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Il y a quelques jours, j’ai écrit un petit article par lequel j’ai exprimé ma profonde indignation devant la couardise de nos chefs de partis, tous envolés pour Paris. Vous avez été très nombreux à partager mon point de vue par vos commentaires sur le web et des entretiens téléphoniques, et je m’en félicite. Ma prise de position que certains ont cru prendre pour une erreur n’en est pas une. Au contraire, je la revendique. Je ne regrette rien. J’insiste, je persiste et je signe !
Qu’ai-je fait ? Une simple observation : on peut refuser de répondre à la convocation de Dadis sans quitter le pays. Un point et c’est tout.
Je n’ai pas parlé de fuite de leaders politiques (ce qui suppose une menace qui pèserait collectivement sur eux) mais d’absence difficile à justifier par les temps qui courent, ce qui revient pratiquement au même ! S’il s’était agi d’une fuite, ils ne seraient pas revenus au bercail tant que la menace persiste. En fait, sans fuir, ils ont fui leurs responsabilités ! Je n’ai jamais dit qu’ils ont commis un crime ou même une faute mais une erreur d’appréciation des enjeux du moment. Je suis d’autant plus à l’aise que ce sont leurs propres partisans qui sont, en la circonstance, les plus mal à l’aise. C’est parce qu’il y a des positions difficiles à défendre que j’hésite à entrer en politique qui pourtant m’intéresse au plus haut point. Je veux être en accord avec moi-même, ce qui n’est pas toujours facile !
Evidemment, parler de ce voyage curieusement groupé pourrait être récupéré par les partisans de Dadis. Est-ce pour autant que je serais entré dans un quelconque compagnonnage ? Serait-ce de ma faute si j’arrive au même constat qu’un autre mais dont l’interprétation est différente ? Les faits sont têtus, dit-on. C’est mal me connaître ! Refuseriez-vous de monter dans un véhicule au seul motif que vous ne partagez pas l’opinion de certains passagers ? Autant avoir, en toute occasion, un moyen personnel de locomotion.
Ceux qui s’évertuent à défendre systématiquement un leader quel qu’il soit, je leur souhaite bien du plaisir. Pour ma part, je préfère un soutien critique. Je ne suis membre d’aucune confrérie et n’adhère à aucun parti politique (Et Dieu sait que j’ai été sollicité !). J’ai de bons amis qui militent dans des partis et je respecte leurs choix. Cependant, je suis un homme engagé pour la Guinée et c’est la raison pour laquelle j’écris pour apporter ma modeste contribution. Je suis prêt à marcher avec tout homme politique (pas n’importe quel politicien) mais pas derrière lui, avec pour objectif primordial, l’unité nationale.
Cela dit, les partis politiques ont un rôle essentiel à jouer, surtout en ce moment où Dadis veut tout confisquer. Pourquoi ce dernier s’acharne-t-il sur leurs chefs ? Tout simplement parce qu’à ses yeux, ils constituent le seul obstacle à son maintien au pouvoir. Toutefois, ils s’y prennent mal. Chacun de nos chefs de partis, pris individuellement, est supérieur à Dadis en termes de capacité de gestion, de niveau intellectuel, de nombre de sympathisants et de qualité d’éducation familiale. Dadis n’est même pas populaire au sein des militaires. Il est toujours en tenue mais le kaki ne le rassure pas. Dadis a exacerbé la rivalité entre nos leaders politiques en faisant croire à chacun d’eux qu’il le soutenait ! En réalité Dadis a toujours joué sa carte personnelle. Je ne demande pas aux leaders politiques d’attiser le feu qu’ils n’ont pas allumé mais porter haut la flamme de l’espoir.
