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Préméditée, pourrait-on qualifier l’initiative du président de la transition qui nous lance de plain-pied dans l’après-scrutin avec déjà un gouvernement d’union nationale en herbe. Le président Konaté peut être plein de bonne foi, mais est très mal placé pour en parler. Il n’a de mission que de conduire la transition jusqu’au bout à notre sens. C’est la prestation de serment du futur président qui sanctionnera cette phase, c’est seulement alors que la formation d’un gouvernement- sera à l’ordre du jour.
Si l’option nationaliste du consensus est à faire valoir, le gouvernement d’union nationale repose sur des préalables qui ne sont pas réunis à ce jour : l’acceptation de l’autre et un minimum de partage dans la manière d’appréhender les grandes orientations du parti majoritaire. Et dans le cas précis de la Guinée, il faut dès maintenant se préparer à un profond processus de reconstruction des fondements de l’Etat. Puisque tout le monde se le dit, l’Etat est très faible. C’est pourtant un Etat fort qui est à même de garantir l’organisation d’une véritable reconsolidation nationale. C’est après ces étapes que les vraies questions de vie nationale seront abordées.
On ne peut pas reprocher au président Konaté de vouloir garder en devers lui les ficelles du prochain régime. Il a dit partout et à qui veut l’entendre qu’il ne veut pas rester au pouvoir ; on le lui concède. Ce qui nous préoccupe, c’est la nature des motivations qui l’ont animé à initier maintenant et dans ce climat sulfureux, un gouvernement d’union nationale alors que la tenue du deuxième tour se fait attendre. Certains de ses proches se positionneraient-ils à conserver de fait le pouvoir ? Ou bien créerait-il lui-même les conditions d’un retour forcé de l’armée au pouvoir ? On en doute. On sait par expérience, que dans de nombreux pays, l’armée s’est taillée de façon hégémonique ce statut de superviseur de la vie politique. La Turquie, l’Algérie, le Niger, le Nigeria, entre autres, sont des exemples de cas où l’armée contrôle strictement la vie politique. Et pour un OUI ou pour un NON, elle se réserve le droit d’intervenir.
Ceci étant, nous attirons l’attention sur les dangers d’une ingérence hégémonique de l’armée dans la vie politique de l’après transition. Nous mettons les membres de la classe politique en garde contre toute forme de marchandage qui étoufferait l’élan de redressement du pays. Nous estimons que dans les conditions actuelles, les acteurs de la classe politique ne devraient pas céder aux velléités normalistes de certains conseillers mal en point. Il ne faut pas créer un système à fond miné où les uns travaillent à l’échec des autres. Même dans des pays où la démocratisation s’est plus ou moins bien passée comme au Mali, et où le terrain avait été bien défriché pour un changement qualitatif, il a fallu plus de 15 ans au parti majoritaire pour poser les jalons d’une cohabitation productive.
Ce n’est donc pas dans cette atmosphère sulfureuse teintée de méfiance et de coups bas de toute sorte qu’on pourrait engager une quelconque cohabitation, au risque de mettre le redressement souhaité en péril.
Kalifa L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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