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Le paradoxe est l’apanage de la politique guinéenne. Tout y trouve son explication et sa justification. Même cette confusion entretenue dans les prises de décisions et autres dispositions. C’est donc par rapport à cela qu’il ne serait pas aujourd’hui surprenant que déjà, le besoin de remanier ce gouvernement à peine installé, soit d’actualité. Pour autant de raisons que d’intérêts qui le rendraient opportun aux yeux de ceux qui s’y emploient dans l’ombre. Le gouvernement Kouyaté a quitté la scène plus vite que prévu, victime de la mauvaise gestion des acquis des mouvements de janvier et février 2007. Les syndicalistes qui ont engagé les populations guinéennes dans cette entreprise suicidaire contre un pouvoir résolu à ne rien perdre de son patrimoine, se contenteront, au pied de l’impossible, d’un compromis assez fictif. Des accords mal ficelés qui attribuaient à un Premier ministre sans statut légal, un certain nombre de charges déléguées par le chef de l’Etat. Kouyaté qui n’est pas dupe se contentera de voyages et d’inaugurations d’édifices prestigieux et autres idoles érigées aux différents carrefours de la capitale. D’intéressants vestiges historiques légués à la postérité, tout au moins. Dans toute cette affaire d’accords tripartites, c’est le président Conté qui nommait aux hautes fonctions, mieux, qui limogeait à volonté. Comme pour marquer les limites et les insuffisances de ce sacré parchemin d’accords dont les auteurs finiront par se convaincre de l’absurdité de leur projet. Pour en finir avec ce théâtre qui n’aura que trop duré, le président Conté se débarrassa de Kouyaté, le jour même où celui-ci avait inauguré ‘’le couple d’antilopes’’ au rond-point du Commissariat central de Kaloum. Un mauvais présage ! Tous les accords tirés par les cheveux venaient d’être jetés à la poubelle, avec le limogeage de Kouyaté. Les syndicalistes, complices de toutes les actions d’éclat, en prirent acte. Pouvait-il en être autrement, quand les combattants d’hier se compromirent à travers leur participation cupide au gouvernement Kouyaté, oubliant du coup leur vocation et prenant goût aux intérêts que procure la gestion d’un poste ministériel, avec tous les avantages qui y sont liés. Des syndicalistes mués en hommes politiques continuent leurs aventures, même au sein du gouvernement Souaré. Toute la patience de l’Inter centrale syndicale y trouve sa motivation. Il ne lui restera plus qu’à en prendre acte. Une option que lui impose sa démission face à sa vocation première. Le général Conté récupéra l’entièreté de ses pouvoirs et en profita pour nommer un premier ministre de son choix, sans contraintes ni réactions. Cet autre premier ministre, comme le précédent, reste un missionnaire de son mandant, ne pouvant user que de la marge que lui accorde le chef de l’Etat. Sa nomination est d’autant une violation de la constitution, que son poste reste soumis aux exigences d’un pouvoir qui peut, quand il le jugera opportun, mettre fin à sa fonction, sans prendre le pouls des syndicalistes. A la différence de Kouyaté, qui semblait jouir d’une certaine légitimité populaire, le Dr Souaré est le choix exclusif du général Conté, moins pour combler un vide que le départ de Kouyaté serait supposé avoir laissé, que pour mettre à l’épreuve, le génie d’un homme qui, jusque-là, a su ménager le chou et la chèvre. La délicatesse de la situation qui se vit en Guinée ne donne pas de temps aux actions réelles de développement. L’ampleur des revendications qui se suivent de façon à couper le souffle au gouvernement, les besoins sociaux en instance, les charges qu’implique l’installation de 36 ministres dont certains ne répondent à aucune nécessité sinon que pour imprimer ce caractère d’ouverture à une entreprise qui pèche par son incohérence, sont autant de signes précurseurs qui annoncent un pressant besoin de rajuster l’équipe gouvernementale, dans une proportion raisonnable. Surtout que les récentes dispositions du chef de l’Etat, à travers ‘’ses décrets, faux et vrais’’ sont loin de rassurer sur les objectifs visés. Il y a comme un relent de changement profond qui embaume l’air. Ce qu’il convient de souligner, cependant, c’est que le pouvoir et son entourage proche semblent moins doués à conduire les affaires de l’Etat, de façon à opérer des changements exigés par les populations, tant du point de vue de la gouvernance que du choix des ressources humaines qu’il faut, pour apaiser les tensions latentes. Si jamais le remaniement dont on pressent déjà le souffle chaud devait faire revenir au gouvernement des hommes décriés pour leur passé sombre, alors, le semblant de paix observé, jusque-là, sera dangereusement compromis. Les Guinéens sont sur le qui-vive. En attendant que les choses se clarifient. Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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