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La dépouille mortelle du capitaine Joseph Makambo Loua attend encore dans l’une des chambres froides de la morgue de l’hôpital Donka. La levée du corps prévue ce mardi 23 mars, et qui devait être suivie de son inhumation au cimetière de Kameroun a été finalement reportée à la surprise générale des parents. Une discorde entre les autorités militaires et la jeunesse sur le lieu de l’inhumation a été à l’origine de ce report. Le film des tractations.
Mardi 23 mars, parents, amis et proches collaborateurs ont pris d’assaut très tôt la morgue du CHU de Donka pour assister à la levée du corps du capitaine Joseph Makambo Loua. L’officier qui a sauvé la vie du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, le 3 décembre 2009, lorsque ce dernier a essuyé les tirs de son ex aide de camp, Aboubacar ‘’Toumba’’ Diakité, au camp Koundara. Le capitaine Makambo qui a assuré ce jour la sécurité du président du CNDD a trouvé la mort dans la fusillade en sauvant son patron, Moussa Dadis Camara. Depuis, son corps a été gardé à la morgue de Donka.
Ainsi, trois mois après, et après moult tractations, les autorités militaires se sont enfin décidées à faire les funérailles de l’illustre disparu. Tout en lui rendant les honneurs militaires pour son acte courageux qui a sauvé le capitaine Dadis. Mais, c’était sans compter avec la détermination de la jeunesse de récupérer le corps.
«C’est injuste… »
En effet, l’autorité militaire représentée ce jour par le lieutenant colonel Lamah Davogadro avait déjà planifié un programme funèbre. Après la levée du corps, il était prévu de convoyer la dépouille mortelle au camp Samory, où il devrait recevoir les honneurs militaires dus à son rang. Ensuite, on devrait l’accompagner à la cathédrale de Conakry pour une messe avant de le conduire au cimetière de Kameroun pour la sépulture. Une proposition qui ne conviendra pas à ces jeunes qui se sont catégoriquement opposés à son enterrement dans ce cimetière. «Il s’agit d’une deuxième injustice qu’on est en train d’infliger à Makambo. Or, il a été un martyr national, un héros. Il a droit à tous les honneurs. C’est pourquoi nous n’accepterons pas qu’il soit inhumé au cimetière de Kameroun comme un n’importe qui. Si ce n’est pas au camp Makambo, cette garnison militaire réservée au Bataillon Autonome de la Sécurité présidentielle (BASP) qui porte désormais son nom, il sera enterré de préférence à Gnyaballa, village de nos aïeux à quelques kilomètres du centre urbain de N’Zérékoré.» explique un jeune hostile au programme préalablement décrit. Pour ces jeunes dont la plupart sont des ressortissants du village de Makambo, ce dernier s’est sacrifié pour sauver la vie du chef de la junte, dont la mort aurait pu entraîner une explosion sociale. Aussi, elle a indiqué qu’au Cimetière de Kameroun, la dépouille mortelle ne sera pas en sécurité. Car selon elle, on y déterre régulièrement des corps. Ainsi tout en acceptant les honneurs que l’armée voudrait rendre à feu Makambo, la jeunesse exige qu’il soit enterré soit au camp Makambo qui porte son nom, soit à Coyah où il résidait ou à défaut dans sa ville natale de N’Zérékoré.
Et pourtant…
Dans la foulée, cependant, une voix discordante s’élève: «Ce n’est guère agréable ce que je suis en train de voir comme scène autour de ces obsèques de notre frère. De ma vie, je n’ai jamais vécu une telle tension autour d’un corps qui a déjà fait 3 mois à la morgue», lance stupéfait et déconcerté un proche de Makambo favorable à son inhumation. Qui ajoute: «Nous sommes tous égaux. Que son corps repose au Kameroun ou ailleurs, cela ne doit pas nous diviser jusqu’à ce point. » Ceux qui étaient favorables à l’enterrement du corps à Kameroun, estimaient pour leur part, que le Camp Makambo étant en extension ne serait pas un endroit idéal pour le repos d’un mort. «Car, soutiennent-ils, le corps pourrait être touché par les travaux et déplacé à tout moment. Le cimetière de Kameroun est bien indiqué pour le corps. Il est accessible à tous. Et mieux, Makambo de son vivant aurait confié qu’à sa mort, il souhaiterait rejoindre son frère au cimetière de Kameroun. C’est une de nos sœurs qui nous a dernièrement confessé cette volonté du défunt ».
