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Nelson Mandela avait vu juste : le rattrapage du retard dans les bidonvilles d’Afrique du Sud ne peut pas être fait d’un simple coup de baguette magique, quelles que soient la volonté et la détermination politique. L’écart ou le gap engendré par l’apartheid est difficile à combler. Après un seul mandat à la tête de son pays, le vieux sage a préféré faire la passe à son dauphin Thabo Mbéki. La fermeté qu’avait voulu insuffler ce dernier s’est transformée en avatar, et l’on a vu les dérapages et dérives politiques et sociaux retentissants.
L’héritage de la gestion de Thabo Mbéki, c’est Jacob Zuma, accusé de tous les mots, qui l’endosse à un moment des plus critiques avec l’approche de la première coupe du monde de football organisée sur le continent, un défi. Les chantiers ouverts sont loin d’être achevés et les grognes sociales s’élèvent de tous les coins dans une conjoncture de crise financière internationale, où le prix de l’or, l’une des ressources importantes du pays, est en chute libre sur le marché international, et pour cause, les pays riches et le FMI sont en train de brader leur réserve d’or.
Que va-t-il se passer en Afrique du Sud avec cette grogne sociale ? La coupe du monde se déroulera-t-elle sans encombres ? Gageure ou illusion ?
Afghanistan : Election dans la terreur. La démocratie occidentale est dans la tourmente au pays des Talibans. Le choc des civilisations va atteindre son point culminant ce 20 août.
Pour les islamistes, la réussite de ces élections est un arrêt de mort. Il faut à tous prix empêcher leur tenue. Ils menacent de viser les électeurs, les urnes et tout ce qui concernent ces élections. Déjà, des véhicules piégés ont fait du bruit. Les services de sécurité afghans épaulés et soutenus par leurs alliés occidentaux sont en alerte maximale. Qu’à cela ne tienne, on parle de clientélisme et de commerce des voix dans cette chaudière. Des gens prêts à tout à faire fortune, y compris sur les cadavres. Dans de tel cas il faudrait prévoir des contestations et des répressions violentes, comme ce qui vient de se passer en Iran. La démocratie est-elle gageure ou illusion dans cette chaudière ?
Revenons au pays des cocagnes ; Dadis Camara et Aïcha Koné en duo ? Nous reviendrons sur ce show mais il y a plus chaud en politique. Si au Gabon les candidats à la présidentielle réclament à cors et à cris le report des scrutins parce que le délai est trop court, en Guinée c’est tout le contraire. Le comité ad hoc vient de remettre au CNDD son chronogramme de course contre la montre. Tous les préparatifs doivent être terminés dans le courant de cette année 2009 pour que l’élection commence dès le 31 janvier 2010 pour le premier tour et le 14 janvier le second tour. Les législatives sont pour le mois de mars 2010. Dadis Camara, pour respecter sa parole d’honneur donnée, a clairement dit qu’il ne se présentera pas mais que si les manipulations et les agaceries le poussent au pied du mur, personne ne pourra l’empêcher de se présenter.
Le premier show n’avait rien de reluisant et de gai. L’atmosphère était tendue, à voir les visages fermés de tous les présents. Dans le camp du pouvoir, la frustration était visible. Dans le camp des forces vives, c’était l’appréhension d’une éventuelle réaction du président lunatique et imprévisible et dans le camp des représentants de la « communauté internationale » c’était de l’impassibilité, le flegme et l’attention fébrile.
Heureusement, on avait le courant mais pas celui qu’avait promis Chantal Colle pour ce 15 août parce que le barrage Garafiri n’est pas encore rempli d’eau, comme l’avait prédit Mâame Randatou la fée.
Après le facilitateur et le comité ad hoc, c’était au tour du président de prendre la parole. Un silence de cathédrale enveloppait toute la salle tendue à claquer. Visiblement déçu et frustré, Dadis n’a même pas avancé vers le micro, il est resté prostré dans son fauteuil et c’est avec une voix blanche, cassée et fluette, les traits tirés et marqués, qu’il a pris acte solennellement du calendrier du chronogramme élaboré par le comité ad hoc, non sans tirer à boulets refroidis sur les forces vives, qui, dans leur hâte d’aller éperdument aux élections, ont passé sous silence les massacres de janvier et février 2007 alors qu’auparavant, ces mêmes forces vives en faisant un point d’honneur sur les responsabilités de ces massacres. Bon, après les élections on verra !
Mais, selon Dadis, ce mercredi, lors de la conférence de presse de ce mercredi, les forces vives ont éludé les massacres de janvier et février 2007 parce qu’en s’attaquant au mal à la racine, on est obligé de se poser la question de savoir qui a poussé les jeunes à se faire tuer au pont du 8 Novembre. Si l’armée a tiré sur la foule, la responsabilité incombe aux forces vives. Vouloir donc faire toute la lumière sur cette histoire, c’est aussi faire un procès en bonne et due forme aux forces vives composées de la société civile, les syndicats et les partis politiques. D’ailleurs, ces derniers n’avaient pas manqué de revendiquer la paternité de ce mouvement macabre.
