responsabilité et cet échec général dans son plan qui rendent Alpha Condé plus haineux et furieux envers l’opposition en particulier et les Peuls en général.
Alpha Condé et ses alliés sont décidés à déstabiliser le Fouta en y créant une guerre civile qui leur permettra de faire intervenir officiellement l’armée à dominance malinké, pour le maintien de l’ordre, mais dont la mission sera en réalité de détruire et chasser les Peuls de la Guinée. Ils ont créé le mouvement Manden Djallon piloté par Diao Kanté de l’Arc-en-ciel (venant de l’UPR) qui remplace désormais la Coordination du Fouta dans les invitations officielles du président Alpha Condé et sur des médias d’Etat. Ce mouvement revendique la propriété du Fouta Djallon et se donne pour objectif, de chasser les Peuls de la région, accusés d’être venus d’ailleurs.
Il y a 2 semaines, les hommes de ce mouvement (Manden Djallon) ont attaqué les Peuls de Dalaba en visant l’imam et certaines notabilités de la localité qui ont été pris en otage pendant 5 jours, humiliés et rasés avant d’être libérés, nous dit-on. Toute la Guinée observe ces provocations dangereuses et la communauté internationale se tait !
Comme les événements d’octobre 2010 l’ont montré, les familles peules ne sont plus en sécurité même au Fouta. C’est désormais dans leurs maisons que les vieilles personnes peules sont humiliées et les femmes violées dans cette région par des milices tribales au sein de l’armée guinéenne.
Au Fouta, ce sont les vieilles personnes, les femmes et des enfants qui restent dans les familles peules en général. Les jeunes garçons partent majoritairement à la recherche d’argent, abandonnant les plus fragiles parents derrière eux. Si Alpha Condé règne encore 6 mois en Guinée avec son projet actuel, ces Peuls dits riches et intelligents risquent bien de ne plus trouver chez soi dans ce pays.
Espérons que la situation ne va pas empirer et que la Guinée ne deviendra pas comme la Côte d’Ivoire de 2000/2010 ! Sinon, bien que tout le monde voie venir la situation, Guinéens et communauté internationale, chacun se demandera cyniquement et hypocritement comment on en est arrivé là en Guinée.
Sadio Barry
N.B : Tous mes remerciements à Mamadou Saidou Diallo pour les infos et référence sur le livre de Jean Marie Doré !
www.guineeactu.com
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