dimanche 23 décembre 2007
Gouvernement Kouyaté, un bilan mitigé
Lansana Kouyaté

Pendant que le chef du gouvernement faisait la navette entre Vienne, Lisbonne et Paris pour, dit-on, vendre l'image de la Guinée dans la diversité de ses richesses et de ses besoins,  à Conakry, Dr Ousmane Doré, son ministre de l'Economie et des Finances était entendu par le public à travers l'émission ''Appels sur l'actualité'' sur le bilan des actions gouvernementales après dix mois d'existence.

Cette émission de RFI, animée par Juan Gomez a, faut-il le souligner, le grand mérite d'avoir enfin permis la confrontation directe et en public entre un représentant du gouvernement et les citoyens sur les résultats accomplis par l'équipe Kouyaté depuis sa mise en place. En quarante minutes de temps d'antennes, Dr Ousmane Doré a tenté de sauver ce qui pouvait l'être du bilan gouvernemental qui, en réalité, est aujourd'hui loin de combler les attentes du peuple. Mais avant de passer au crible le bilan  des actions gouvernementales, il apparaît tout à fait judicieux de faire une récapitulation du contexte qui aura engendré la naissance de ce gouvernement. Il faut donc rappeler que le principe de la mise en place d'un gouvernement de ''large consensus'' dirigé par un chef de gouvernement a été arraché au terme de plus de 45 jours de convulsions sociales déclenchées par les principales centrales syndicales du pays.

Un faisceau hétéroclite de malaises politico-juridico-économiques caractérisant la gouvernance du pays en a été la cause principale. Ces malaises avaient pour noms l'impunité et la corruption qui gangrenaient l'appareil judiciaire, la détérioration criarde des services sociaux de base (eau, électricité, santé…), une cacophonie indescriptible au sommet de l'Etat, l'effondrement spectaculaire du pouvoir d'achat des citoyens, la hausse généralisée des prix des denrées de première nécessité sans doute liée à une inflation monétaire record. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour favoriser l'éclosion d'une contestation générale. C'est sur cette braise ardente que Lansana Kouyaté, sur une liste de 4 personnes proposées par les protagonistes de la crise (syndicats et société civile), sera désigné pour calmer le pays qui était à deux doigts du gouffre. Force est de reconnaître que la Guinée vient de loin, voire de très loin et que le fardeau de l'héritage est extrêmement difficile  à relever en si peu de temps, surtout en moins d'un an d'activités complètes.

Qu'à cela ne tienne, 10 mois d'existence suffisent aussi largement pour tout gouvernement conséquent  pour envoyer les signaux d'un début de changement qualitatif et quantitatif auquel aspirent les Guinéens depuis 1958. Le Premier ministre Lansana Kouyaté et ses ministres qu'on prenait pour des ''Messies'' il y a 10 mois mériteraient-ils encore cette appellation ? Les résultats qu'ils ont accomplis par rapport aux objectifs définis dans la feuille de route inspirent-ils l'espoir de leurs compatriotes à ce niveau du parcours ? Voilà tant d'interrogations que ce débat direct entre le public auditeur et Dr Ousmane Doré aura permis de camper. D'entrée de jeu, l'invité prestige de l'émission, Dr Ousmane Doré va rappeler quelques données techniques chiffrées d'avant la crise et celles atteintes à ce jour par leur équipe. Revisitant les priorités qui ont été déclinées dans le discours programme du Premier ministre au lendemain de l'installation du gouvernement, le ministre Dr Ousmane soulignera que la restauration des équilibres macro-économiques a été l'un des maillons de ce programme d'urgence. Selon lui, les agrégats macro-économiques les plus indicatifs pour mesurer le redressement de l'économie nationale sont l'inflation et la croissance qui, a-t-il dit, sont au rendez-vous aujourd'hui.

