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Avant et après le G20 à Londres, quel a été et quel sera le comportement de la communauté internationale vis-à-vis des pays d’Afrique riches en ressources naturelles, comme par exemple, la République de Guinée ?
Avant la réunion du G20
Lors son entretien, le jeudi 26 mars 2009, à la télévision française, Monsieur Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, a parlé de la crise internationale et de la réunion du G20, prévue à Londres, en sa présence.
Le 10 mars 2009 à Dar es-Salam (Tanzanie), à propos de l’Afrique et notamment en se référant à la prochaine réunion du G20 à Londres, Monsieur Strauss-Kahn a dit, et je cite quelques extraits :
« Nous devons faire en sorte que la voix des plus démunis soit entendue. Nous devons nous assurer que l’Afrique n’est pas laissée pour compte »
« Mais le FMI n’est pas tout : pour aider l’Afrique en ces temps troublés, il faudra forger de nouveaux partenariats et donner une nouvelle impulsion à ceux qui existent déjà. »
« Je souhaite aussi appeler le secteur privé et la société civile à redoubler d’efforts pour s’impliquer en Afrique. La forte hausse des flux de capitaux en direction de l’Afrique observée au cours des dix dernières années montre qu’il y a maintes possibilités d’investissement de toute première qualité sur le continent. C’est toujours le cas. Je conjure donc les investisseurs de ne pas tourner le dos à l’Afrique et de garder à l’esprit, le rendement à long terme, que peuvent rapporter les investissements dans cette partie du monde. »
« La Communauté internationale se doit de venir en aide à l’Afrique, à l’heure où ses besoins sont si grands. Ce n’est pas seulement pour nous un devoir moral, en tant que citoyens du monde profondément inquiets du coût économique et social de cette crise pour l’Afrique, mais aussi, une obligation historique, compte tenu de son passé colonial. »
Monsieur Strauss-Kahn a raison, mais alors, pourquoi dans ces pays riches en matières premières de toutes sortes, qui sont convoitées et exploitées par les pays de la Communauté internationale pour leurs besoins propres, la population, dans sa grande majorité, a-t-elle continué à vivre dans la misère ?
Une réponse à ce problème : LA CORRUPTION !
J’ai lu dernièrement, des articles concernant le voyage du Président de la République Française en Afrique, qui a plaidé ces jours-ci « pour la démocratie et le respect des droits de l’Homme en Afrique et réaffirmé sa volonté de mettre en place, une « relation renouvelée » entre la France et le continent africain » :
1- pour la démocratie et le respect des droits de l’homme ?
Avant de donner des leçons à ce sujet au monde entier, la France ferait bien d’abord de balayer devant sa porte ! Il n’y a qu’à se rappeler, parmi d’autres exemples, les déclarations de Bernard KOUCHNER, depuis qu’il est ministre des Affaires Etrangères en France, en contradiction avec ce qu’il avait dit à propos de la Guinée, après les émeutes sanglantes de janvier 2007 : quelle n’a pas été ma stupéfaction, pour ne pas dire mon indignation, comme celles de la Commission des Droits de l’Homme du Parlement Européen et d’Amnesty international France, quand il a dit, en pleine célébration des Droits de l’Homme qu’ « il y a contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France » et qu’il ne fallait pas faire « d’angélisme ».
Je ne reconnais plus, et beaucoup avec moi, de tous bords politiques et de nombreuses ONG, celui qui était connu pour se battre partout dans le monde pour défendre les Droits de l’Homme et pour dénoncer les pays qui ne les respectaient pas !
Déjà, lors de la visite controversée l’an dernier à Paris, du dictateur Libyen Mouammar KADHAFI, M. Bernard KOUCHNER, qui, disait-il, n’était pas d’accord avec sa venue, a quand même déclaré qu’un ministre des Affaires Etrangères devait savoir « avaler son chapeau » !
2- pour mettre en place une « relation renouvelée entre la France et le continent africain ?
Très bien, si c’est pour éradiquer la misère et la corruption mais, comme l’indiquent les articles de presse, la principale raison de la venue du président français, c’est pour des intérêts économiques, en se faisant accompagner au Congo et au Niger, par le PDG d’Areva, Anne Lauvergeon, pour l’exploitation de mines d’uranium, indispensables à la France, pour ses centrales nucléaires, avant que la Chine ne s’en empare !
