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Le visage du Gouvernement d’union nationale de transition est désormais connu. Lundi 15 février dernier, c’est une équipe de 34 membres qui a été nommée par le président de la Transition sur proposition du Premier ministre Jean Marie Doré. Sa mission, conduire la Guinée vers des élections libres, transparentes et crédibles dans un délai de six (6) mois. Autopsie d’une clé de répartition qui ouvre et alimente des débats houleux.
Le Gouvernement du Premier ministre de Transition aura ratissé large pour regrouper les sensibilités les plus significatives du pays. Ainsi, des personnalités issues de la classe politique, de la société civile, du syndicat et de la junte militaire ont été cooptées dans cette équipe que certains observateurs qualifient de pléthorique.
Il est certes difficile de préjuger de la réelle capacité de ce Gouvernement à mener à bon port le navire de la transition pour en arriver à des élections acceptées de tous les acteurs qui seront en compétition lors des prochaines joutes. Toutefois, l’on peut s’atteler à un petit examen de ses composantes.
Des militaires reconduits, mais pas de nouveaux promus
Ainsi, il tombe sous le sens que le Premier ministre a dû se résoudre contre bonne fortune à garder des militaires du Conseil national pour la démocratie et le développement (junte). Le maintien des six hommes en treillis dans cette équipe divise aujourd’hui l’opinion dont une partie persiste à se demander pourquoi les nommés Mamadou Korka Diallo (Pêche), Siba Lohalamou (Justice), Kéléti Faro (Agriculture), Mamadou Sandé (Energie) ont-ils été repêchés. Par contre, la présence du général Mamadou Toto Camara (ministre d’Etat chargé de la Sécurité et de la Protection Civile) et Mathurin Bangoura (Transports), emporte l’adhésion du public. Sur cette présence treillissée, il faut constater que l’entrée de nouveaux militaires dans le gouvernement a été évitée par le Premier ministre dont on dit qu’il voulait pourtant s’en passer. Cette démarche a-t-elle été facilitée par la volonté du président de la Transition le général Sékouba Konaté d’éloigner les militaires de l’exercice du pouvoir politique ? Si tel est le cas, il vaut mieux garder ceux qui y étaient plutôt que de faire appel à de nouveaux.
Le Gouvernement de Jean Marie Doré a par ailleurs profité aux syndicalistes et aux acteurs de la société civile. Qui, en termes de postes importants, semblent avoir quelque peu raflé la mise devant les partis politiques. En témoigne l’affectation du Président par intérim du Conseil National des Organisations de la Société Civile Bakary Fofana au ministère d’Etat chargé des Affaires Etrangères, de l’Intégration africaine et de la Francophonie. Nanfadima Magassouba (Promotion féminine), Mme Sy Mariame Diallo (Tourisme), Thierno Aliou Diaouné (Jeunesse et Sports) sont également de la Société civile. Le ministère d’Etat chargé de la Fonction publique, de la Réforme administrative, du Travail et de l’Emploi est un autre gros morceau qui est revenu au mouvement syndicaliste à travers Penda Diallo, de la Fédération syndicale des Banques et Assurances. Elle est rejointe dans le gouvernement par l’autre syndicaliste de l’éducation en l’occurrence El Hadj Bamaba Camara, nommé au ministère de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales, et Yamoudou Touré qui va au ministère des Travaux Publics.
« Grands » partis, « petits » ministères ?
La part du gâteau gouvernemental dont la classe politique guinéenne s’est taillée mérite également d’être épluchée. Dans ce lot, il y a Mansour Kaba (Parti Djama) au ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat ; Ghandi Tounkara (FUDEC) au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique ; Amadou Lélouma Diallo (UFR) au ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Education Civique ; Dr Mamadou Saliou Bella Diallo (UFDG) au ministère de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle ; Talibé Diallo (PUP) au ministère des Postes, des Télécommunications et des NTI ; Mamadou Niaré (PEDN) au ministère du Commerce et de l’Industrie et de la Promotion du Secteur Privé ; Dr Ibrahima Sow (RPG) au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ; Aboubacar Sylla (UFC) au ministère de la Communication ; Mamadou Mouctar Diallo (NFD) au ministère de l’Elevage ; Lucien Mbendou Guilao (PNR) au département chargé des Guinéens de l’Etranger.
Cette liste est complétée par les ministres issus du parti du Premier ministre, en l’occurrence Aly Gilbert Ifono (Décentralisation et Développement Local), Georges Gnankoye Delamou (Environnement, Eaux et Forets, Développement Durable) et Kerfella Camara (ministère du Contrôle économique et des Audits). Pour certains analystes, le Premier ministre a systématiquement évité de placer des hommes politiques à un ministère qui pourrait influencer le déroulement des élections. Ainsi, Jean Marie Doré a misé sur Nawa Damé pour gérer le ministère de l’Administration du Territoire et des Affaires politiques. Le nouveau promu au MATAP, qui a été à la fois préfet et gouverneur est censé être un homme neutre et efficace.
Les amis du Général et du PM…
Il faut tout de même souligner que parmi les ministres appartenant au syndicat, à la société civile et à classe politique, Jena Marie Marie Doré peut compter sur de grands amis tels que Bakary Fofana, Talibé Diallo et Yamoudou Touré, qui sont censés être ceux-là qui lui auront beaucoup conseillé lors de la formation de son gouvernement. Mieux, certains vont jusqu’à dire que ces trois personnalités ont été cooptées uniquement à cause de leurs liens amicaux avec le Premier ministre. En d’autres termes, ils n’auraient pas été proposés par leurs bases respectives. L’autre facette de ce visage gouvernemental comporte ceux qu’on pourrait appeler les hommes du général Sékouba Konaté. Il s’agit notamment des civils, qui auraient gardé leurs postes par la seule bénédiction du président de la République par intérim et président de la Transition. C’est le cas du ministre de la Culture et des Arts Fodéba Isto Keira et de la ministre du Plan et de la Coopération internationale Djénabou Saifon Diallo. S’agissant du ministre des Mines et de la Géologie Mahmoud Thiam, il se raconte que c’est grâce à l’insistance du Capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte, qu’il aurait gardé son poste. Même si un deuxième groupe pense que l’actuel Premier ministre le trouve suffisamment compétent. La nomination de l’ancienne ministre de la Santé (sous l’ancien Premier ministre Tidiane Souaré) prête encore à équivoque même si certains observateurs affirment que c’est le Premier ministre Jean Marie Doré qui l’a proposée au président de la Transition. En fin, il y a la confirmation du Secrétaire général des Affaires religieuses Koutoub Moustapha Sano qui, elle, est qualifiée de juste. Au regard du succès qu’a connu l’organisation du Hadj 2009.
Aujourd’hui, l’opinion attend de voir sur quel pied dansera le nouveau gouvernement, qui risque de se faire des soucis avec la présence d’un Cabinet présidentiel de 23 membres. Dont les fonctions ont parfois une homonymie avec celles des nouveaux ministres.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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