Concernant le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), il a indiqué qu'il était seulement de l'ordre de 2,3% pendant les 5 dernières années et 39% pour l'inflation monétaire. Aux dires du ministre, cette saignée économique a tendance à être maîtrisée par le gouvernement. A ce niveau, il a tenu à préciser que la baisse de l'inflation s'adresse à l'évolution du niveau général des prix sur le marché qui n'est pas à confondre à l'accroissement de ces prix dont le rythme est quasiment nul aujourd'hui, dira Dr Ousmane Doré. Il a aussi défendu que l'option du gouvernement en arrivant aux affaires n'était pas de geler les prix de façon administrative ou par un contrôle des prix. S'appuyant sur le raffermissement du Franc guinéen face aux devises et sur le retour de la confiance entre le pays et ses bailleurs de fonds, il soutiendra que le gouvernement semble parti sur de bons pieds. S'agissant de la promotion de l'emploi des jeunes, le ministre Doré a certifié la mise en place d'une agence de la promotion de l'emploi jeune pour laquelle, révèlera-t-il, un fonds de 10 milliards aurait été déjà constitué. Parlant de la transparence, il a annoncé la création d'un ''numéro vert'' pour dénoncer tous les cas de délits ou de malversations économiques financières constatées. A travers l'éclairage de certaines artères à partir des sources solaires. Dr Doré a affirmé qu'il existe une amélioration sensible dans la desserte du courant. A propos de ce secteur de l'électricité, il a reconnu que le gouvernement doit procéder à la privatisation, tout comme celui de l'eau. Mais au préalable, il a exigé que chacun de ces secteurs soit soumis à une " cure " sur le plan de la gestion et de l'équilibre financier. Si sur le plateau de l'émission, certains auditeurs partageaient entièrement ces arguments développés par Dr Ousmane Doré, d'autres en revanche ont estimé qu'ils sont nettement en déphasage avec la réalité. Parmi eux, certains ont demandé au ministre citer 5 denrées alimentaires dont les prix sont différents de ce qu'ils étaient avant les mouvements de grève. Ousmane Doré n'aura fait qu'esquiver habilement cette question embarrassante. Pour ce qui est du niveau de la desserte, malgré l'existence d'éclairage public solaire cité par Doré, il a rappelé que ce niveau de la desserte en eau et en électricité dans bien des quartiers de la capitale devient de plus en plus critique, voire pire qu'avant. Sur le plan de la justice, ils ont fustigé la lourdeur du gouvernement par rapport au règlement de la revendication des avocats qui exigeaient le jugement de deux officiers de police qu'ils accusaient d'avoir violé le droit de deux de leurs. Une attitude qui n'aspire pas à leurs yeux une garantie dans la lutte contre l'impunité clamée par le gouvernement. Comment faut-il faire confiance à un gouvernement qui éprouve déjà du mal à faire sanctionner deux officiers de police, le jour où il sera question d'entendre un officier supérieur? Dans le domaine de l'Education, il a également été porté à l'intention du ministre de l'Economie que les Institutions d'enseignement supérieur restent, en dépit des reformes engagés par le département, toujours en proie à la corruption, à la pléthore des effectifs.

''A se prononcer sur ce qui est déjà fait et ce qui reste à faire par le gouvernement, je dirais que son bilan est négatif'', conclut un auditeur. A la lumière de tout ce qui précède et vu l'énormité du défi à relever, il ne serait guère exagéré aujourd'hui de demander au peuple, même si durement éprouvé par tant d'années de souffrance et de misère qu'il ne mérite point, d'accorder encore un sursis au gouvernement. D'autant que les restructurations des départements jugés nécessaires à l'exécution des programmes promis ne sont pas jusque là effectives. Ce qui ne voudra pas dire que ce sursis doit se prolonger indéfiniment dans le temps et dans l'espace. La restructuration des départements ministériels est désormais acquise Dès lors qu'ils seront " meublés " des hommes et des femmes qu'il faut, le gouvernement n'aura plus droit à des excuses dans l'accomplissement de l'importante mission qui est la sienne.

Camara Moro Amara

Source : Journal L’Indépendant, Conakry

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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