Un autre point non moins important est l’organisation des présidentielles avant les législative. Le cas est litigieux pour certains mais si le CNT est fonctionnel dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire dans la totale neutralité, il devrait faire le toilettage de l’ancienne constitution pour éviter que le prochain président sorti des urnes de 2010 ne se transforme en un potentat. Ce n’est pas mal réfléchi de la part des forces vives et personne ne peut les prendre sur le fait. Donc, il n’y a pas de quiproquo, ni la charrue devant les bœufs ! Mais la question des 30 milliards que l’Etat doit verser au plus tard le 20 août, c’est-à-dire demain, et les 22 millions de dollars que les donateurs internationaux doivent verser avant le 30 août impérativement demandés par les acteurs de la société civile, peut-être sujette au doute. Est-ce possible, quand on sait la lenteur dans les décaissements, à moins que cette fois-ci l’on ne voie une exception à la règle ? D’ailleurs, si le gouvernement et les diplomates présents n’ont rien dit, c’est que tous ces fonds sont à disposition et prêts à être décaissés. Quant au bon usage, observons ce que la CENI en fera…Mais aussi, cette CENI composée à un moment où le paysage politique était dominé par le PUP, ne doit-elle pas être révisée et rééquilibrée ?
Quand Dadis a abordé ce chapitre, concernant les présidentielles avant les législatives, des clameurs de désapprobation se sont élevées du côté du « virage de des gradins mais cela a mis Dadis dans une colère noire pour les calmer: Nous sommes à un tournant de l’histoire de la Guinée, et le président ne veut plus écouter les chants des sirènes ! Les élections présidentielles en janvier 2010, celui qui n’est pas prêt est prié de plier bagages ! Mais, il mettra le futur président en garde de vouloir tripatouiller la constitution et l’arranger à sa convenance. Un avertissement bourré d’explosifs.
Dans cette hâte d’aller aux élections, que faut-il voir dedans ? Il y a que certains leaders vont être scratchés par la limitation d’âge, des « grands papatons », des vioques, qui ont attendu toute une vie de politiciens ce moment, mais aussi il y a des postulants aux mains souillées de la confiture du pays de cocagne. En cas d’audit des postulants ou en cas de la limitation d’âge, ça va crier fort ! Et justement, ce mercredi, dans l’une des cases de Belle Vue, Dadis Camara a transformé la presse en assemblée législative pour voter la loi d’auditer tous les anciens PM candidats. Il est vrai que le prochain président de la Guinée démocratique ne doit pas avoir les mains sales. Et dans cette situation, il n’y aura pas un seul Guinéen qui ne soit en désaccord avec ces audits.
Une question n’a pas été à l’ordre du jour, lors de cette rencontre : Que fera-t-on des actuels membres du CNDD ? Quel statut va-t-on leur conférer ?
D’un certain avis, pour que la démocratie soit garante, le Conseil National pour la Démocratie et le Développement doit se replier dans les casernes et se transformer en une armée républicaine pour veiller au grain et accompagner la démocratie sans interférence dans les affaires politiques.
Maintenant que le vin est tiré, il faut le boire ! Avec cette myriade de partis politiques pour un petit pays de 10 millions de contestataires, qui ont toujours mis le bâton dans les roues des mauvais gouvernants, qu’est ce qui attend les Guinéens ? Le CNT doit être composé d’hommes et de femmes qui ont la tête sur les épaules, et non pas calculateurs.
L’histoire de la Guinée est bien apprise. La grande contestation dans la grève de 72 jours au port de Conakry, qui avait fait plier l’administration coloniale, est dans toutes les mémoires. Le soulèvement des femmes le 27 août 1977, qui avait fait plier la Révolution avec la suppression de la police économique, dont les femmes de Guinée vont dans une semaine célébrer le 32e anniversaire, reste vivace dans les mémoires. Et que dire enfin des évènements de janvier-février 2007, qui ont loché dur le pouvoir du Kudaï, et qui ont abouti au gouvernement du consensus dont la désintégration a amené la déliquescence finale d’un système qu’on croyait éternel ?
La grande leçon est qu’aucune dictature ne fera plus prise et durcissement au pays des plus grands résistants à la colonisation. Il ne faut négliger cet atavisme cyclique dans la vie des peuples éternels, ceux qui font l’histoire et qui ne subissent pas l’histoire.
Le CNDD doit encore mettre les bouchées doubles pour entrer dans l’histoire car abdiquer en ce moment est une démission. Dadis Camara et les copains du CNDD viennent de donner le gage que la caution du père Wade vaut son pesant d’or. Si la démocratie est mise sur orbite pour aboutir à une élection présidentielle transparente et apaisée, tous les Guinéens lui doivent une fière chandelle. Et c’est ici qu’il faudrait avoir la perspicacité de trier la bonne graine de l’ivraie ? C’est vrai que Dadis tire le suspense en annonçant qu’il n’est pas candidat en 2009 tout en faisant silence sur 2010. Comme le suspense les agace et pour le coincer, le comité ad hoc a programmé les élections au 31 janvier, au cas où 2010 tenterait le président. Il reste à savoir si le dépôt des candidatures le 1er janvier 2010 lui permettra d’être dans les délais car tout semble faire dire que la date du dépôt est de 45 jours avant les scrutins ?
Nous gageons nous aussi qu’il ne se présentera pas pour ne pas décevoir tous ceux qui l’ont adopté dès la prise du pouvoir et surtout son père Wade.
Mais, il ne faut pas que le père Wade se réjouisse tout seul, car nous aussi, nous croyons jusqu’à la fin que Moussa Dadis Camara est un homme qui tiendra ses promesses, et contre des cons-frères qui gageaient sur une déception brutale et qui continuent, même après la conférence de presse de ce mercredi, de croire dur comme pierre que Dadis est en train de nous mener en bateau. C’est pourquoi nous n’avions pas été tendres envers lui en lui disant les vérités crues et même nos démêlés avec les services spéciaux ne nous ont jamais refroidis dans ce domaine.
Cette fois-ci les Moussas feront l’histoire !
Gageure ou illusion ?
La question reste en l’air !
A la revoyure !
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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