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Après les dispositions strictes affichées par le département de la communication pour la gestion de la couverture de la campagne électorale des 24 candidats retenus, le Directeur général de la Radio Télévision Guinéenne outrepasse l’arrêté conjoint pris par le ministère de la communication.
Voici le témoignage du ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement sur les raisons qui ont motivé cette suspension.
« Comme vous le savez, nous sommes entrés en campagne électorale, les medias de services publics sont régis par des dispositions strictes et précises du code électoral en ce qui concerne la couverture de cette campagne. En accord avec le conseil national de la communication (CNC), j’ai pris un arrêté qui règlemente l’accès de tous les candidats aux medias des services publics dans le cadre de cette campagne électorale. Donc le temps d’antenne a été fixé, l’heure de passage a été définie par tirage au sort devant un huissier de justice. Les équipes multimédias ont été constituées et leur affectation a été faite aussi devant un huissier de justice. Toutes ces dispositions-là c’est pour assurer une stricte égalité de traitement entre tous les candidats car la crédibilité du scrutin et le caractère incontestable des résultats dépendent de cette équité et de cette neutralité, aussi de cette impartialité des medias de services publics pendant la campagne électorale ».
Selon le patron des services de la communication, rien n’explique la volonté manifeste du Directeur général de la RTG d’outrepasser une décision qui pourrait compromettre les fondements de ce Gouvernement d’union nationale.
Et de renchérir, « Notre gouvernement d’Union nationale de transition a pour règle essentielle de rester neutre dans cette élection. C’est pour cette raison que nous sommes engagés de ne pas faire acte de candidature. C’est pour assurer la neutralité, l’impartialité dans ces élections car nous sommes convaincus que c’est absolument indispensable pour que les élections ne soient pas contestées. Et donc pour que les élections aient un caractère apaisé. Qu’est-ce qui s’est passé pour cette émission dont les temps d’antenne étaient prévus pour la campagne électorale ? On a donné quatre minutes à chaque candidat, on a demandé d’arrêter toutes les émissions et débats pendant cette période de campagne. L’émission dont il est question ‘’Face au public’’ est hebdomadaire. Donc, on a dit que dans la semaine, il ne peut y avoir qu’une émission. Puisque c’est une émission hebdomadaire et que la campagne dure un mois, on ne pourrait inviter que quatre leaders. Ce qui serait totalement inégal et injuste. Donc nous avons dit, il faut arrêter cette émission et en lieu et place j’ai demandé au directeur général si on peut inviter les leaders politiques, les candidats, directement sur le plateau du journal comme invités de la rédaction. Pour qu’en quarante cinq minutes ou en une heure, dans le même temps que l’émission ‘’Face au public’’, on puisse vraiment les interroger. Mais c’est une émission qui passe en direct, donc qui n’exigerait pas de temps de montage ou de diffusion et ce qui permettrait de faire une émission quotidienne. »
Et de revenir sur ce qu’il qualifie de faute lourde vu les dispositions techniques prises devant un huissier avec les responsables de la RTG.
« On s’est mis d’accord sur ces dispositifs. A mon grand étonnement, il passe l’émission ‘’Face au public’’ qu’on avait décidé d’arrêter avec Alpha Condé. Et mieux, évidemment, dès que l’émission d’Alpha Condé est passée, Kassory dit ‘’moi aussi je vais passer’’. Ils font falsification et passent également l’émission de Kassory contre l’avis de la commission de supervision. La campagne médiatique a été mise en place au ministère. Et pourtant le président de cette commission chargée par le secrétariat général du ministère a dit de ne pas faire passer l’émission parce que ça serait un traitement inégal des candidats. Mais il a dit qu’il est prêt à en assumer les conséquences, il faut qu’il fasse l’émission. Donc l’émission a été passée, on m’en a rendu compte et j’ai pris mes dispositions.
Mes dispositions c’est quoi ? C’est que je l’ai suspendu pour le moment comme mesure observatoire et en attendant que d’autres décisions soient prises. Nous acceptons maintenant de corriger cette anomalie qui s’est créée.
Sur les affabulations publiées par certains médias autour du nombre de leaders déjà passés à l’émission, le ministre est formel :
« Contrairement à ce que certains disent, il n’y a eu qu’Alpha Condé qui est passé, le vendredi et au jour de l’ouverture de la campagne médiatique. Et M. Kassory Fofana qui est passé hier dimanche. Donc il n’y a eu que deux leaders qui ont passé dans cette émission. »
Plus loin, le porte-parole du gouvernement explique : « Lorsqu’on donne des informations aux leaders politiques pour leur dire pourquoi leur non invitation à cette émission, ils se rabattent pour certains vers le Premier Ministre. Et le Premier Ministre lorsqu’il m’interpelle, je donne mes raisons ».