Contenu de ces contrats ? Inconnu ! Mais : « la promesse du président français que les intérêts économiques de la France pour ces pays, bénéficieront le plus possible, au développement du pays et de sa population, et que la transparence de ces tractations sera de rigueur» : cette promesse sera-t-elle tenue ?... A voir !
Un autre exemple : Madagascar. Un article paru dans une presse française, le 28 mars 2009, intitulé : « Le coup d’état de Madagascar n’a pas désespéré la France » : un contrat a été signé avec le groupe Total, grâce à l’action du président français, (sinon, c’était la Chine qui allait exploiter le sous-sol !)
Combien de fois, avons-nous entendu la Communauté internationale dire, durant de nombreuses années, qu’elle agirait grâce à leurs accords économiques avec ces pays africains pour éradiquer la corruption et la misère des populations, et comme par hasard, les présidents des Etats concernés par le pillage de leurs richesses, sont tous milliardaires et ont des biens partout dans le monde : les accords n’ont pas été respectés et la population se révolte !
Un exemple de pays d’Afrique de l’Ouest que je connais bien : la République de Guinée
Pendant 7 ans, je suis resté en Guinée de fin 1995 à fin 2002, non pas comme investisseur venu piller les richesses du pays au détriment de la population :
- mais d’abord, fin 1995, comme consultant international en décentralisation, pour faire avec des cadres du ministère guinéen de l’intérieur, de la formation aux élus locaux,
- et ensuite pour venir en aide bénévolement à des familles guinéennes dans de nombreux domaines (éducatif, alimentaire, santé et en voulant créer pour les Guinéens, des petites PME, dirigées par des Guinéens avec du personnel guinéen, formé sur place et en France.
Mais malheureusement, tout cela n‘a pas plu à la mafia locale, hautement protégée au niveau du ministère de la justice guinéenne, car je refusais de rentrer dans le cycle de la corruption, devenue une institution. Et en 2002, tout s’est mal terminé pour moi : sur demande de la mafia locale, j’ai été arrêté et incarcéré arbitrairement à la « maison centrale de Conakry, dite « maison de la mort et de la corruption », afin que je n’en sorte jamais.
Avant de rentrer en France fin 2002, malgré plusieurs tentatives de la mafia pour m’éliminer physiquement, j’ai réussi à démontrer publiquement, cette corruption auprès du ministre de la justice de l’époque, qui d’ailleurs, n’a tenu aucune de ses promesses.
Mais malheureusement ma plus grande déception en réalité a été aussi le fait que l’Administration Française, bien au courant de cette affaire, des menaces de mort et des tentatives d’élimination, n’a rien fait pour protester, me faire réhabiliter (ne serait-ce que pour non respect de l’article 9 de la Charte des droits de l’homme pour arrestation et incarcération arbitraires et non respect de l’article 8 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme : évidemment je n’étais pas une raison d’état !)
Durant toutes ces années passées en Guinée, j’ai rencontré de nombreuses ONG, des responsables de dispensaires, des responsables de maisons d’accueils pour enfants handicapés, des responsables de la Croix Rouge, des représentants religieux venant en aide aux enfants abandonnés. TOUS, je dis bien TOUS, me disaient : « pourquoi la France tout comme l’Union Européenne, qui sont au courant de cette corruption, de cette misère, du non respect des droits de l’homme, de cette mauvaise gouvernance, de ce régime autoritaire et perverti, ne font-ils rien pour éradiquer d’abord cette corruption ? En agissant ainsi, ils se rendent complices. » C’est ce que disait Mr Bernard KOUCHNER en janvier 2007, à propos de la Guinée, dans une interview publiée le 31/01/2007 par l’AFP).
Rentré en France, j’ai continué et je continue à me battre pour mes amis guinéens vivant dans la pauvreté, car je ne peux supporter l’injustice et la corruption, en dénonçant par de nombreux écrits, ce qui se passait en Guinée, et je continue à parrainer des familles guinéennes et à faire partie d’une organisation humanitaire pour la Guinée.
