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Match, pugilat, face à face, rien de tout cela. Ce fut beau, plaisant, enjoué, serein. PROFOND. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Ce n’était même pas un débat. Ce fut un échange fusionnel. Faut-il entrer dans les détails ? Dire que Gbagbo a mis deux à trois minutes pour trouver ses marques, après avoir ramé quelques longues secondes, cherchant cette introuvable Haute cour de justice pour juger si nécessaire même un président de la République ? Que Ouattara parut quelques rares fois un peu froid, un peu monsieur chiffres qui tenaient lieu de compassion quand il fallait parler de chômage, de pauvreté ? Très vite, l’un et l’autre ayant retrouvé ce je ne sais quoi de Moussa, sans utiliser forcément la langue de ce personnage ivoirien qui n’appartient qu’à lui, tous deux chacun dans son ton, son style, ont offert une véritable performance au sens théâtral du terme. Un art vivant, un art du vivant.
Tous les sujets, dont le plus grave, un pays coupé en deux depuis une longue décennie qui a commencé dans le sang, s’est poursuivi par une interminable crise de toutes les institutions, des affrontements ethno-politiques sanglants. Une fuite en avant dans un état d’exception où l’on ne savait plus qui était putschiste, parfois même qui était ivoirien et qui ne l’était pas, de haut en bas de l’ascenseur social bloqué, non pas seulement dans les sous-sols (Jamel Debbouze), mais simplement bloqué on ne sait où.
Et voilà que même celui qui n’avait plus suivi ce feuilleton depuis Marcoussis, se trouve illuminé par de petites allusions courtoises, de petites piques mi-figue mi-raisin. On comprend tout, on oublie tout, on est pris par le suspense. Un chef-d’œuvre du genre. Mais où donc ces deux-là ont appris cela ? Ils ont fini comme ils avaient commencé, sans nous ennuyer, sans se répéter. Ils ne sont pas venus pour se battre. Ils sont venus pour réconcilier la Côte d’Ivoire avec elle-même. D’ailleurs, tous les deux, on se demande s’ils se sont jamais fâchés. Ouattara arriva même à taquiner Gbagbo qui de temps en temps donnait du « M. le Premier ministre », alors qu’ils se sont toujours tutoyés. Gbagbo ne fut point défait et sa réponse fut sublime, il en « rougit » même.
C’est la solennité qui voulait ça !
Il aurait même pu ajouter comme Mitterrand,
« ..Monsieur le Premier ministre... »
Petite morsure de canine qui n’était pas pour rien pour la déconfiture d’un certain Ex.
« François, on peut se tutoyer ? »
Demanda un Français lambda, ex copain de zinc à Mitterrand devenu Président,
« Si vous voulez, Dupond.. »
On ne savait plus qui était le bon, qui était le méchant.
Tous deux ont incarné la Côte d’Ivoire pendant plus de deux heures.
J’ai pensé à ce chef-d’œuvre hollywoodien. Rien que de l’action. Volte face, avec John Travolta et Nicolas Cage. Ils étaient tantôt l’un le méchant, tantôt l’autre le bon, vice-versa. Je ne sais même pas comment dire ce changement époustouflant de rôles ! Il arrivait même que le brouillon Gbagbo soit l’économiste et le placide Ouattara l’historien. Parfois c’est Gbagbo qui semblait froid ou grave et Ouattara d’une légèreté aérienne !
Il y eut un vainqueur. Ce fut le Nègre. Grâce à la Côte d’Ivoire ce soir.
Wa Salam.
Saïdou Nour Bokoum
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