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Les Guinéens n’étaient jamais si proches d’une sortie de crises définitive avec l’arrivée tant souhaitée de Lansana Kouyaté pour occuper le poste de PM, suite aux mouvements insurrectionnels de janvier et de février 2007. Les défis étaient certes grands, les espoirs aussi. Mais quelques mois seulement auront suffi pour juger l’homme, qualifié à tort de messie tant et si bien que les Guinéens projetaient en lui les espoirs les plus fous. La suite ? Chacun le sait : le messie acclamé était désormais lapidé dans la haute banlieue de Conakry. Un brusque changement qui a poussé l’ancien PM dit de consensus à changer d’itinéraire pour se rendre à son lieu de travail.
En fait, ce diplomate convaincu avait fait de nombreuses promesses dont celles de donner eau et électricité en trois mois à toute la population de Conakry. Iskine ! C’était trop ambitieux, à la limite très prétentieux. Partout où il passait, des personnes en délire criaient PM de consensus. Quel consensus ? Celui de mener la Guinée en bateau ! Puis vint un autre sauveur, les Guinéens oubliant vite, acclament cet autre. Tidiane Souaré crée une autre dénomination : Gouvernement de large ouverture. Ce Diakanké de Mali a lui aussi fait semblant de consulter certains acteurs politiques, religieux, syndicaux, etc. et trouve enfin un gouvernement vraiment de large ouverture, en dépoussiérant certains cadres de Kouyaté pour les reconduire dans le bateau... ivre. Les Guinéens, les regardent et attendent encore et toujours que leurs rêves soient enfin une réalité. Les mêmes démagogues ministres inondent dans leurs discours des rengaines à vous couper le souffle : « grâce au gouvernement de large ouverture de SEM Ahmed Tidiane Souaré… ».
Les espoirs se sont encore transformés en cauchemar jusqu’au moment où arrivaient sur l’arène des jeunes militaires à la gâchette facile. Un PM a été réclamé, puis nommé ; mais sans aucune responsabilité si ce n’est applaudir niaisement les dérives télévisées du chef de la junte alors au pouvoir. Les mêmes déceptions ont habité les Guinéens pendant toute la gestion de Komara, pourtant faisant partie des quatre cadres choisis en 2007 pour présider aux destinées de la Nation. Ce fut, pour dire tout net, un véritable cauchemar. Cet homme humble s’en va aujourd’hui et cède sa place à un modeste et très vieil opposant guinéen : Jean-Marie Doré. Bien connu des Guinéens, ce nouveau promu risque de suivre ses devanciers soit avec un gouvernement de large ouverture, un gouvernement de large consensus ou un gouvernement « de bonne hybridité ». On aura dorénavant compris que ni avec Kouyaté, ni avec Souaré ces dénominations plutôt démagogiques n’ont aidé la Guinée à sortir de l’impitoyable gué.
Résister aux groupes de pression ou périr...
C’est pourquoi, il nous est donné de sentir un parfum d’échec retentissant. En effet, des hauts responsables civils et militaires coincés derrière un paravent de pseudo-fidélité à l’hôte de Ouaga 2000 sont actuellement loin de s’avouer vaincus. Ils useront alors de tout pour noyer Doré et son bateau. Surtout si leurs propositions n’auront pas été prises en ligne de compte. De toute évidence, en lieu et place de telle personne proposée par telle structure ou par tel homme, Jean-Marie Doré doit se pencher sur les compétences, l’intégrité et le patriotisme de ses futurs collaborateurs. Le nouveau PM a dû sans doute tirer les leçons des échecs de ses prédécesseurs : Komara, Souaré, Kouyaté, etc. Il lui serait donc impardonnable de commettre des gaffes en nommant par népotisme ou par clientélisme des cadres au patriotisme chancelant dont l’unique objectif serait de s’en faire plein les poches. Au mépris de Tout. Ce n’est pas la mer à boire pour Doré. C’est bien ces cadres au patriotisme chancelant, manifestement très prolixes en lyrisme, qui infestent actuellement son modeste domicile à Donka. Ce sont des spécialistes, des vrais M’batoula que plus rien ne saurait réduire. Actuellement, le seul salut pour Doré, ce n’est ni plus ni moins que se fier aux compétences et autres valeurs morales pour nommer un ministre. Sinon, le leader de l’UPG se plante dans les jours à venir.
Comme quoi, la formation du gouvernement Doré constituera le premier grand oral pour le septuagénaire qui a longtemps couru après le fauteuil présidentiel sans jamais être même outsider. A plus forte raison favori. Toujours tocard désigné! Comme pour dire que tous les critères bâtis sur l’ethnie, la classe sociale, etc. pour nommer un ministre à des fins d’équilibrisme gouvernemental ne sont que de faux débats. Place donc au dicton: The right man at the right place. Jean-Marie doit s’interdire de fait de donner trop de poids aux déferlements des mouvements de soutien, comme ceux initiés récemment par les siens. Qui ne se rappelle pas encore des tardives et émouvantes confessions outre frontières du chef de la junte d’alors Moussa Dadis Camara ? « Je sais que beaucoup ont profité de ce pouvoir pour faire du n’importe quoi, je ne vais pas citer de noms. Eux-mêmes se connaissent, certains sont parmi nous. Il faut qu’ils cessent. Mais j’ai peur pour mon ami (Sékouba Konaté, ndlr). Il ne faut pas que les mêmes personnes qui m’ont trompé en se basant sur l’ethnie le trompent. Si c’était pour l’ethnie, je n’allais pas être au pouvoir. »
Sékouba Konaté, lui, a compris le message de Dadis Camara. Car, il a bien flétri la démagogie connue et reconnue à certains Guinéens placés ou non dans les hautes sphères administratives. Il a par ailleurs promis de combattre ce fléau. Seul hic, les M’batoula eux, sont très forts et résistent en toutes circonstances.
Quoiqu’il en soit, Jean Marie Doré est largement prévenu. Même s’il ne s’est pas encore prononcé sur sa candidature à la prochaine présidentielle. A priori, dès qu’il a accepté d’être PM – tous les sept PM se sont malheureusement cassé les dents, même Lansana Kouyaté qui jouissait du soutien et de la Clémence divine – de transition, ses rêves pour la course fondent comme beurre au soleil. A moins qu’il ne veuille emprunter les sillons d’un certain Moussa Dadis Camara. Ce n’est tout de même pas si sûr de faire passer banalement la pilule dorénavant identifiée par des Guinéens réformistes. A qui profiterait alors le flou entretenu ? Peut-être à certains courtisans naïfs du leader de l’UPG.
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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