Par conséquent, ils devraient se concerter pour barrer la route à Dadis. Pour cela il faut un minimum de sacrifice. La Guinée, pour des raisons culturelles et mystiques est le pays par excellence des sacrifices qui vont du coq rouge au taureau noir ! Qu’on arrête ces immolations sacrificatoires. Le vrai sacrifice, c’est le don de soi. Il ne faut plus sacrifier quoi que ce soit mais accepter de se sacrifier en prenant en compte l’idée de l’intérêt collectif. C’est facile d’être chef de parti ; il suffit d’en créer un et en obtenir l’agrément. En revanche, la stature d’homme d’Etat n’est pas à la portée du premier venu. Elle se forge tous les jours à force de volonté, de courage et de caractère. Pour passer de l’homme politique à l’homme d’Etat, il faut subir des tests de courage en permanence : expliquer n’importe où (mais pas n’importe comment) son programme, aller au devant des populations pour les écouter, affronter, pacifiquement de préférence, le pouvoir en place, monter par son comportement qu’on est crédible, etc.
Comme le leadership ne se crée pas par décret, on fait, pour le moment, avec ce qu’on a. Il faut encourager les leaders politiques actuels à taire leurs querelles personnelles, à ne plus se regarder en ennemis et à constituer un front de refus pour stopper les dérives de Dadis. C’est moins difficile qu’on ne le croit.
En effet, sans être démocratique, la Guinée apparaît politiquement avec un visage d’un bipartisme de fait : d’un côté Dadis, son CNDD et ses courtisans, de l’autre, tout le reste (partis, syndicats, etc.), le tout sur un fond de vol, de corruption, de crime et de drogue. Ces 4 fléaux sont inégalement répartis. C’est vrai que le vol et la corruption ont le même âge que notre République de Guinée. Le sang n’est venu massivement qu’après. La drogue est plus « jeune » mais très dévastatrice !
Parlons du couple vol/corruption. Qui n’a pas volé ou tenté de voler en Guinée ? Dans les conditions de misère où chacun est contraint de se débrouiller sans limite, tout le monde a cherché à profiter individuellement du système. C’est ce système qu’il faut changer au lieu d’accabler les voleurs que je ne cherche nullement à défendre. On peut voler sans corrompre (en gardant pour soi ce qu’on a volé) mais pour corrompre, il faut d’abord bien voler. Si les enseignants ont porté à un moment donné le titre de « militants d’honneur de la Révolution », ce n’est pas parce qu’ils avaient une bonne moralité ou une conscience professionnelle à toute épreuve mais c’est parce qu’ils n’avaient rien à voler. Lorsque vous occupez un poste lucratif, ce sont vos propres parents qui vous incitent à voler car pour eux, c’est être maudit que de ne pas profiter ! Quand on fouille les placards, on trouve toujours quelques cadavres…
Beaucoup de personnes qui ont participé à la gestion de la Guinée sont soupçonnées de détournements et autres malversations. Leur culpabilité n’est pas encore établie malgré les casseroles qu’ils traînent. En revanche, ils n’ont pas versé de sang et ne sont pas impliqués dans le trafic de drogue. Ce qui n’est pas le cas de Dadis sur qui convergent des faisceaux de soupçons relevant des 4 fléaux. Dadis a en commun avec certains le soupçon de vol et de corruption (qu’il nous éclaire sur son passage direct à l’intendance militaire et les milliards de Fg qu’il distribue à sa guise). On comprend que faire le procès du système Conté c’est faire celui de Dadis. Ce que ce dernier a en plus sur le chapitre des soupçons, c’est le sang et la drogue.
Dadis a reconnu lui-même sa présence au « Pont du 8 Novembre » lors des évènements sanglants de janvier et février 2007. Etait-ce en qualité de donneur d’ordre ou d’exécutant ? En tout état de cause son sort est peu enviable au regard des dispositions du Statut de Rome portant création de la Cour Pénale Internationale. C’est à un juge de se prononcer sur la culpabilité de Dadis mais dans le cas présent, la présomption d’innocence n’est que formelle.
Dadis donne chaque jour un coup contre l’unité nationale. Cet individu aux réflexes hitlériens est entrain d’écarteler le pays en y créant toutes les conditions du chaos. Accepterons-nous le maintien à la tête de la Guinée un homme dont le pouvoir teinté d’illégalité est doublée d’illégitimité ?
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo
Directeur de www.guineenet.org
www.guineeactu.com
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