Comme pour expliquer que ce mouvement d’opposition n’est pas spontané, un des jeunes présents sur les lieux déroule la messagerie de son téléphone et nous faire lire un texto que certains jeunes activistes de la circonstance se sont envoyé à la veille de ce mardi 23 mars. «C’est une foutaise d’enterrer Makambo de la sorte. Patriotes, restez mobilisés et présentez-vous massivement demain à la morgue pour nous opposer à cette injustice, à cette foutaise. » pouvait-on lire.
La menace de tirer restera sans effet
Une chaude dispute s’engagera entre les militaires venus prendre le corps et les jeunes qui s’étaient fortement mobilisés ce matin-là à la morgue. Et pour les dissuader, un Capitaine de la délégation va brandir la menace des armes en déclarant: «Puisque vous êtes incapables de vous entendre, l’armée est maintenant appelée à prendre ses dispositions. Avant tout c’est un corps qui appartient à l’armée. Maintenant, nous allons retirer le corps. Nous allons ouvrir le feu sur tous ceux qui tenteront de nous en empêcher. », lancera furtivement cet officier avant de se soustraire du groupe en compagnie du colonel Avogadro. Auparavant, il aura reçu une réplique cinglante. «Ils ont tué les gens le 28 septembre 2009, et ils sont encore assoiffés. Tirez, nous sommes prêts à mourir. Il va falloir marcher sur nos cadavres pour sortir le corps. Il ne bougera pas d’ici», scandaient les jeunes sur un ton furieux, et engagés à en découdre avec les militaires. Impuissante devant les faits, la fille de la dépouille mortelle, Mado Makambo confie à la presse qu’elle souhaite que les funérailles de son père se déroulent dans l’apaisement.
A 13 heures, le chef de la garde rapprochée du président par intérim le général Sékouba Konaté, surnommé De Gaulle fait irruption dans l’enceinte de la cour de la morgue. Tout le monde accourt vers lui pour l’écouter. Mais, il s’avance précipitamment vers son pick-up de commandement sans rien dire, et se retire des lieux. Peu de temps après, un homme en costume visiblement affairé à son téléphone annonce à un premier groupe que les autorités militaires viennent de décider, à l’issue de leur conclave, du report des cérémonies à une date qui sera ultérieurement fixée par la voie d’un communiqué officiel radiodiffusé.
C’est dans ce tohu-bohu que l’officier Davogadro et sa suite vont se retirer avec un groupe de trois jeunes désignés par la jeunesse pour aller rencontrer la haute hiérarchie militaire. Sur des contreplaqués de fortune, ils improvisent ce slogan: « Un héros a droit à tous les honneurs ».
La mère de Dadis aura tout vu
Plus que jamais déterminés, certains jeunes ont cru pour un premier temps à un piège des autoritaires militaires. Ils décident donc d’y rester jusqu’à en avoir la confirmation. Le corbillard qui devait transporter le corps se retirera de la morgue sans la dépouille mortelle. Mais, il a fallu le départ des parents de feu Makambo pour que les jeunes se dispersent. Non sans dénoncer à nouveau le fait que les funérailles de l’homme qui a sauvé le président Dadis, pourraient se dérouler dans la «clandestinité ». Ce qui constituerait, selon l’un d’entre eux, un acte de «trahison» de la part de ces autorités.
Parmi les personnalités présentes, il y avait la vieille maman du capitaine Moussa Dadis. Sans doute reconnaissante à feu Makambo d’avoir péri pour épargner la vie de son fils, actuellement en convalescence à Ouagadougou au Burkina Faso. Il y avait en outre, les ex-ministres Papa Koly, Cécé Loua et toute une panoplie de proches du capitaine Dadis. Mais en raison de la confusion qui régnait, ils ont tous quitté en catastrophe plus vite que prévu.
Samory Keita et A. Moro Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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