J’ai écrit un mémoire intitulé : « Arnaque et Corruption en République de Guinée », qui est entre les mains des administrations Françaises et Guinéennes, qui les laisse totalement indifférentes !
J’ai écrit un résumé succinct de mon mémoire, intitulé « Arnaque et corruption en République de Guinée », qui a paru sur des sites internet de Guinée (et je remercie les responsables de rédaction de ces sites).
Je n’ai pas cessé depuis plusieurs années, de dénoncer publiquement la dictature et la corruption en Guinée, avec de nombreuses preuves à l’appui, relatées dans mon mémoire, et de mettre en garde la communauté internationale, sur les graves problèmes existant dans ce pays d’Afrique de l’Ouest : un des pays où règne majoritairement la misère, mais un des pays les plus riches en ressources naturelles, pillées par des investisseurs étrangers peu scrupuleux, s’en mettant plein les poches, avec le soutien de l’Etat Guinéen, au détriment de la population, et de dénoncer la non application en Guinée, de la LOI Fondamentale, votée le 28 septembre 1958. Dans certains de ses principes et non des moindres.
Je n’ai pas cessé de dire et d’écrire ce qui pouvait se passer dans l’avenir, si cette Loi Fondamentale n’était pas respectée, si on laissait le peuple de Guinée dans la misère, et si on continuait à enrichir les gouvernements successifs et la Présidence de la République, au détriment de la population guinéenne auprès de :
- l’Administration Guinéenne (Ambassade de Guinée à Paris, Assemblée Nationale, Ministères des Affaires Etrangères, Secrétariat de la Présidence à Conakry)
- l’Administration Française (Ministère des affaires étrangères, Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme, Assemblée Nationale, nombreux Parlementaires, Ligue Française des Droits de l’Homme
- l’Union Européenne, Amnesty International
- la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Fédération Guinéenne des Droits de l’Homme
- la presse guinéenne et la presse française
Résultat de mes interventions : AUCUNE SUITE !
Déjà en 2003 le Secrétariat Général des Nations Unies, compte tenu de ce qui se passait en Guinée en matière de corruption, de non respect de la démocratie, avait été averti par un haut diplomate Guinéen sur la possibilité d’un coup d’état militaire en cas de vacance du pouvoir en place. La communauté internationale n’a pas bronché.
Tout cela je l’ai écrit à l’Union Européenne au Commissaire Européen pour le développement et l'aide humanitaire, ainsi qu’au Gouvernement Français en apportant les preuves de cette corruption et des arnaques continuelles de la mafia guinéenne qui agit en toute impunité en Guinée car hautement protégée, et ce qui devait arriver, est arrivé : la population qui n’avait plus rien à manger est descendue dans la rue en janvier 2007 et il y a eu des centaines de morts.
J’ai toujours en mémoire cet e-mail d’un étudiant guinéen à Conakry, que je ne connais pas, mais qui a eu en main, une photocopie de mon mémoire sur la corruption en Guinée : « Si on n'est pas content parce qu'on crève de faim, parce qu'on ne peut plus vivre dans ces conditions de misère, parce qu'on ne peut plus se soigner, on essaie de protester mais l'État s'en fiche. Si on descend dans la rue, on nous tape dessus ou on nous tire dessus : voyez ce qui s'est passé en janvier 2007 ! Je vous en supplie aidez-nous! »
En décembre 2008, le Président Lansana CONTE est décédé et un coup d’état militaire prévisible a eu lieu.
Quelle a été ma surprise de voir aussitôt la communauté internationale (dont la France, premier bailleur de fonds de la Guinée, et l’Union Européenne) s’insurger subitement contre ce putsch militaire alors que jusqu’à maintenant elle ne bronchait pratiquement pas durant le régime précédent ?
J’ai lu par exemple, sur un site guinéen, le commentaire suivant, qui donne en effet à réfléchir :
« En tous les cas, le putsch a déjà été condamné par la CDEAO, l'Union africaine, les Nations Unies, les Etats-Unis, la France et l'Union européenne. Est-ce une lâcheté de la Communauté internationale, qui intime l'ordre de respecter la Constitution et la démocratie, alors que cette dernière n'a jamais connu le jour en Guinée ?
