lundi 30 juin 2008
Gouvernement Souaré : Des femmes se prononcent sur leur faible représentativité
Ahmed Tidiane Souaré

La restructuration et la composition du gouvernement du Dr Ahmed Tidiane Souaré continuent de faire couler des flots d’encre et de salive dans le pays. Notre reporter a rencontré deux femmes leaders pour recueillir leurs réactions par rapport à leur représentativité dans ce gouvernement dit de large ouverture. Il s’agit de Nanfadima Magassouba, présidente de la CONAG-DCF (Coalition nationale des associations guinéennes de défense des droits et de la citoyenneté des femmes) et de Mme Dramé Mariama Ciré Keïta, présidente de l’AGUIFPEG (Association guinéenne pour l’implication des femmes dans le processus électoral et la gouvernance).

Nanfadima Magassouba, présidente de la CONAG-DCF

« Nos plaidoyers sont tombés dans des oreilles de sourds »

« A chaque évènement, nous réagissons. Cette fois-ci, nous n’avons pas pu le faire et c’est l’occasion pour moi de réagir à travers votre grand journal. A l’heure où nous sommes, nous sommes découragées par rapport aux multiples travaux de plaidoyer que nous avons eu à faire, voire des lobbyings. Nous nous rendons compte que les gens sont insensibles à nos déclarations, à nos plaidoyers. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas eu l’information, mais c’est parce qu’ils refusent catégoriquement. Il y a un manque de volonté politique qu’il faut dénoncer. Ce qui gêne et qui est choquant, aucun pays n’est obligé de ratifier une convention. Mais quand tu t’engages et que tu ratifies la convention sans réserve, je crois qu’il faut aller jusqu’au bout de tes engagements. C’est honteux pour le peuple de Guinée que son gouvernement s’engage dans une chose et qu’il n’arrive au bout de ses engagements. La Guinée n’est pas un pays hors planète. Nous devons pouvoir faire tout ce que les autres pays font. C’est ce message de désolation que j’ai à l’encontre du nouveau Premier ministre. On ne peut imaginer dans une équipe de 36 ministres qu’on ait seulement quatre femmes. Je me pose la question du pourquoi un ministère en charge de la Promotion féminine. Dans ces conditions, est-ce que nous allons continuer à demander du financement à nos partenaires. En attendant nous sommes dans l’impasse et nos activités sont au ralenti. Certains hommes parlent de l’incompétence des femmes, je me demande combien d’hommes incompétents sont passés dans des différents gouvernements qu’a connus notre pays. Il est grand temps d’essayer les femmes incompétentes et voir ce qui va se passer. Les gouvernements qui se sont succédé ont tenu compte du copinage. C’est vrai que nos plaidoyers sont tombés dans des oreilles de sourds. Pour le moment, nous sommes en train de réfléchir sur une autre stratégie à adopter. On ne voit pas à qui d’autre s’adresser pour accéder aux postes décisionnels, si ce n’est au Premier ministre et au Président de la République. Ce sont eux qui ont fait ce travail. Peut-être que nos approches ne sont pas les bonnes. La Guinée ne pourra jamais se développer en laissant derrière elle plus de 52% de sa population. Non pas du tout. Nous avons nos manières de revendiquer, nous savons comment mettre la pression. Nous n’avons pas de fusil, et nous ne prendrons jamais des fusils pour quelque motif que ce soit. Nous avons nos méthodes de lobbying. Nous aurons notre moyen de pression pour amener la sourde oreille à nous écouter »

Madame Dramé, Mariama Ciré Keïta, présidente de l’AGUIFREG

« Nous sommes victimes d’une injustice »

« Nous sommes victimes d’une injustice qui ne dit pas son nom. Je me demande ce qui ne va pas. Quand je fais le bilan du nombre de plaidoyers qu’on a fait pour l’implication des femmes dans les sphères de décision, on ne peut imaginer cette injustice faite à la majorité de la population guinéenne. La CONAG-DCF a même organisé une caravane sur ce sujet. Personnellement, mon ONG a touché à tous les acteurs impliqués dans le processus électoral pour une bonne représentativité des femmes. Le Premier ministre Souaré nous a déçues. En se référant à la Loi fondamentale, il est clairement dit que les femmes et les hommes sont égaux. Malheureusement, tel est loin d’être le cas aujourd’hui en Guinée. La seule voie de recours que mon ONG propose, c’est de dire à toutes les autres structures féminines pour qu’ensemble nous touchions à la porte du Président de la République. Je sais que ce dernier essayera de nous écouter et rendre justice en notre faveur.

Pendant que nous sommes en train de sensibiliser les femmes pour leur forte implication dans le processus électoral, les décideurs sont en train de nous poignarder dans le dos. A cette allure, nous craignons que les partis politiques n’emboîtent le pas au Premier ministre »

Propos recueillis par Aly Badara Condé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Bilguissa, lundi 30 juin 2008
Avec la solidarité et la détermination nous nous ferons écouté respecter. Je suis avec vous et battez vous avec vos moyens et surtout ne lâchez! C`est avec des femmes comme vous que nous allons recouvrer notre dignité, le respect et l`égalité. À CAPACITÉS ÉGALES, TRAITEMENTS ÉGAUX!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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