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Gérard Latortue, ancien Premier ministre haïtien et facilitateur international des Nations Unies auprès de la Guinée, a bouclé la semaine dernière sa mission à Conakry sur une note d’optimisme. Durant son séjour qui a duré trois semaines en Guinée, M. Gérard Latortue a rencontré aussi bien les autorités guinéennes que les représentants de la société civile ainsi que les Présidents des Institutions Républicaines. Une série de consultations qui lui ont permis de prendre le pouls de la situation de crise dans laquelle se trouve plongé le pays depuis environ trois ans maintenant. La venue de l’ancien Premier ministre haïtien à Conakry a été saluée par nombre d’observateurs, qui trouvent en cette démarche que la communauté internationale n’est pas indifférente face à la situation de crise que connaît la Guinée. Une crise marquée par la forte détérioration du pouvoir d’achat des populations qui croulent sous une spirale inflationniste. Avec des prix qui ne cessent de grimper sur les marchés des biens et services. Aujourd’hui le sac de riz de 50 kg, est vendu à 175 mille francs guinéens dans la capitale et à 200 mille francs guinéens dans les provinces intérieures. Quand on sait que le riz constitue l’aliment de base des Guinéens, il y a de quoi mesurer les incidences que cette hausse pourrait avoir sur la quiétude sociale. D’ailleurs, les émeutes de la faim, la Guinée en a connues en 2007. En effet, excédées par la paupérisation trop poussée, les populations avaient pris la rue en janvier et février 2007, pour crier leur ras le bol. Des manifestations qui avaient tourné à l’affrontement entre des civils aux mains nues et des agents des forces de l’ordre puissamment armés et insensibles aux pleurs des pauvres citoyens. Le bilan de ces émeutes fut très lourd : plus de 100 morts et près de 1000 blessés, avec des dégâts matériels importants. Il avait fallu que la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), vienne au chevet de la Guinée, pour calmer les humeurs belliqueuses des uns et des autres. Des accords avaient alors vu le jour, portant sur une restructuration du Gouvernement. Et la Guinée s’est retrouvée avec un Premier ministre, chef de Gouvernement en la personne de Lansana Kouyaté. Malgré cette reforme portée au niveau de l’appareil de l’Etat, le quotidien du Guinéen est loin de s’améliorer. Etant confronté toujours à la vie chère. Ce qui a amené l’Intercentrale CNTG-USTG a pousser un coup de gueule en janvier dernier, avec à la clé une menace de grève générale illimitée. Il a fallu que les leaders religieux et autres représentants de la société civile s’impliquent dans les négociations pour infléchir la position des syndicalistes, qui ont accepté d’accorder un délai de grâce au Gouvernement, pour sa mise à jour dans l’application des accords de juin 2006 et de janvier 2007. Cet ultimatum a expiré le 31 mars, toutefois les Comités de suivi et de veille chargés d’évaluer l’application de ces accords, continuent de travailler. C’est dans cet élan de médiation que s’inscrit la mission de Gérard Latortue, ancien Premier ministre haïtien, qui a été dépêché en Guinée en tant que facilitateur International par les Nations Unies. Au terme de trois semaines de consultations, il a quitté Conakry pour New York, où il doit présenter ce mardi son rapport de mission. Avant son départ, M. Gérard Latortue a donné un point de presse dans les locaux du Système des Nations Unies à Conakry. « Tout au long de mes consultations, j’ai pu mesurer l’existence d’une large convergence de vue des Guinéens quant à la volonté commune de tirer les leçons des erreurs du passé, la volonté d’aller de l’avant dans la voie du développement et du progrès social, et surtout, la volonté de maintenir à tout prix l’exception guinéenne en Afrique, à savoir, ne pas sombrer dans le chaos et les conflits violents » a déclaré le facilitateur dans son exposé. Avant d’ajouter qu’il a également ‘’mesuré les risques élevés de division, de dérive institutionnelle et de conflits que traverse actuellement la Guinée, au moment où la prospérité économique semble pourtant frapper à sa porte, à travers la relance de la coopération financière avec les principaux partenaires publics au développement et les promesses d’investissements privés sans précédent.’’ Toutefois, Gérard Latortue s’est montré confiant, en affirmant que les problèmes de la Guinée ne sont pas insurmontables comme il le pensait à son arrivée à Conakry. Il a attiré l’attention des uns et des autres sur la nécessité de s’entendre pour une bonne marche de la nation. Pour l’ancien PM haïtien, il faut privilégier les discussions aux diktats et aux violences de la rue, pour sortir de la crise. Il a trouvé une similitude entre la crise qui a secoué son pays à un moment donné et celle que connaît en ce moment la Guinée. Tout en rappelant que la réussite de l’action du Gouvernement haïtien qu’il avait la charge de diriger a reposé sur quatre piliers dont entre autres une mission de gouvernement limitée dans le temps ; une mission de gouvernement fondée sur des objectifs précis (élections, institutionnalisation de la bonne gouvernance ; un engagement écrit des acteurs de la transition à ne briguer aucun mandat à l’issue de celle-ci ; des rapports confiants et transparents avec le chef de l’Etat et les partenaires sociaux. Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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