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L’une des premières sources de consternation des nouveaux dirigeants guinéens a été d’avoir le corps du Président Conté sous la main sans chambre froide. Les climatiseurs de la Présidence n’ont pas suffit à éviter le pire, “la désintégration du corps”. Pourtant, cette situation pourrait être évitée. Les ministères de l’Education et de la Santé Publique en sont responsables.
En effet, aujourd’hui, on est en droit de se demander si ce manque de chambre froide est le prix d’une négligence or d’un sabotage. Quoiqu’il en soit, ces deux institutions, à savoir, le ministère de la Santé et celui de l’Enseignement Supérieur de la deuxième République, doivent répondre. Chaque ministre individuellement pris est responsable de son temps de fonctionnement.
Je suis le produit de la première promotion de la faculté de médecine de Conakry. Cette école ouverte en 1967, était bien équipée, ce malgré les difficultés économiques de l’heure et les pressions de l’Europe contre la jeune République.
1/ Une chambre froide, hémicycle de l’anatomopathologie, médecine opératoire, histologie, etc.
2/ Une chaine de froid de biochimie, chimie et autres laboratoires utilisés par la pharmacie ;
3/ une chambre de froid a la morgue de Donka et Ignace Dean.
Toutes ces institutions étaient entretenues soigneusement par des techniciens guinéens dans les hôpitaux et par des techniciens contractuels venus des pays de l’Est pour la faculté de médecine et pharmacie.
Est-il nécessaire de rappeler que le Doyen de la faculté de Médecine est responsable direct de la maintenance des matériels didactiques. Le ministère de l’Education assume la responsabilité morale et administrative. Ainsi, pendant plus de vingt ans de 1967 à 1987, le contenu de l’enseignement répondait parfaitement aux exigences internationales et nationales de l’éducation des cadres supérieurs de la santé:
Un enseignement préclinique (physiologie, anatomie, biochimie, physiologie, médecine opératoire, avec sa chaine de froid (morgue, frigidaires).
Une éducation clinique dans les centres hospitalo-universitaires de Donka et Ignace Dean, avec la pratique dans les morgues.
Pharma guinée servait de centre d’entrainement pour la faculté de Pharmacie et l’école nationale de santé Mafory Bangoura pour la formation des techniciens de laboratoire et pharmacie.
Comment expliquer aujourd’hui que cette faculté de Médecine manque de ces laboratoires et chambres froides. Pourtant l’enseignement médical continue. Pourtant les deux ministères, celui de la Santé et de l’Education continuent à parler de la bonne qualité de l’enseignement dispensé à la faculté de Médecine. Ces paroles sont une manifestation de la démagogie. La première République n’était pas plus riche que la seconde.
La première République a connu des ministres de la Santé de formations diverses: des médecins, vétérinaires, infirmiers, et même des administrateurs civiles… Les chambres froides n’ont pas disparu. Mais elles se sont mutilées. Les plans triennal et quinquennal ont crée: six hôpitaux de première catégorie et près de trente de seconde catégorie avec leurs centres de pharmacie de vente.
Sous la deuxième République, tous les Ministres de la Santé étaient des médecins, avec malheureusement un bilan regrettable dans le domaine de l’éducation et de la gestion. En conséquence, on en droit de demander à chacun d’eux de rendre des comptes :
a)- la faculté de Médecine avec ses institutions détruites y compris la chaine froide ;
b)- les deux hôpitaux de Conakry qui, dans leur réfection, les responsables n’ont pas inséré les morgues pourtant nécessaires pour la formation des futurs et actuels travailleurs ;
c)- pourquoi, par exemple, Donka a exclu dans son plan de réfection, la reconstruction de sa morgue?
Mes condoléances au Peuple de Guinée pour la disparition de notre Président, Lansana Conté. Mais, sa mort a réveillé le problème de l’insuffisance des matériels autodidactiques de grande valeur, indispensables pour la formation de nos cadres de la santé. Imaginez une faculté de médecine sans bibliothèque, sans chambre froide, sans chaine de froid pour ses laboratoires, un pays ou le cadavre ne peut pas être gardé pour plus d’un jour y compris celui du Président de la République.
Enfin, la présence d’un médecin à la tête du ministère de la santé pendant 24 ans sous la deuxième République n’a fait que détruire le progrès de la médecine en Guinée: pas de nouveaux hôpitaux construits, échec total dans la réfection de Donka, du moins dans sa conception, sans administration, une faculté de médecine sans laboratoire pour le premier cycle, une institution sans règlement codifié. Pire, les facultés de médecine privées poussent partout sans loi ni éthique médicale définie.
Par conséquent, je lance un appel aux ministères de la santé, de l’éducation, de la justice et de la Sécurité pour une médecine légale. Je demande à ces ministères d’élaborer un projet de loi ou décret pour définir les conditions de la pratique de la médecine en Guinée. Le conseiller à la présidence sera chargé de la création de la Commission de reforme en Guinée et une loi définitive sera votée par la nouvelle Assemblée Nationale qui sera élue à la fin de la transition.
Dr. Mory Souanou Bérété Docteur en Médecine Obstétrique et Gynécologie Ph.D, Docteur es science médicale Master public Health (Maîtrise en santé publique) Pédagogie et éducation dans les écoles de santé Membre de la Fédération Internationale des Gynécologues-accoucheurs d’expression française Membre correspondant du Collège Français des Gynécologues-accoucheurs.
Pour www.guineeactu.com
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