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La Guinée est un scandale géologique, a-t-on coutume de dire. Vu la pauvreté des Guinéens, tous les gouvernements qui se sont succédé ces derniers temps ne trouvent comme argument pour la mise en œuvre de leur politique de développement que cette révision. Le CNDD aussi en fait cas, mais à une période où la crise financière frappe toutes les industries minières. Que faut-il faire ? La question reste posée.
Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), au vu des déclarations et de la composition du gouvernement de transition, compte énormément sur la révision des conventions et accords miniers. Selon un analyste économique, si l’on n’y prend garde, cette révision risque de fermer les portes des compagnies minières. Notre interlocuteur affirme qu’avec la crise financière mondiale, nombreuses sont les industries minières qui jugent nécessaire de réduire leur production, voire réduire leur personnel. D’une manière intelligente, la Guinée peut renégocier les contrats sans pour autant compromettre l’avenir des employés et des sociétés. Quand, aux premières heures de la prise du pouvoir par le CNDD, le président de la République le capitaine Moussa Dadis Camara a dénoncé la corruption qui accompagne l’attribution des contrats miniers, il avait déclaré : « On a bloqué le secteur minier. Il y aura une renégociation, une révision des contrats ». Mais, ce qui a le plus marqué les acteurs économiques, c’est que le président devrait laisser certains observateurs prendre connaissance desdits contrats.
Cette révision ne laisse pas indifférents les milieux financiers mondiaux qui ont exprimé leurs inquiétudes dans les bibles de la finance. Comme le Times de Londres qui titrait en première page : « La dépossession des concessions minières en Guinée ». Cet article affiché sur le net fait ralentir d’autres investisseurs qui ont choisi la destination Guinée. Déjà, le 24 décembre 2008, au lendemain du coup d’Etat, la firme de consultants en sécurité d’investissement « Eurasie Group » écrivait à ses clients parmi lesquels de puissantes entreprises gestionnaires de fonds de pension et de banques d’investissements, que les miniers Rio Tinto, Alcan ou encore Alcoa ont fermé certaines usines. Une des conséquences à long terme d’une renégociation non-conforme à la règle, est que les projets miniers dans le pays feront face à un retard et les exportations guinéennes pourront baisser pendant que les coûts d’opération et les risques légaux politiques, sécuritaires et de réputation pour les compagnies minières étrangères vont accroître de façon substantielle. Pas de quoi convaincre un banquier qui croule sous les pertes d’investissements dans des pays réputés sûrs, et qui comme Citibank, financier du projet de l’aluminerie de Boké, affiche des pertes record de 8 milliards de dollars en 2008. Et tend la main au trésor public américain, pour le financement de projets en Guinée.
Selon une déclaration récente du Fonds monétaire international (FMI), la majeure partie des compagnies qui évoluent en Guinée dans les domaines de la bauxite et du fer sont des multinationales dont les chiffres d’affaires dépassent de loin le produit national brut de la Guinée, qui est de 4,95 milliards de dollars. Que dire de la chute vertigineuse des coûts des matières premières ? Pour le fer, le cours de ce minerai qui avait augmenté de 67 pour cent au début de l’année 2007 à 80 dollars la tonne, a explosé dans la première moitié de 2008. La demande mondiale de ces dernières années a poussé le prix à un record de 197 dollars la tonne en mars 2008. Dans les secteurs de l’alumine et la bauxite, les principaux acteurs de l’aluminium opérant en Guinée sont eux aussi en pleine crise. Certains prévoient des licenciements massifs et ont même fermé des usines d’aluminium en Grande Bretagne. Il est tombé de plus de 50 pour cent en 2008 et les autres fonderies réduisent drastiquement la production. Mais le plus troublé est l’opérateur de Fria et Kindia. L’exploitation des mines d’or qui demande un coût d’investissement plus faible est opérée par des entreprises dont la plupart sont de taille moyenne, et qui seront beaucoup plus vulnérables à la pression des nouvelles autorités du pays. Et pourtant, en cas d’arrêt de la production, elles pourraient elles aussi invoquer une rupture de contrat pour pouvoir faire traîner les négociations en attendant de voir. Les renégociations ne doivent pas servir à diaboliser les investisseurs.
Synthèse de Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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