En réalité, au moment où Lansana Conté bafouait paisiblement celle-là, en volant les suffrages lors d'élections, violant la Constitution -qu'il a lui même enfantée-, tuant les civils à l'occasion de mouvements populaires à répétition, le mutisme était de rigueur chez les donneurs de leçons »
OUI :
- la Communauté internationale (dont la France et l’Union Européenne) savait très bien que la LOI Fondamentale en Guinée, n’était pas respectée, que les Droits de l’Homme étaient bafoués, que la corruption était devenue une institution
- la Communauté internationale (dont la France et l’Union Européenne) savait aussi très bien que la Guinée restait un des pays dans lequel la population vivait majoritairement dans la misère dans tous les domaines et pourtant, elle continuait à donner à la GUINEE, des millions de dollars et d’euros, au détriment de la population !
C’est la raison pour laquelle j’ai écrit un article intitulé « l’Hypocrisie de la Communauté internationale vis à vis de la Guinée », qui pourrait s’appliquer également à beaucoup d’autres pays d’Afrique.
Cet article est paru sur de nombreux sites internet de Guinée, et a reçu un formidable écho favorable dans le monde entier : plus de cent mails de Guinéens de Guinée, de France, d’Afrique, d’Angleterre, d’Espagne, d’Allemagne, des USA, de Roumanie et même de Russie.
J’ai également été très étonné par le nombre très important de mails que j’ai reçus en quelques jours, de nombreuses ONG et d’hommes politiques de tous bords, approuvant entièrement mon article, comme quoi, la vérité est toujours bonne à dire même si çà ne plaît pas aux gouvernements concernés !
LA REUNION DU G20 A EU LIEU : QUE VA-T-IL SE PASSER MAINTENANT POUR LA REPUBLIQUE DE GUINEE ?
Avec le nouveau pouvoir en place :
Les Guinéens doivent enfin savoir exactement, dans la plus grande transparence, la destination des millions d’euros et de dollars donnés par la Communauté internationale (dont l’Union Européenne et la France, bien entendu) aux précédents gouvernements.
Les Guinéens doivent connaître maintenant les malversations commises et les raisons exactes pour lesquelles, des investisseurs étrangers peu scrupuleux, s'en mettaient plein les poches, en pillant les richesses du pays, au détriment de la population.
Le nouveau pouvoir doit s’engager publiquement à respecter la LOI fondamentale, à éradiquer la corruption à tous les niveaux de l’Administration et à rendre publics, les moyens pour y arriver, et à tenir ses promesses.
Le nouveau pouvoir doit faire en sorte que les richesses naturelles du pays, qui lui appartiennent, soient exploitées par les Guinéens eux-mêmes, en toute transparence, et que les ressources obtenues profitent à la population, pour lui permettre enfin de sortir de la misère dans laquelle elle se trouve actuellement.
Cela ne veut pas dire qu’il doit refuser l’aide de la Communauté internationale : pas du tout cette aide, comme l’a promis le président du FMI, Monsieur Strauss-Kahn envers l’Afrique, dont la Guinée bien sûr, (d’autant plus que le G20 a promis au FMI de tripler ses fonds, avec 500 milliards de dollars US supplémentaires), doit être utilisée à bon escient, servir d’appoint aux travaux engagés par le gouvernement guinéen dans tous les domaines indispensables à la vie de tous les jours de la population : eau, électricité, entretien des routes, hygiène, santé publique, problèmes sanitaires, alimentaires, scolaires etc…
Les problèmes de raison d’Etat entre gouvernements, ne doivent plus jamais exister, les Droits de l’Homme ne se marchandent pas, y compris, pour avoir des contrats publics ou des contrats privés : l’aide financière qui sera versée par la Communauté internationale (dont la France), doit être utilisée en toute transparence, pour aider le gouvernement guinéen à éradiquer la misère dans son pays, et non pour alimenter la corruption !
Mon seul espoir est que la Guinée, que j’aime pour y avoir tant d’amis, trouve enfin la paix et la sérénité.
Que Dieu aide la Guinée et les Guinéens !
Bernard AUGER
pour www.guineeactu.com
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