Avant de revenir sur les raisons de ce changement de calendrier, « Il faut un traitement strictement égal entre tous les candidats. On ne peut donc pas conserver l’émission qui a un caractère hebdomadaire, qui est montée et réalisée sur le grand plateau avec beaucoup d’invités, qui va durer deux ou trois heures qu’il faut calibrer et ramener à une heure. Et vu le temps de montage et de réalisation de l’émission ça prend dans le meilleur des cas deux ou trois jours. Donc ça ne donne pas le temps, je l’ai expliqué.
Si les gens veulent des débats on trouve un autre format. Et là, tout le monde est invité et logé à la même enseigne pour une émission quotidienne. Donc, on a le temps de faire passer les vingt quatre candidats. Mais tout ça doit être règlementé strictement. Quand on crée une émission comme ça, on la règlemente strictement. Quel est l’ordre de passage, quel est le type de questions ?
Tout le monde doit être à peu près soumis aux mêmes questionnaires. L’heure de passage doit être bien précise et réglementée et toutes les conditions doivent être identiques dans l’arrêté que j’ai pris pour le journal de campagne. Même le décor est strictement identique pour tous les candidats, il ne change pas.
Maintenant, chaque candidat est libre de mettre des portraits, des affiches et des banderoles. Mais le décor qu’on leur offre est strictement le même, parce que l’objectif est de faire en sorte que les élections ne soient pas perturbées et que les résultats ne soient pas contestés. C’est à ce prix qu’on va passer à des élections paisibles. Pour qu’aucun candidat, au terme de la publication des résultats, ne dise qu’il a été lésé. Parce qu’il a bénéficié de moyens de couverture médiatique, parce qu’il a été moins exposé médiatiquement ou parce qu’il a eu moins de visibilité médiatique. Pour que tout le monde dise qu’on est exactement traité de la même façon. Donc les résultats issus des urnes seront des résultats qui ne vont pas être contestés. Et ça c’est extrêmement important, la période de campagne est une période strictement réglementée par le code électoral. Tous les autres temps, l’ouverture des médias de services publics au courant de pensées et d’opinions, on doit le faire de façon équitable mais ce n’est pas mesuré à la minute près. Mais pendant la période de campagne c’est strictement mesuré, c’est strictement contrôlé et c’est strictement règlementé. »
Et d’ajouter « Et je n’entends pas qu’un Directeur général fasse vraiment accuser notre gouvernement de gouvernement partial, par ignorance, par clientélisme ou pour d’autres raisons inavouables de privilégier un leader par rapport à un autre. »
A la réponse de ceux qui parlent de tiraillement entre lui et le premier ministre chef du Gouvernement, Aboubacar Sylla ironise : « Je n’ai aucun soupçon du Premier Ministre, on est tous sur la même longueur d’ondes. C’est pourquoi la suspension a été faite par arrêté ministériel, qui a été enregistré au Secrétariat général du gouvernement, qui rapporte tous les actes au Premier Ministre. J’aurais pu faire la suspension par note de service, mais j’ai tenu à faire les choses dans les règles, de façon transparente, afin que les armes dont nous disposons ne soient pas attaquables sur aucun plan. C’est de l’affabulation, je n’ai aucun problème avec M. le Premier Ministre. Je l’ai rencontré ce matin et on est absolument sur la même longueur d’ondes. Parce qu’il ne souhaiterait pas, lui, surtout en tant que chef de Gouvernement d’union nationale de transition, être accusé de partialité.
Ce serait extrêmement grave pour son image et par rapport aux engagements que lui-même a pris devant l’opinion publique nationale et internationale. Cette neutralité, caractérise l’action du gouvernement d’union nationale de transition. C’est pour ça qu’on n’est pas candidats. Et si on n’est pas neutres... Autant on est candidat autant on n’est pas membre du gouvernement de transition. Donc c’est cette neutralité que nous devons tous observer à notre niveau et cette sanction vient tomber pour réparer un tort à cette règle d’impartialité. »
Propos recueillis par Amadou N’Diaré Diallo pour www.guineeactu.com
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