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Je suis toujours sous le choc. Depuis que j’ai appris à maîtriser le français et ai acquis le statut d’écrivain-penseur, c’est bien la première fois de ma vie que je suis sans…voix, ni…plume.
Comme en Janvier-Février 2007, les mots me manquent. Comme en Janvier-Février 2007, l’émotion est si immense, si dantesque qu’en me submergeant elle avait d’abord empêché tout appel à la raison, toute mesure, en annihilant chez moi le moindre esprit de tempérance et encore moins de création.
Je ne pensais pas cela pensable.
Je ne m’imaginais pas redécouvrir le précambrien, le néanderthalien ou encore la préhistoire à ma porte. C’est très simple: Moussa Dadis CAMARA vient de m’apporter la preuve qu’en l’homme peut dormir la bête…
Car ce qui vient de se passer en Guinée, dans mon pays, chez des Hommes, chez des HUMAINS, ne peut être qualifié. Ce ne peut être mesuré sur l’échelle des valeurs humaines. Partant, ce ne peut être classé dans les annales de la Guinée voire du continent tout entier.
Jusqu’à ce jour, je suis incapable de mesurer l’effort que j’ai dû déployer sur moi-même pour rester un humain. Cet effort m’aura au moins permis de réaliser ce qui nous différencie des…bêtes justement.
Comme la récitation d’Alfred De VIGNY que de nombreux enfants africains ont apprise à l’école, la bête qui dormait en Moussa «Dadis» CAMARA a causé sa perte.
Citation de l’extrait que l’on m’a appris en classe de sixième:
« Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées. Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris, Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ; Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante, Du chien le plus hardi la gorge pantelante Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer, Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles, Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé, Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé. Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde. Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde, Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ; Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant. Il nous regarde encore, ensuite il se recouche, Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, Et, sans daigner savoir comment il a péri, Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri. »
Pensé et rédigé en 1991 (sur la suggestion de Mme Monique Chajmoviez, une ex-responsable littéraire des Editions L’HARMATTAN à Paris), mon premier ouvrage intitulé:
« GUINEE: derrière le rideau de…cocotiers (La troisième Opportunité) »
publié seulement en 2003 aux EDITIONS DES ECRIVAINS (PARIS), se révèle aujourd’hui tragiquement prémonitoire du destin de mon pays, la République de Guinée.
J’avais à l’époque tiré la sonnette d’alarme. Ne me fiant qu’à l’honnêteté, uniquement tourné vers le patriotisme et obnubilé à la limite de l’obsession par un esprit visionnaire, j’avais posé un diagnostic des plus alarmants de la situation du pays, mis le doigt sur certaines de ses faiblesses (sociales, administratives, ethniques…), puis modestement proposé des pistes qui auraient probablement évité…d’en arriver, entre autres, à la barbarie que nous venons de vivre (après la boucherie de 2007)…
Tout aura été dit, écrit, lancé, déclamé, crié, vociféré sur les innommables événements du désormais tristement célèbre 28 Septembre 2009. Ne revenons pas sur les réactions à travers le globe (à l’exception de celles de pays où la notion d’état d’âme se mesure à l’aune de leurs intérêts personnels immédiats). Focalisons-nous sur la suite des événements et l’issue de la situation guinéenne.
De façon pragmatique deux pistes doivent être sondées et suivies:
1- La première consiste à rapidement former un Gouvernement de transition en exil avec à sa tête Mgr Robert SARAH (ex-Archevêque de Conakry), un homme dont tout le monde connaît à la fois le franc-parler, mais aussi son désintérêt pour s’éterniser à un pouvoir quelconque. Concomitamment, les Partis proposent de façon quasi équivalente des technocrates pour accompagner Mgr Sarah dans cette transition la plus courte possible. A l’issue d’élections les plus transparentes, crédibles et justes possibles, un Président (la présidentielle) et des Députés (les législatives) sortiront, enfin, la Guinée du précipice dans lequel elle croupit depuis un demi-siècle maintenant.
2- On fait appel à la Force d’intervention de l’UA comme cela s’est observé à Anjouan dans l’Océan Indien. Avec l’appui d’une Force Internationale, on chasse du pouvoir puis on capture Moussa « Dadis » CAMARA pour le traduire (comme Charles TAYLOR) devant une juridiction compétente aux fins de jugement pour tous les crimes commis (au vu d’enquêtes des tueries de Janvier-Février 2007 auxquelles il ne serait pas étranger).
De ce point de vue, de nombreux Guinéens - au premier rang desquels des officiers et soldats guinéens vivant à l’étranger - sont désormais prêts à se sacrifier afin que plus jamais le premier va-nu-pieds ne vienne ternir l’image d’un pays dont justement le trait de caractère dominant reste qu’il doit figurer parmi les premiers pays d’Afrique en matière d’expertise, d’intellectuels, de main-d’œuvre qualifiée et surtout de matière grise gaspillée, rouillée, sclérosée et usée et utilisée à mauvais escient dans tous les pays du globe.
Il est indubitable que des milliers d’acteurs sont prêts à financer jusqu’à leurs derniers francs guinéens - ou dollars, euros, yens, yuans, mechkals, dinars - toute action visant à chasser du pouvoir guinéen ces personnes indignes du statut de Guinéen et d’Africain.
Autant c’étaient « LES FORCES VIVES » - qui ne s’opposaient à aucune entité usant de dictature ou d’oppression, autant ce qu’il faut qualifier désormais d’ « OPPOSITION » serait très inspirée de s’unir, parler le même langage, resté DETERMINEE et jusqu’au-boutiste dans sa lutte afin de ramener au pouvoir:
-la compétence
-la transparence
-toutes les probités
-une authentique démocratie
-un réel Etat de DROIT
-une atmosphère et un environnement de CONFIANCE
-des responsables visionnaires et patriotes
NE PLUS RIEN LACHER !
COMBATTRE JUSQU’A LA DERNIERE GOUTTE DE NOTRE SANG !
DOMMAGE QUE JE N’AIE PLUS MES TRENTE ANS
Bali De Yeimbérein écrivain
www.guineeactu.com
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